L’occupation du pavillon Roger-Gaudry est levée

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Par Paul Fontaine
mardi 5 avril 2022
L’occupation du pavillon Roger-Gaudry est levée
Des manifestant·e·s ont occupé le pavillon Roger-Gaudry durant six jours et certain·e·s ont mené une grève de la faim. Photo : Mathis Harpham
Des manifestant·e·s ont occupé le pavillon Roger-Gaudry durant six jours et certain·e·s ont mené une grève de la faim. Photo : Mathis Harpham

Les occupant·e·s du pavillon Roger-Gaudry ont démantelé leur campement le samedi 2 avril dernier au matin, après que certaines de leurs demandes pour le désinvestissement des énergies fossiles ont été acceptées par le rectorat de l’UdeM. Hier, le lundi 4 avril, des représentant·e·s de L’Écothèque ont rencontré le recteur de l’UdeM, Daniel Jutras, pour lui faire part de leurs autres revendications.

« Samedi soir, c’était l’euphorie, c’était une grande joie ! », lance l’étudiant au baccalauréat en anthropologie et membre de L’Écothèque Vincent Blondeau. Pour cause, cette « grande victoire » survient après une occupation de six jours du hall d’honneur du pavillon Roger-Gaudry, des grèves de la faim et, surtout, 10 ans de mobilisation sur le campus.

Le samedi 2 avril, M. Jutras a adressé une lettre aux occupant·e·s, dans laquelle il consent à répondre à certaines de leurs demandes. Il s’engage donc à présenter un ou des scénarios de désinvestissement total des actions cotées en bourse pour le secteur des hydrocarbures et détenues par le Fonds de dotation de l’UdeM. De même, il invitera l’instance de supervision du Régime de retraite de l’Université de Montréal (RRUM), nommément le comité de retraite, à rencontrer des représentant·e·s de L’Écothèque.

L’acceptation de ces deux revendications était conditionnelle à la cessation des grèves de la faim que menaient deux étudiant·e·s. L’un d’eux, l’étudiant en troisième année au baccalauréat en science politique et philosophie Vincent Vaslin, avait d’ailleurs été transporté d’urgence à l’hôpital le vendredi 1er avril, au terme de sa 108e heure de jeûne.

« Depuis lundi, la santé et la sécurité des manifestants, particulièrement des deux grévistes de la faim, nous préoccupaient beaucoup, avait alors souligné la porte-parole de l’Université, Geneviève O’Meara. Nous sommes rassurés qu’il [NDLR : Vincent Vaslin] soit maintenant entre de bonnes mains. »

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Des étudiant·e·s rencontrent le recteur

Ce lundi 4 avril, une délégation de quatre membres de L’Écothèque s’est entretenue avec M. Jutras. Le vice-recteur à l’administration et aux finances, Éric Filteau, ainsi que le vice-recteur adjoint aux finances, Matthew Kowakowski, ont également pris part aux discussions.

L’étudiante en deuxième année au baccalauréat en science politique et philosophie Anne Desruisseaux est ressortie de cette rencontre mi-figue mi-raisin. « Nous sommes contents des engagements de la lettre de samedi, a indiqué celle qui est également porte-parole de L’Écothèque. Mais ils nous ont avertis que c’était la version finale. Ils refusent de dialoguer sur nos autres revendications. » Celles-ci concernent notamment l’instauration d’un siège étudiant sur le comité de gestion du fonds de dotation ainsi que la mise en place d’un comité éthique en matière d’investissement responsable.

L’étudiant en dernière année au baccalauréat en science politique Quentin Lehmann, qui était également présent à la rencontre, a perçu dans les propos des représentants du rectorat une « tentative de décrédibiliser le mouvement ». « Ils nous ont dit qu’ils travaillaient déjà depuis plusieurs mois sur des plans de désinvestissement, rapporte-t-il. J’ai l’impression qu’ils voulaient nous montrer que notre geste avait été inutile. »

Vincent Blondeau demeure dubitatif. « Aurions-nous pu avoir toutes ces concessions sans une semaine d’occupation et que cinq associations étudiantes soient en grève ? », se demande-t-il. « Je ne pense pas qu’on aurait pu avoir le désinvestissement sans tout ça et sans qu’un de nos amis [NDLR : Le gréviste de la faim Vincent Vaslin] se retrouve à l’hôpital », estime pour sa part l’étudiante au baccalauréat en littératures de langue française Éléonore Caron.

Quartier Libre a demander à l’UdeM de commenter le refus des dernières revendications étudiantes. Mme O’Meara a tenu à spécifier que des détails viendront prochainement.

De nouveaux engagements de la part du recteur

Un dialogue s’était déjà établi au cours de la semaine dernière entre les activistes et le rectorat de l’UdeM. Bien que M. Jutras ait alors refusé de rencontrer les manifestant·e·s, il leur avait adressé une lettre le mercredi 30 mars dernier, que Quartier Libre a pu consulter. Dans celle-ci, il réitérait ses engagements à promouvoir une politique de développement durable robuste, notamment l’atteinte de la carboneutralité et la réduction de l’intensité carbone du Fonds de dotation.

Un nouvel engagement s’ajoutait aux précédents. « Conformément à la réflexion amorcée par la direction à l’automne 2021, je déposerai devant les instances exécutives de l’Université, d’ici le 1er juin 2022, un ou des scénarios de désinvestissement total avant le 31 décembre 2025, des actions cotées en bourse de l’industrie des énergies fossiles, détenues directement ou indirectement par l’Université dans son fonds de dotation », écrit le recteur. « Ce plan de désinvestissement est sur la table à dessin depuis plusieurs mois », précise par voie de courriel Mme O’Meara.

M. Jutras s’engageait également à rendre disponible une série d’indicateurs liés à l’investissement responsable et concernant le Fonds de dotation. Ceci inclut « le nombre des émissions totales de GES [NDLR : Gaz à effet de serre], l’indice d’empreinte carbone (émissions totales de GES/valeur des actifs détenus), et l’indice d’intensité carbone moyenne pondérée ». L’intensité carbone correspond aux émissions par dollar de revenus des entreprises, selon le rapport sur l’implantation de la Politique en matière d’investissement responsable et des principes pour l’investissement responsable du Fonds de dotation de l’UdeM (2020). Ainsi, une intensité carbone plus faible ne signifie pas nécessairement que le portefeuille d’investissement est moins polluant.

Aucun engagement en lien avec le désinvestissement du régime de retraite n’avait été annoncé tel que demandé par L’Écothèque. Puis, le vendredi 1er avril, dans une seconde lettre adressée aux occupant·e·s et dont Quartier Libre a obtenu une copie, M. Jutras a expliqué que faire pression sur le RRUM « n’est pas possible, compte tenu de mon obligation légale d’assurer l’indépendance complète du comité de retraite quant à sa gestion fiduciaire du RRUM. »

Selon l’attachée de presse de l’UdeM, Julie Cordeau-Gazaille, 14,1 millions de dollars des actifs du Fonds de dotation trempaient dans les carburants fossiles en décembre 2020. Pour le Régime de retraite, ce sont 78,7 millions de dollars qui trempaient dans le pétrole, le gaz naturel ou le charbon à la même date. En comparaison, les valeurs marchandes de ces portefeuilles s’élevaient respectivement de 390,6 millions de dollars et 4,8 milliards de dollars.