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Lettre : Contre la hausse, par A+B

On entend toutes sortes de points de vue en ce moment. Contre la grève, mais aussi contre la hausse des frais de scolarité, contre la grève et pour la hausse, pour la grève et pour la hausse – je vous dis que ça existe –, pour la grève et contre la hausse. Avec autant de points de vue différents, y voyez-vous plus clair qu’il y a un mois ? C’est bien simple, je ne sais tout simplement plus quoi penser.

Venons-en au fait. Le gouvernement de Jean Charest veut augmenter les frais de scolarité parce que les coffres de l’État sont vides; nous venons de sortir d’une crise économique. Aïe !, la hausse des frais de scolarité va diminuer la contribution du gouvernement [NDLR: au financement des universités québécoises] de 54 % à 51 %. Sur un budget d’environ 69 milliards, combien ça fait ? Ce n’est pas énorme [NDLR: autour de 170 millions], surtout qu’à court terme ce gouvernement semble avoir les moyens d’investir des sommes colossales dans le Plan Nord. Nous y reviendrons.

D’un autre côté, la portion de la facture de l’éducation que payeront les étudiants grimpera de 13 % à 17 %. C’est n’est donc pas tant que le privé aura davantage d’influence sur les activités de recherche au détriment de la liberté intellectuelle, mais tout simplement qu’on assiste à un désengagement de l’État. On parle seulement d’un déplacement du ratio gouvernement/étudiants dans le financement scolaire.

À présent, nous allons parler du Plan Nord. Il y a un lien avec la hausse des frais de scolarité, je vous le jure.

Une nouvelle analyse du Service d’études économiques du Mouvement Desjardins, publiée dans l’édition du 4 août du Devoir, s’interroge sur les retombées financières que fait miroiter le gouvernement Charest pour justifier les investissements publics massifs du Plan Nord et le développement de l’industrie des gaz de schiste. On parle d’environ 2,5 milliards sur cinq ans, période au cours de laquelle le gouvernement devrait recevoir des retombées de seulement 1,4 milliard. Finalement, l’État devra d’ici 2036 investir 46 milliards pour des retombées fiscales de seulement 14 milliards, selon la même étude. Ça, c’est pour le projet du Plan Nord.

Pour revenir à nos moutons, ce même gouvernement, toujours aussi bon en matière d’économie, nous promet une amélioration de la qualité de l’enseignement pour justifier la hausse des frais. Mais la capacité de ce gouvernement à promouvoir la qualité de l’éducation est discutable : devant une aussi grossière incapacité à développer des projets visionnaires ayant pour réel but le développement du Québec, on peut se demander s’il est réaliste de s’attendre à quoi que ce soit qui ressemble à une amélioration de l’enseignement.

Le débat sur la qualité de l’enseignement en lien avec les frais de scolarité est indirect et dépend de la conception que l’on se fait du terme «qualité». Si pour plusieurs la qualité se traduit en termes de compétitivité avec les autres universités, de rentabilité de la recherche et de son adéquation avec les besoins du marché, elle se manifeste pour d’autres par « la capacité à transmettre une partie du patrimoine scientifique, intellectuel et culturel d’une société, ou le savoir nécessaire pour exercer une profession ou un métier » (http://lahausse.ca/qualite/).

Pour conclure, je suis catégoriquement contre la hausse des droits de scolarité, et ce, au nom d’une perspective bien plus large que simplement « j’ai peur de trop m’épuiser au travail, car j’ai besoin de plus de fric » ou encore « je n’ai pas envie de reporter mes projets de famille et de première maison, car j’ai des dettes d’études à rembourser », alors qu’il suffit pour cela de réduire les dépenses futiles que la publicité nous dicte. Non, je suis contre la hausse parce que les arguments en sa faveur sont injustifiés.

Finalement, je salue la décision des étudiants du Département de physique, d’avoir déclenché la grève. Je suis très satisfait de la situation, car il n’y a pas d’autre choix si l’on veut bloquer ce gouvernement. Il est difficile de raisonner a priori sur une situation très concrète comme celle-ci. Le gouvernement veut agir et je suis contre l’action promulguée. Alors, bloquons. S’il faut oser, alors osons. Tant que nous faisons ce qui est bien, ne nous gênons pas.

Samuel Marchand, étudiant au baccalauréat en physique

 

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