CHAPITRE 1

Une prêtresse montréalaise, connaissant leur état de pauvreté avancé (G & H étaient étudiants), eut une idée qui lui sembla éminemment brillante : «Mes enfants, vous êtes pauvres. Essayez donc de faire du pouce pour vous rendre à l’Université de Montréal. »

Mais si tout zappe et lasse, les automobilistes aussi passent. Quatre anglophones et une femme de retour de l’opération à coeur ouvert de son mari plus tard, un bon samaritain les embarqua enfin. En fait, c’est un Roumain dans l’informatique qui, d’une gentillesse ornée d’un sourcil interrogatif, accepta de prendre G & H à bord.
Affable et rassuré par l’allure naïve de Gretel, le Roumain au volant proposa de rapprocher les étudiants de leur objectif udémien. Hansel, qui n’étudiait visiblement pas en géographie, lui indiqua la direction opposée, rallongeant l’histoire d’au moins un chapitre. Hansel fut frappé de la différence d’ambiance entre Ville Mont-Royal et Parc-Extension, ce qui fait dire au narrateur que c’est vrai que ça clash l’odeur de cari et les saris après le boulevard Graham.
CHAPITRE 3
Au coin Jean-Talon/Parc, G & H décidèrent d’atteindre Van Horne. Quatre sujets de conversation, six hipsters, trois familles de Juifs hassidiques et 2,1 km plus tard, la nuit tomba (pouf) sur Gretel et Hansel. Nos héros s’avançaient courageusement dans la lumière jaune des lampadaires. Les automobilistes, apeurés par la noirceur ainsi tombée, se firent de plus en plus craintifs. Gretel poursuivait sa mission sans relâche, souriant de son air le plus bon enfant à des vitres teintées et à des faces de boeuf.
CHAPITRE 4
«Sans intérêt ».
Un nouvel « expatrié informatique », pour reprendre la formule de Hansel, sauva la situation. Marocain cette fois-ci. Le gentilhomme les amena jusque dans leur salle de classe, ou presque. G & H, fiers d’avoir réussi la mission de la grande prêtresse en1 h30, repartirent manger du gâteau au fromage. Rassurés, quand même, que le métro existe.
Ce texte est très inspiré du livre Conte de fées à l’usage des moyennes personnes de Boris Vian.


