Les salles de cinéma montréalaises projettent le documentaire depuis le 12 décembre dernier. Crédit : Courtoisie Vital Distribution

L’envoûtement d’un territoire oublié 

Le documentaire Marche au pays réel plonge le public dans une aventure poétique renouant le territoire et l’humain pas après pas. Il montre une profonde reconnexion avec un territoire et son environnement, souvent mal connu même de celles et ceux qui y vivent au Québec.

Marche au pays réel de la réalisatrice et photographe Marie-France L’Ecuyer, qui porte un intérêt particulier au lien entre l’humain et son environnement, suit deux aventuriers, Samuel Lalande-Markon et Simon-Pierre Goneau, dans leur traversée du Québec, du sud au nord. À vélo puis à ski en plein hiver, ils cherchent non seulement à vivre une aventure unique en découvrant le territoire, mais aussi à réfléchir au rapport identitaire que les Québécois·es entretiennent avec leur propre géographie.

Le documentaire réussit à communiquer au public la dimension symbolique de cette aventure : il reflète avec poésie l’ampleur, l’immensité et les conditions extrêmes de la réalité nordique de la province. Par sa vision humaniste, Marie-France L’Ecuyer cherche à renouer le lien entre les Québécois·es, le Grand Nord et les communautés autochtones qui l’habitent, en particulier les Cris de la Baie-James et les Inuits de la baie d’Hudson.

À travers la parole de l’auteur et linguiste Kalingo, le film dénonce la colonisation du Grand Nord, notamment des terres autochtones dont le nom a été modifié. Le cap Anaulirvik, entre autres, a disparu des cartes au profit du cap Wolstenholme, nom donné par l’exploration britannique Henry Hudson en hommage à un commerçant londonien. Cette dépossession des territoires et de l’histoire autochtone est ainsi pointée du doigt. 

La puissance du bruit de la banquise vient surprendre et envoûter l’auditoire dès les premières minutes du documentaire. Ce silence n’est pas sans signification : il évoque d’emblée un milieu hostile et froid, un univers dont la nature semble être la seule maîtresse des lieux. 

Ces choix esthétiques, à la fois sonores et visuels, transmettent pleinement les sensations d’une aventure portée par le silence, les bourrasques, ainsi que par des images saisissantes d’une nature infinie. Ces paysages sans limites, dominés par l’omniprésence de la couleur blanche, notamment celle de la neige, invitent à remettre en question la véritable place de l’être humain dans un décor spectaculaire.

Les émotions et les points de vue sont très forts, et l’aventure n’est pas seulement présentée comme un exploit, mais plutôt comme une façon de mieux comprendre le territoire et les personnes qui y vivent. Ce périple permet d’engager une réflexion sur le territoire et ses habitant·e·s, en s’interrogeant sur les enjeux politiques, sociaux et écologiques actuels de celui-ci.

La force de Marche au pays réel, comme celle de tout documentaire véritablement profond, vient de la réflexion qu’il inspire, bien au-delà du récit qu’il relate. Il parvient à faire part du caractère glacial de ce territoire, mais également à réchauffer les spectateur·rice·s grâce aux rencontres humaines qui jalonnent cette odyssée, des Cris de la Baie-James aux communautés inuites de la baie d’Hudson. 

De plus, cette aventure remet en question la place des humains et réinvente l’existence ainsi que la reconnaissance de la présence de l’autre, permettant de réfléchir à la reconstruction d’un rapport plus sain et humain au monde. Marche au pays réel est une belle leçon de patience, d’humilité, de respect et de reconnaissance des communautés du Grand Nord, qui invite à « mieux habiter notre pays ».

Partager cet article