Le vieux monde derrière nous est d’abord une histoire vraie : celle du voyage entrepris en 1968 par Gil Kemeid, le père de l’auteur Olivier Kemeid. Des années plus tard, ce dernier en a tiré un roman, puis une pièce de théâtre mise en scène par Denis Marleau et présentée jusqu’au 6 décembre prochain au Centre du théâtre d’aujourd’hui.
Le récit se construit à partir d’une centaine de cartes postales écrites par le Québécois Gil Kemeid, qui entreprend seul un voyage de Londres à Istanbul au printemps de l’année 1968, à bord de sa Vespa, un scooter de marque italienne emblématique de la Méditerranée.
Le jeune homme a aussi une quête : sa destination est la ville de Beyrouth, au Liban, sa terre d’origine, où il souhaite réapprendre sa langue maternelle, l’arabe, oubliée à force de ne plus la parler. Toutefois, son voyage s’interrompt avant le but espéré. Il rentre à Montréal, avec la promesse de revenir.
Un réçit à deux voix
Dans sa correspondance adressée à Carolle, qui deviendra sa femme, Gil Kemeid partage surtout des anecdotes de son voyage : le caractère des Français·es qu’il rencontre, la météo, ses finances et les villes qu’il traverse, comme Dieppe, Paris, Bordeaux, Marseille, Strasbourg ou encore Reims.
Sur scène, l’acteur Mani Soleymanlou incarne, avec justesse et humour, à la fois le père et le fils Kemeid. La mise en scène combine le jeu sur le plateau à des projections vidéo d’images fictives du voyage du père sur sa Vespa.
L’installation reflète ainsi deux écritures : celle, légère et parfois naïve, d’un jeune homme amoureux, et celle, plus analytique, de son fils qui relit et commente l’histoire. Cette superposition est l’une des forces du spectacle, car elle donne de la profondeur à ce qui aurait pu rester une chronique de voyage.
La mémoire d’une famille
« Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi » : le titre Le vieux monde derrière nous est une référence à ce slogan scandé lors des grandes révoltes étudiantes et ouvrières en France, désignées depuis par les événements de mai 1968.
Dès lors, à travers les mots du fils, le public découvre ce que le père a vu d’une Europe en pleine transformation. Les manifestations de mai 1968 secouent Paris. À Prague, les chars soviétiques envahissent la ville. En Espagne, la dictature du général Franco se maintient.
Le mélange des anecdotes intimes et du récit historique est une autre force de la pièce, où Olivier Kemeid s’empare de la narration légère et spontanée de son père pour lui donner une portée plus large.
La quête de Gil Kemeid trouvera sa conclusion bien des années après son premier voyage. Il ira au Liban une fois marié avec Carolle, et en compagnie de leurs enfants. Ainsi, la transmission du voyage est une autre thématique centrale, et réussie, de la pièce.
Au-delà de l’histoire personnelle, l’œuvre démontre comment un rêve inachevé peut devenir un héritage générationnel. Olivier Kemeid se réapproprie l’histoire de son père, pour montrer que le vieux monde n’est finalement jamais tout à fait derrière soi.
La pièce Le vieux monde derrière nous est présentée au Centre du théâtre d’aujourd’hui jusqu’au 6 décembre 2025.
Tarifs
Régulier – 45,00 $
30 ans et moins ou étudiant – 30,00 $
60 ans et plus – 40,00 $