Le 22 février dernier, près de 200 artistes se sont rassemblé·e·s pour manifester devant les bureaux du ministère de la Culture et des Communications à Montréal. L’organisme à l’initiative de cette mobilisation, la Grande mobilisation des artistes du Québec (GMAQ), en est déjà à sa quatrième action militante depuis le printemps dernier.
Six autres villes, dont Québec, Rouyn-Noranda et Sherbrooke, ont également vu des artistes brandir leur pancarte.
Ils réclament au gouvernement québécois la hausse du financement octroyé au Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ)*. En effet, le budget accordé au Conseil ne constitue que 0,15 % environ du budget total du gouvernement, ce que dénoncent vigoureusement les militant·e·s. Ces dernier·ère·s revendiquent ainsi l’augmentation du financement de l’organisme à 200 millions de dollars lors du budget 2025-2026 du gouvernement, soit 40 millions de dollars de plus que le financement versé à l’heure actuelle (160 millions de dollars) et le double du financement pré-COVID-19 (100 millions de dollars)**.
Vivre de son art à Montréal
« Là, c’est vraiment une question de ne plus être capable de vivre de son métier », a expliqué la présidente de l’Union des artistes, Tania Kontoyanni, au cours d’une entrevue à l’émission Tout le monde en parle (TLMP) le 9 février dernier. Qu’ils travaillent dans les arts vivants, circassiens ou encore visuels, les artistes n’ont plus les moyens de subvenir à leurs besoins, a-t-elle souligné.
Bien que le fonds d’urgence de 60 millions de dollars du gouvernement du Québec ait tout de même permis de bonifier le revenu des artistes québécois·es pendant la pandémie, en moyenne, leur revenu médian avoisine les 17 500 dollars par an, un montant largement inférieur à celui de l’ensemble des travailleur·euse·s, qui, à Montréal, s’élève à environ 44 800 dollars. La plupart des artistes ont par conséquent de la difficulté à garder la tête hors de l’eau.
Parmi les 20 900 artistes qui habitent à Montréal, 64 % affirment être des travailleur·euse·s autonomes, selon le plus récent recensement de la firme Hill Strategies paru en février 2024. De plus, bien que 54 % d’entre eux aient effectué des études universitaires dans leur domaine, ils n’arrivent toujours pas à obtenir un emploi stable.
La culture québécoise en péril ?
Lors de son passage à TLMP aux côtés de Mme Kontoyanni, l’autrice et lauréate du prix Médicis 2023 Kev Lambert a durement critiqué les priorités du gouvernement, qu’elle considère comme une attaque de la culture québécoise. « Il y a une instrumentalisation de la culture à des fins politiques pour se donner une belle image, mais, à l’heure actuelle, les artistes crèvent de faim », a-t-elle alerté.
Malgré les coupes et les pertes budgétaires dans le secteur, la culture reste rentable. Chaque année, elle génère plusieurs milliards de dollars qui contribuent à l’économie québécoise.
Toutefois, plusieurs artistes ont mis un terme à leur métier ou songent à y mettre un terme faute de financement, a également déploré Mme Kontoyanni.
* Le CALQ est un organisme responsable de l’octroi du financement aux artistes, aux organismes et aux projets dans le milieu des arts et de la culture.
** Depuis la pandémie, le gouvernement a mis sur un pied un fond d’urgence de 60 millions de dollars pour le secteur des arts et de la culture, un montant qui s’est ajouté au financement initial de 100 millions de dollars.