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Le progressisme s’empare de l’AED

Dans une lettre ouverte publiée dans l’édition du mois de janvier 2018 du journal facultaire Le Pigeon Dissident, une trentaine d’étudiants ont enjoint à l’exécutif de l’AED d’entreprendre une démarche plus sociale dans son fonctionnement. « Loin d’agir en tant qu’agente de la justice sociale et de l’implication communautaire, cette association agit en tant qu’agente pour l’instrumentalisation et la marchandisation de nos études et [sic] se contente d’avoir une visée carriériste », critiquent les signataires de la missive. Pour eux, l’association a oublié ses principaux objectifs, soit : « la mobilisation, la revendication et la remise en question ».

L’AED se décrit comme une association de services et non « militante », selon son président, Simon Du Perron. Une conception qui n’a pas été contestée dans les dernières années selon ses explications.

Pourtant véhément par moments, le texte a été bien accueilli par l’exécutif de l’association. « On l’a perçu comme un groupe d’étudiants qui lançait une réflexion intéressante et pertinente sur le rôle que peut jouer une association », indique Simon. L’exécutif y a d’ailleurs répondu par un message publié sur le site Internet du Pigeon Dissident quatre jours plus tard. « Ce qu’on a trouvé un peu dommage, c’est que cette lettre ait été publiée avant qu’on nous ait consultés. » Le cahier de positions a fait partie des promesses électorales du vice-président aux affaires externes de l’AED, Antoine Di Pietrantonio. Selon les dires de Simon, l’AED y travaillait déjà depuis le mois de juin.

Ce cahier de positions a été présenté, débattu et entériné le 13 février dernier à l’occasion d’une assemblée spéciale. Ce document contient l’ensemble des positions constituant le discours de l’AED, qui doivent refléter les opinions de la communauté étudiante en droit. « C’est un outil commun dans les associations étudiantes, précise Simon Du Perron. L’assemblée générale est l’instance suprême, donc les positions qui y sont adoptées ont préséance sur ce que l’exécutif peut faire. »

Le cahier de l’AED contient 125 positions touchant des thèmes variés tels que les affaires autochtones, le développement durable ou encore la représentation étudiante, dont 112 ont déjà été adoptées. Les 13 restantes seront votées lors de l’assemblée générale du 10 avril. « C’est un socle de positions assez neutres et consensuelles. Le but n’est pas de changer le rôle de l’Association, indique le président. On peut voir ça comme un pas vers une plus grande responsabilité sociale. »

Réaction des signataires

L’étudiant au baccalauréat en droit Vincent J. Carbonneau est l’un des signataires de la lettre ouverte et adhère pleinement aux propos qu’elle contient. « Je dénote que notre association étudiante a des intérêts corporatistes qui s’éloignent beaucoup de la réalité étudiante », précise-t-il. Se considérant progressiste, Vincent se dit satisfait du cahier adopté par l’AED. « Il y a des positions que j’étais content de voir, notamment [les mesures pour le respect et l’accessibilité aux études en droit pour] les autochtones et les personnes non genrées », explique-t-il.

Alors que son ancien programme de science politique s’était déjà doté d’un cahier de positions, l’étudiant au baccalauréat en droit Marc-Antoine Gignac estime qu’il était temps que son association actuelle franchisse le pas. « J’ai été assez positivement surpris de l’angle que les positions ont adopté, décrit Marc-Antoine, signataire de la lettre ouverte. On pourrait les qualifier de beaucoup plus progressistes que ce à quoi on s’attendrait à la Faculté de droit de l’UdeM. »

La question budgétaire

La lettre ouverte a particulièrement mis l’accent sur un manque de transparence de la part de l’AED quant à son budget, voté à huis clos. Les signataires font état d’une pratique visant à museler le débat étudiant, selon eux. « Chaque étudiant membre d’une association devrait avoir le droit d’accès au budget, surtout pour un budget qui est [en partie commandité] par des dons de banques et de grands cabinets d’avocats, dénonce Vincent. J’ai l’impression que l’association joue beaucoup sur ce huis clos pour pouvoir maintenir des rapports harmonieux avec les partenaires financiers. » Cette interrogation n’a pas été dissipée par les positions adoptées dans le cahier, car aucune d’entre elles ne fait allusion au budget. « J’ai l’impression qu’on essaie de calmer le jeu avec des propositions progressistes sur d’autres sujets », pense Vincent.

Interrogé sur la question, l’exécutif de l’AED évoque plutôt un manque de compréhension de la notion de huis clos. Selon le président, cela n’empêche aucun membre de l’association de consulter le budget s’il en fait la demande. Un travail de vulgarisation de la part du trésorier doit être fait en ce sens. « La raison pour laquelle le budget est adopté à huis clos est en rapport aux partenaires extérieurs, explique Simon. On ne souhaite pas qu’ils puissent voir quels autres partenaires financent l’association et de quelle manière ils le font, car cela aurait un impact négatif sur notre financement futur et pourrait avoir un effet sur notre offre d’activités. »

Un futur comité progressiste

L’exercice de la lettre ouverte aura tout de même porté ses fruits en permettant d’assurer une écoute plus attentive de la part de l’AED à la frange progressiste parmi ses membres. S’il s’est attendu à donner un coup d’épée dans l’eau en signant la lettre, Vincent y a également vu l’occasion de lancer un appel. « Ce que je voyais d’intéressant, c’était de mobiliser les étudiants progressistes pour qu’on puisse commencer à s’organiser et à déposer des revendications », confie-t-il.

Dans la foulée de cette sortie publique, un « comité progressiste » est en train de s’organiser afin d’être reconnu officiellement parmi ceux de l’AED lors d’une assemblée de création le 14 mars prochain.

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