Bien que l’UdeM mette en place des mesures d’adaptation pour les étudiant·e·s en situation de handicap (ÉSH), l’accès à celles-ci reste souvent difficile. Entre le manque de sensibilisation et l’inadaptation de ces mesures, les ÉSH rencontrent encore de nombreux obstacles pour se sentir vraiment inclus.
« L’objectif des accommodements est de compenser une difficulté rencontrée par l’étudiant dans son parcours éducatif, explique la professeure agrégée au Département de psychopédagogie et d’andragogie Josianne Robert, qui s’intéresse à l’autodétermination des ÉSH, et plus particulièrement aux mesures d’adaptation que leur offre l’UdeM. Cependant, lorsqu’il s’agit de handicaps invisibles, comme les troubles d’apprentissage, il devient plus complexe de les identifier et d’adapter les mesures de soutien de manière adéquate. »
Malgré la présence d’ÉSH depuis des années dans les universités, l’accessibilité aux mesures d’adaptation de l’UdeM reste un défi majeur. Leur inadaptation ainsi que le manque de compréhension compliquent le parcours de nombreux·ses étudiant·e·s, ce qui crée un sentiment d’injustice et d’isolement qui peut nuire à leur bien-être et à leur réussite. Certain·e·s ÉSH estiment ainsi que les mesures mises en place compliquent en réalité davantage leur quotidien.
En effet, le contexte et la méthode d’apprentissage variant d’un individu à l’autre, une identification attentive des besoins propres à chacun·e est primordiale. Pour garantir de bons services et suivis, chaque étudiant·e concerné·e devrait donc disposer d’un parcours personnalisé. « Avec l’augmentation du nombre d’étudiants, une tendance s’est développée à identifier rapidement un trouble de l’attention et à attribuer automatiquement une liste prédéfinie de mesures de soutien ou d’accommodements, sans nécessairement évaluer leur efficacité pour chaque étudiant », révèle Mme Robert.
L’étudiante de première année au baccalauréat en sécurité et études policières Emma* affirme avoir personnellement rencontré ces problèmes. « Les accommodements et les services mis en place pour nous ont parfois un effet inverse, confie-t-elle. Par exemple, j’avais un examen au pavillon Jean-Brillant, mais on m’a envoyé au pavillon Liliane-de-Stewart, rendant la situation moins accessible, en plus du fait que je n’avais pas mon professeur dans la salle avec moi pour répondre à mes questions. »
Par conséquent, la nécessité de s’adapter constamment aux mesures proposées peut susciter un sentiment d’anxiété et de stress chez les ÉSH.
Chiffres clé pour l’année scolaire 2023-2024
3453 étudiant·e·s qui ont bénéficié d’un accompagnement pour des handicaps visibles ou invisibles
45 % d’entre eux·elles étudiaient à la Faculté des arts et sciences
76% étaient des femmes
Source : Rapport annuel 2023-2024 du service Soutien aux personnes étudiantes en situation de handicap de l’Université de Montréal (SPÉSH).
Individualisation des mesures
Le coordonnateur du service Soutien aux personnes étudiantes en situation de handicap de l’UdeM (SPÉSH), Mickaël Dulin, affirme que l’approche avec chaque étudiant·e est hautement personnalisée. Un·e conseiller·ère rencontre chaque étudiant·e pendant une heure à une heure et demie afin d’évaluer sa situation, tant du point de vue médical que scolaire.
De cette évaluation découlent les mesures d’adaptation que le SPÉSH recommande dans une lettre, avant de les mettre en place. « Un rapport médical ou un diagnostic peuvent être identiques pour deux étudiants, mais les mesures recommandées seront différentes, car chaque situation nécessite des ressources et des services différents », précise M. Dulin.
Une fois les mesures nécessaires approuvées, les étudiant·e·s peuvent en tout temps contacter leur conseiller·ère en cas de difficulté ou si des ajustements sont requis. Si de nouvelles difficultés surviennent au cours du parcours universitaire, la lettre relative aux mesures d’adaptation fournie par le SPÉSH peut faire l’objet d’une mise à jour afin d’y ajouter ou d’y supprimer certaines mesures. « Nous effectuons nous-mêmes des contrôles annuels pour vérifier que tout se passe bien ou voir si des ajustements sont nécessaires », poursuit M. Dulin.

Sensibiliser le corps professoral
Très souvent, devoir s’entretenir avec un·e professeur·e pour organiser les mesures à mettre en place selon ses besoins peut être stressant pour un·e ÉSH. « Parfois, les étudiants ne veulent pas s’identifier, et derrière cela, il y a toute une question liée à la perception que les autres peuvent avoir d’eux », souligne Mme Robert. Expliquer sa situation et ses difficultés à un·e enseignant·e n’est pas toujours facile, et peut prendre du temps que l’étudiant·e pourrait consacrer à d’autres activités universitaires.
Selon M. Dulin, l’Université travaille constamment pour accroître la sensibilisation des professeur·e·s aux mesures d’adaptation offertes aux ÉSH. « Une grande partie des professeurs comprennent bien les mesures et leur importance, mais certains ne sont pas entièrement conscients des obligations légales liées aux accommodements », avoue-t-il.
Les mesures peuvent également parfois entrer en conflit avec les exigences d’un cours. Dans une telle situation, le SPÉSH doit trouver une solution pour concilier les besoins des étudiant·e·s et les exigences du programme d’études. Les principaux défis résident alors dans la sensibilisation des enseignant·e·s et, lorsque nécessaire, dans
la médiation afin de trouver des solutions qui satisfont les deux parties.
Accompagnement crucial
Lorsqu’un·e étudiant·e rencontre des difficultés liées à l’accès ou à l’utilisation des mesures d’adaptation qu’offre l’UdeM, prendre immédiatement contact avec le personnel responsable s’avère fondamental pour trouver des solutions propres à ses besoins. « Si un étudiant a un handicap et n’est pas encore inscrit à nos services parce qu’il pense ne pas en avoir besoin, mais qu’il rencontre des difficultés, nous lui conseillons de nous contacter », indique M. Dulin.
De son côté, le SPÉSH assure un suivi régulier au minimum une fois par an, afin d’évaluer la progression globale des ÉSH et d’adapter les mesures en fonction de leurs besoins. « En cas de situation plus fragile ou moins claire, nous organisons des suivis plus fréquents pour garantir que tout se déroule de la meilleure manière possible, en nous assurant que chaque étudiant reçoit le soutien nécessaire à son bien-être et à son succès scolaire », soutient le coordonnateur.
Vers un soutien plus clair et accessible
En tant qu’ÉSH, recevoir du soutien constitue donc un élément essentiel pour garantir un parcours universitaire qui permette d’avoir les mêmes chances de réussite que celles de tout autre étudiant·e. Les mesures d’adaptation personnalisées aident à surmonter les obstacles qui pourraient freiner la réussite scolaire. Pourtant, leur accès reste parfois flou. « On ne nous donne pas de liste avec tous les accommodements possibles, déplore l’étudiante de deuxième année au baccalauréat en traduction Justine*. Et le fait qu’on ne sache pas quels sont les accommodements offerts, ça pose aussi problème ».
*Pour préserver l’anonymat des étudiantes, les prénoms ont été changés.
(Crédit photo de couverture – Joey Banks – Unsplash)