Société-Monde

L’Association Étudiante de Ryerson demande 2,7 millions à l’Université

En janvier dernier, l’Université de Ryerson a mis fin à une entente de près de 25 ans avec l’AÉR. Elle a déclaré par voie de communiqué ne plus reconnaitre l’association en tant que gouvernement étudiant officiel représentant la communauté étudiante de Ryerson. « L’Université a perdu confiance dans la capacité de l’AÉR à représenter les étudiants avec une bonne gouvernance et à fournir les services que les étudiants paient.* », peut-on lire.

Quatre jours après la décision de l’Université, l’AÉR a annoncé dans un communiqué avoir déposé une réclamation devant un tribunal de l’Ontario. Elle demande notamment à l’établissement de libérer les fonds payés par les étudiants et perçus par l’Université au nom de l’AÉR pour gérer les services et le soutien aux étudiants. « Aujourd’hui, l’administration de l’Université menace la viabilité de l’AÉR, explique la présidente de l’association, Vanessa Henry. Demain, ce pourrait être n’importe quel service étudiant. Nous ne défendons plus seulement l’AÉR. Nous établissons un précédent pour les voix des étudiants partout en Ontario et partout au Canada.* »

L’association souligne qu’elle demeure une entité indépendante. « L’AÉR et l’Université ont une entente qui exige que l’Université perçoive les frais des étudiants et qu’elle remette ensuite les fonds à l’AÉR pour que celle-ci les utilise selon les directives de ses membres, indique le communiqué. Cet accord ne donne pas à l’Université le pouvoir de retenir des fonds de l’AÉR. »

L’Université Ryerson soutient que les problèmes entourant la gestion par l’AÉR de ses affaires internes ont entrainé la violation de son accord de 1986 avec l’établissement. « Les incidents de mauvaise gestion financière constatés rendent l’AÉR responsable d’une violation de ses obligations, en vertu de l’entente d’exploitation de 1986 entre l’Université et l’AÉR », a-t-elle déclaré.

 

Une mauvaise gestion financière

Début 2019, des allégations de mauvaise gestion financière de la part des membres de l’exécutif de l’AÉR 2018-2019 ont été publiées par le journal du campus The Eyeopener. Le président de l’association au moment des faits, Ram Ganesh, et le vice-président, Savreen Gosal, auraient utilisé la carte de crédit de l’AÉR pour des achats douteux sur une période de huit mois, pour un montant total de 250 000 $, selon le journal étudiant.

À la suite de cette révélation, l’Université a imposé trois mesures coercitives à l’AÉR. De leur réalisation dépendait la remise des frais étudiants à l’association :

  • qu’un audit financier des comptes de l’AÉR soit effectué ;
  • que les résultats de l’audit soient partagés avec l’Université ;
  • qu’un nouvel accord entre l’AÉR et l’Université soit négocié d’ici le 31 mars 2019.

 

Une année est passée

Un an après les faits, l’Université s’est dite insatisfaite des mesures prises par l’AÉR pour tenter de restaurer la confiance de Ryerson. « Les résultats de l’audit médico-légal des finances de l’AÉR ne sont pas partagés avec l’Université, et l’AÉR a cessé de répondre aux efforts de l’Université pour finaliser un nouvel accord », précise le communiqué.

L’établissement souligne également l’émergence de nouvelles allégations de problèmes de gouvernance au sein de l’AÉR.

Selon cette dernière, l’association est activement restée engagée dans des négociations avec l’Université pour conclure un nouvel accord, se disant même disposée à faire des concessions, tant que celles-ci ne compromettaient pas son autonomie. D’après son communiqué, elle aurait publié le 21 janvier dernier une déclaration selon laquelle les conclusions de l’examen financier seraient données à leurs membres et à l’Université lors de l’assemblée générale semestrielle du 3 février 2020.

L’AÉR était apparemment sur le point d’envoyer une nouvelle version de l’accord quand elle a appris, le 24 janvier, la décision de l’Université de ne plus reconnaitre sa légitimité à représenter les étudiants sur le campus.

 

Le soutien d’autres organisations étudiantes

Lundi 2 mars 2020, la Continuing education students’ association of Ryerson (CESAR) et la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants (FCÉÉ) se sont rangées du côté de l’AÉR. Les deux organismes ont demandé le statut d’intervenant dans l’action judiciaire qui oppose l’association à l’Université Ryerson .

La FCÉÉ avait rappelé fin janvier l’importance de l’autonomie des associations étudiantes et avait accusé l’Université d’un acte paternaliste fragilisant les mécanismes démocratiques. « Les administrations des collèges et universités ne peuvent pas et ne devraient pas s’ingérer dans les affaires des syndicats étudiants », déclare la fédération. Elle soutient que la communauté étudiante a le pouvoir, grâce aux élections, aux assemblées générales et aux référendums, de responsabiliser leur association étudiante.

*Traduit de l’anglais

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