Lauréat du prix Janette-Bertrand au dernier Salon du livre, L’été de la colère, écrit par Elizabeth Lemay, oscille entre la catharsis féminine et la vulnérabilité profonde, créant un objet littéraire furieux et contestataire.
L’été de la colère, paru en 2024, est le deuxième ouvrage de l’autrice Elizabeth Lemay, après Daddy Issues. Dans celui-ci, elle se plonge dans un récit coup de poing qui débute par une phrase simple : « Je crois que j’ai été violée. »
Commence ainsi une quête de sens, de réponses, mais aussi une frustration du monde qui l’entoure. D’abord, elle raconte avec pudeur son agression sexuelle commise par le fils de son patron et le lendemain de la soirée, complètement dépourvue de ses moyens. Puis, plus la narration progresse, plus elle aborde sa vie intime et sa relation avec les hommes, ce qui la met face à face avec la colère, qu’elle soit dirigée contre eux ou contre elle-même.
L’autrice s’aventure dans l’histoire et observe les femmes célèbres qui ont marqué leurs époques. De Monica Lewinsky à Britney Spears, elle écrit sur ce qu’elle qualifie de « sorcières modernes », des femmes ayant subi l’opprobre de la société et l’humiliation de leurs pairs.
Le prix Janette-Bertrand, remis en marge du Salon du livre 2025, récompense des auteur·rice·s mettant en valeur la diversité et l’inclusion, tout en contribuant aux débats sur les enjeux de société.
Cette image de la sorcière est très forte, elle montre aux lecteur·rice·s à quel point peu de choses ont changé au fil des époques et à quel point se faire une place en tant que femme dans un monde d’hommes est ardu. À travers l’écriture crue d’Elizabeth Lemay, plusieurs femmes peuvent se reconnaître et se sentir comprises, car ses expériences et ses peurs ne sont pas seulement les siennes, mais celles de toutes les femmes.
Par l’entremise de choix personnels, d’agissements dans sa vie intime ou de son consentement à participer au jeu de la séduction, l’autrice ne se prétend pas être une féministe parfaite. Néanmoins, L’été de la colère agit comme un moyen de questionnement sur sa propre condition. Elle retranscrit sa frustration avec ses mots, tels des premiers jets et des pensées brouillonnes, propres à la confusion de son existence en tant que femme. Cette vulnérabilité est intégrale au récit, permettant de revendiquer le droit à l’inachèvement de soi et celui d’être irrationnelle et folle, d’être tout simplement soi.
L’écrivaine appuie avec brio l’importance de la littérature pour s’éduquer, pour dialoguer et pour se comprendre. Elle cite Virginia Woolf et sa chambre à soi, Nelly Arcan, Colette et Annie Ernaux comme ses inspirations en tant qu’autrice et en tant que femme. De cet amour des livres, elle écrit cette phrase à fort impact : « Je me méfie des gens qui ne lisent pas ». Elle demande aux hommes d’être des alliés de la cause, affirmant que les femmes en ont « marre » de discuter de littérature féministe seulement entre elles. Cette réflexion est la pierre angulaire de la frustration emmagasinée dans ce récit, car elle représente un appel au changement et à la révolte.
Totalisant 163 pages seulement, L’été de la colère est certes court, mais ne ménage pas son lectorat. Elizabeth Lemay n’hésite pas à s’aventurer dans le langage cru pour illustrer le traitement réservé aux femmes dans la sphère intime. Bien qu’il soit relativement bref, le récit reste ancré dans le cœur des lecteur·rice·s en raison de sa rage assumée et de son ode à la persévérance et la sororité.