La communauté étudiante de Polytechnique Montréal fait front contre la hausse des frais de stage

Le conseil d’administration de Polytechnique Montréal a annoncé cet été l’augmentation des frais de stage. La communauté étudiante exprime son mécontentement.

Au cours de l’été, l’Association étudiante de Polytechnique (AÉP) a reçu cette information de la part du conseil d’administration de l’école : les frais de stage à Polytechnique vont augmenter drastiquement à partir de la session d’hiver 2026. Le président de l’AÉP, l’étudiant en ingénierie informatique Gabriel Comby, qualifie cette décision d’«inacceptable, inexplicable et irresponsable» auprès de Quartier Libre.

Sans explication

À Polytechnique Montréal, les étudiant·e·s doivent obligatoirement effectuer au moins un stage de quatre mois pour obtenir leur diplôme de baccalauréat. Bien que les stages correspondent à 9 crédits universitaires, leur coût pour les étudiant·e·s correspond seulement à celui de 3 crédits , soit 670 dollars. « En 2013, Polytechnique a décidé de faire passer les stages de 3 à 9 crédits pour obtenir plus de financement de la part du gouvernement, explique Gabriel. En échange, l’école donnait une bourse d’une valeur de 6 crédits aux étudiants, comme ça, ils ne payaient pas plus qu’auparavant. »

À l’époque, le conseil d’administration s’était engagé à pérenniser cette bourse. Il est toutefois récemment revenu sur sa décision, en annonçant que les frais de stage augmenteraient à partir de l’an prochain. Ils  seront deux fois plus importants pour les étudiants résidents du Québec, passant en effet de 670 à 1 380 dollars, et de 1 300 à 3267,22 dollars pour les étudiant·e·s internationaux·ales.

«Il n’y a pas eu de raison explicite ni beaucoup de contact avec les associations étudiantes dans ce dossier, ajoute Gabriel. On s’est fait dropper cette information sur notre bureau en été.» Après une annonce soudaine et un été à négocier sans succès, les étudiant·e·s ont donc décidé de prendre la parole pour dénoncer le manque de communication sur le sujet.

Précarité étudiante

Dans un article publié récemment dans La Presse, Polytechnique Montréal a révélé que le contexte économique est la raison de cette augmentation, mettant notamment en cause les restrictions budgétaires du gouvernement dans le domaine de l’éducation. « Ce n’est pas aux étudiants d’éponger ce montant », estime toutefois Gabriel.

« La population étudiante est déjà précaire, poursuit le président de l’AÉP. Plusieurs étudiants en arrachent pour payer leur loyer et leur bouffe. » Il rappelle que des études de l’Union étudiante du Québec ont démontré qu’un étudiant sur cinq au Québec avait déjà passé une journée sans manger.

Mobilisation en cours

Depuis la rentrée universitaire, l’AÉP tente donc de mobiliser la communauté de Polytechnique Montréal : elle fait signer une pétition, diffuse des affiches sur les babillards et communique par le biais des médias sociaux. Sur son compte Instagram qui compte 3 500 abonnés, les publications relatives à la mobilisation cumulent près de 1 400 « j’aime ». Une manifestation aura également lieu le 18 septembre prochain pendant la pause commune, dans le but de sensibiliser l’ensemble de la communauté étudiante. 

Selon Gabriel, une grande partie de la communauté étudiante et «une majorité d’enseignants» appuient les contestations.  

La mobilisation a d’ailleurs déjà permis à l’association étudiante d’obtenir une victoire. Alors que la hausse des frais devait concerner à la fois les stages obligatoires et facultatifs, l’école a déjà annoncé qu’elle ne concernerait finalement que le stage obligatoire.

Grève en préparation

Le jeudi 11 septembre dernier, une assemblée générale a réuni un grand nombre d’étudiant·e·s de Polytechnique Montréal. Celle-ci visait à faire voter une grève de deux jours, les 24 au 25 septembre prochains, en cas d’échec des négociations.

93,1 % des participant·e​​·s ont appuyé la proposition, ce qui débouchera potentiellement sur la première grève étudiante dans cet établissement depuis plus de vingt ans. Polytechnique Montréal n’avait en effet pas participé au mouvement de grève du Printemps érable en 2012. Gabriel qualifie donc cette décision d’« historique ».

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