Situé à Montréal, l’Institut québécois d’intelligence artificielle Mila est le plus grand centre de recherche universitaire en apprentissage profond au monde. Malgré son statut, le rôle qu’il assume dans l’industrie de l’intelligence artificielle (IA) demeure peu connu du public. Quartier Libre s’est donc penché sur son positionnement dans ce secteur en constante évolution.
Au Québec, deux organismes à but non lucratif (OBNL) travaillent simultanément sur des IA différentes, afin de trouver des d’autres options que celles américaines et chinoises. Mila et LoiZéro sont les deux solutions possibles. Les deux organismes ont été respectivement cofondé et fondé par le professeur à l’Université de Montréal et chercheur de renommée internationale en IA Yoshua Bengio.
Mila, fondé en 2017, est l’un des trois instituts d’IA au Canada qui participe à la Stratégie pancanadienne en matière d’intelligence artificielle. Celle-ci vise, selon le gouvernement du Canada, à « aider les entreprises canadiennes à développer et à utiliser l’IA, et promouvoir l’adoption de solutions d’IA conçues au Canada dans des industries clés », en plus de participer aux normes l’encadrant et de maintenir le niveau de recherche au pays.
Le 17 septembre dernier, Mila a annoncé un partenariat avec le géant du Web à code source ouvert Mozilla. Grâce à ce partenariat, auquel s’ajoute aussi Hypertec, Mila envisage une IA à code source ouvert canadienne « ouverte et décentralisée » aux dires de la présidente et cheffe de direction de l’institut, Valérie Pisano. Mozilla affirme sur son site Web que cette IA, destinée notamment aux entreprises canadiennes, devrait coûter moins cher à ses utilisateurs, tout en permettant de mieux contrôler la technologie.
LoiZéro : Une solution à l’IA agentive ?
L’organisme LoiZéro, lancé conjointement par Mila et Yoshua Bengio en 2025, développe une alternative à l’IA agentive, appelée une IA-Chercheur. L’IA agentive, qui agit de façon autonome et se trouve dans la majorité des IA de pointe, a été grandement décriée dernièrement pour ses problèmes d’alignement. Dans une sortie publique du 9 septembre, le directeur de l’OBNL américain Alignement Research Center et ancien employé d’OpenAI, Paul Christiano, indique d’ailleurs qu’il s’attend à une perte de contrôle permanente de l’IA sans une meilleure maîtrise de son alignement.
Contrairement à l’IA agentive, L’IA-Chercheur en développement chez LoiZéro utilise un raisonnement probabiliste afin de faire des « prédictions transparentes, auditables et fiables ». Cette IAproposerait donc « un rendu honnête et sans objectifs secondaires avec un alignement très fort sur les consignes et les valeurs qui lui auront été programmées », explique Mme Pisano.
Des lois locales variées face à l’IA
Malgré son utilisation croissante, aucune loi en la matière, au Québec, ne régit l’IA. « Au Québec, on n’a pas de nouveaux textes qui établissent un régime de responsabilité particulier pour l’IA, souligne le professeur en droit des technologies de l’information et en droit des affaires à l’Université de Montréal Vincent Gautrais. On se réfère donc au Code civil du Québec, qui prévoit des hypothèses de responsabilité qui sont imparfaites dans le cadre de l’IA ».
L’Europe s’est dotée de la Loi européenne sur l’intelligence artificielle, une loi « très robuste », selon la directrice de Mila. Elle pense que le Canada va « s’en inspirer grandement, même s’il est très difficile pour un pays seul de légiférer ou de mettre des garde-fous sur l’IA ».
Des fabricants irresponsables
La réglementation de l’IA est aussi largement la responsabilité de l’entité qui la fabrique, la teste et la met en marché. « L’IA qui est présentement développée et déployée est la propriété de deux pays dans le monde, rappelle Mme Pisano. Donc, idéalement, réalistement, ce sont ces deux pays-là qui devraient contrôler le développement de leurs propres compagnies. Notre pouvoir d’agir est quand même limité si les gouvernements américain et chinois ne s’engagent pas dans la conversation. »
Selon M. Gautrais, les entreprises qui développent l’IA exècrent les réglementations. « On est dans un processus qui est plus économique que juridique, dans lequel on ultra-valorise le premier sur le marché, précise-t-il. Le marché des données est une source de bénéfices potentiels si grands que c’est la course en avant dans tous les sens avec très, très peu de régulation aux États-Unis. »
Une volonté d’agir
La volonté d’agir, dans le contexte actuel de l’IA, semble donc plus pertinente que jamais. M. Gautrais met en garde contre l’environnement dans lequel les IA sont présentement développées aux États-Unis. « Il y a tellement une course à l’innovation que les conséquences des produits mis sur le marché ne sont pas assez testées, dénonce-t-il. Les compagnies coupent les coins ronds. On construit l’avion en plein vol. »
Mme Pisano soutient donc le développement d’une IA canadienne. « On connaît la technologie, c’est à nous de développer des outils qui vont créer un monde plus éthique, plus responsable et plus fiable », insiste-t-elle. « LoiZéro, c’est une option, l’open source, c’est une autre option. »
