Grève à la STM : les cours à distance étaient dans une zone grise à l’UdeM

Bien que la grève à la Société de transport de Montréal (STM) restreignait les déplacements, l’Université de Montréal (UdeM) maintenait les cours en présentiel. Une directive du vice-rectorat de l’UdeM encourageait le personnel enseignant à ne donner cours à distance qu’après 15 h 30, mais certain·e·s ont fait autrement pour assurer la présence dans leurs cours.

Les bus et les métros de la STM fonctionnaient uniquement aux heures de pointe jusqu’au 12 novembre et, par conséquent, aucun service n’etait proposé entre 9 h 30 et 14 h 45. Un·e étudiant·e dont le cours commence à 12 h 30 avait donc le choix entre payer un taxi ou arriver plusieurs heures en avance en transport en commun.

« Je n’ai pas de voiture ni de vélo et, de toute façon, ça serait trop loin, a témoigné l’étudiante à la majeure en criminologie à l’UdeM Roxann Dansohko, dont les cours se déroulent sur le campus de Laval. J’ai essayé de publier dans le groupe Facebook de l’UdeM pour voir si quelqu’un faisait le même trajet que moi, mais jusqu’à maintenant, je n’ai trouvé personne. » Elle recourait donc au service de voiture avec chauffeur Uber pour ses déplacements, en déboursant entre 20 et 30 dollars par trajet.

Alternative hybride

La professeure adjointe à l’École de criminologie de l’UdeM Masarah Paquet-Clouston a offert son cours Méthodes quantitatives en mode hybride, car 10 étudiant·e·s seulement sur 40 venaient en classe durant la précédente grève de la STM, du 22 septembre au 5 octobre derniers. « J’ai reçu le message clairement », a souligné Mme Paquet Clouston.

L’enseignante a fait ce choix plutôt que de donner son cours uniquement à distance afin d’éviter que les étudiant·e·s aient des problèmes de concentration, dans la mesure où le contenu du cours est ardu.

« Les étudiants qui veulent venir en présentiel peuvent le faire pour bien assimiler la matière et la comprendre, et ceux qui ne peuvent pas se déplacer ne seront pas désavantagés non plus », a-t-elle expliqué.

Certain·e·s étudiant·e·s préfèraient en effet se rendre sur le campus, même durant la période de grève des transports.

« La grève dérègle complètement mes habitudes, a confié l’étudiante en année préparatoire Joyce Nsinga Yamonawo. C’est ma première session à l’UdeM et d’emblée, m’adapter aux cours en présentiel est difficile, alors faire les cours en ligne serait encore plus dur. » La grève l’empêchait surtout de rester autant de temps qu’elle le souhaitait dans les bibliothèques. Comme les absences concernaient surtout les cours qui débutent vers midi, ses professeur·e·s ont décidé d’adopter une formule en ligne ou hybride durant les prochains jours.

Permission ou interdiction ?

Le vice-rectorat de l’UdeM encourageait cependant le corps enseignant à donner les cours en formule hybride à partir de 15 h 30 seulement. La porte-parole de l’UdeM, Geneviève O’Meara, a avancé que « des nuances ont été prises en compte dans la décision ». « Il y a certains programmes où des laboratoires doivent se tenir, il y a des stages et d’autres activités qui doivent se faire en présentiel », a-t-elle justifié.

« Durant le jour, la situation n’est pas simple, mais il demeure que la STM prévoit quand même des plages où les transports en commun sont disponibles, notamment aux heures de pointe, a ajouté Mme O’Meara. Par contre, en soirée, il existe un enjeu de sécurité, puisque les étudiants doivent attendre jusqu’à 23 h 15 pour pouvoir prendre le transport en commun et que les alternatives sont moindres. »

La directive du vice-rectorat constituait donc une orientation générale, mais le corps enseignant disposait d’une marge d’autonomie, a assuré la porte-parole.

« Si des étudiants ont des situations particulières ou sont insatisfaits, ils sont invités à aller voir leur professeur ou encore le directeur de leur département pour expliquer leur situation et voir s’il y a des accommodements possibles », a-t-elle insisté.

Le secrétaire général au Syndicat général des professeures et professeurs de l’UdeM (SGPPUM), Jean-Sébastien Fallu, a précisé par courriel que les enseignant·e·s devaient obtenir l’autorisation de leur direction départementale avant de pouvoir offrir un cours à distance avant 15 h 30.

Selon lui, ses collègues s’exposaient à des sanctions disciplinaires dans le cas contraire, mais il a ajouté que les directions accordent l’autorisation sans problème.

Également enseignant en psychoéducation, M. Fallu prévoyait d’organiser un examen à distance à cause de la grève, une décision qui aurait amené son lot de défis. « Parfois, ça prend de l’équipement et de la maîtrise technique, et toutes les salles de cours ne sont pas nécessairement équipées », a-t-il reconnu.

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