Aujourd’hui marque les deux ans de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, qui a déclenché l’actuelle offensive israélienne dans la bande de Gaza. À l’heure actuelle, 44 associations étudiantes de l’Université de Montréal mènent une grève pour réclamer une prise de position officielle de l’Université sur le sort de la Palestine. Hier, le 6 octobre, lors de l’assemblée universitaire, le recteur, Daniel Jutras, a affirmé que l’UdeM devait maintenir « une réserve institutionnelle. »
« Il n’y a pas de point où l’Université arriverait à la conclusion qu’il est nécessaire de prendre position », a expliqué M. Jutras au cours de la période de questions, argumentant que « se prononcer sur un conflit géopolitique » n’est pas opportun pour l’établissement universitaire.
Parmi les membres de l’assemblée, la professeure agrégée au Département de communication Juliette De Maeyer a rappelé que l’UdeM avait pourtant exprimé une solidarité à l’égard de l’Ukraine à la suite de l’invasion de celle-ci par la Russie en 2022.
« Je fais un mea culpa aujourd’hui, a déclaré le recteur. Si c’était à refaire, je ne referais pas ce qu’on a fait à l’époque », mentionnant notamment l’éclairage de la tour du pavillon Roger-Gaudry aux couleurs du drapeau ukrainien.
La membre de l’assemblée et professeure agrégée au Département d’histoire Dyala Hamzah a pour sa part demandé si la posture de l’Université était conforme à son engagement de constituer un « moteur pour la paix et la sécurité ». La réponse est affirmative pour M. Jutras, qui a indiqué que l’UdeM remplissait ses engagements par « la promotion de valeurs humanistes par le biais d’activités de recherche et d’enseignement ».
Le recteur est resté catégorique : l’Université doit d’abord être un espace d’échange et de dialogue pour ses membres, a-t-il maintenu. « J’espère, avec beaucoup de force, que toute la communauté universitaire s’exprime » sur la question, a-t-il ajouté.
Un silence qui pèse
« Le silence de l’Université de Montréal devient de plus en plus fort, souligne le chargé de la coordination aux affaires externes de la Fédération étudiante collégiale du Québec, Frédéric Beaudet. Au fur et à mesure que cette situation-là avance, que les années, littéralement, avancent, les bilans des personnes tuées et massacrées augmentent. On a une situation de famine, qui, surtout dans la dernière année, a vraiment continué à s’exacerber. »
Pour une partie de la communauté étudiante, le silence de l’UdeM devient trop pesant. En plus des piquets de grève pour que les cours n’aient pas lieu, de nombreuses manifestations se dérouleront à plusieurs endroits de Montréal, dont une au Square Victoria, ce soir à partir de 19 h. « C’est un mouvement de grève qui a commencé à se bâtir, pas juste à l’Université de Montréal, [mais aussi] partout au Québec et à plusieurs autres endroits dans le monde », précise M. Beaudet.
La Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM) s’est associée à une panoplie de groupes et de collectifs tels que Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC) et le groupe Solidarité pour les droits et l’honneur des Palestiniens de l’Université de Montréal (SDHPP-UdeM).
« L’Université de Montréal est restée neutre pendant les deux dernières années, poursuit M. Beaudet. Ce qui nous importe, c’est surtout la liste des entreprises dans lesquelles l’Université de Montréal a de l’argent, et donc qui, directement ou indirectement, vont contribuer au génocide. »
Le chargé de la coordination aux affaires externes de la Fédération étudiante collégiale du Québec mentionne les associations étudiantes de l’Université de Concordia, qui ont obtenu une liste exhaustive des investissements de leur établissement. Les étudiant·e·s réclament donc un désinvestissement ainsi qu’une abolition des ententes internationales avec des universités israéliennes, notamment l’Université Ben Gourion.
Si l’UdeM a retiré ses investissements du domaine des énergies fossiles, elle ne prendra pas une telle décision en la matière pour les revendications que porte la FAÉCUM. La vice-rectrice au communautaire, à l’international et aux Premiers Peuples, Valérie Amiraux, a confirmé que l’Université n’avait déjà plus de partenariats avec des établissements en Israël.
Elle a également indiqué que quatre étudiant·e·s palestinien·ne·s se sont inscrit·e·s à l’UdeM dans le cadre de formations doctorales et postdoctorales. Trois d’entre eux se trouvent encore en Palestine. « Ce à quoi nous faisons face, c’est l’incapacité de les faire sortir et de les aider dans l’obtention d’un droit à quitter le territoire », précise-t-elle.
Informations de Mohammed Aziz Mestiri.
Pour en savoir plus sur la situation actuelle : https://news.un.org/fr/story/2025/09/1157475