© Adrien Olichon

Fin du PEQ : l’UdeM et l’UEQ réclament un nouveau volet pour les diplômé·e·s

En raison de la suppression du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), les prévisions quant au nombre d’inscriptions internationales à l’hiver 2026 « ne sont pas réjouissantes », annonce l’Université de Montréal (UdeM). Le recteur, Daniel Jutras, ainsi que l’Union étudiante du Québec (UEQ) réclament que la seule alternative restante au PEQ soit adaptée à la réalité des étudiant·e·s.

Selon les prévisions de l’Université, le nombre de demandes d’admission d’étudiant·e·s internationaux·ales au premier cycle pour l’hiver 2026 sera en baisse de 47 % par rapport à l’hiver 2025.

Le constat est le même pour les demandes d’admission aux cycles supérieurs, en baisse de 50 % par rapport à l’année dernière. « Les prévisions démontrent aussi des baisses de candidatures pour l’automne 2026 », ajoute la porte-parole de l’UdeM, Genevieve O’Meara, par voie de courriel.

Le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) est désormais la seule option offerte aux étudiant·e·s internationaux·ales pour obtenir un Certificat de sélection du Québec (CSQ), document préalable à la demande de résidence permanente auprès du gouvernement fédéral.

Le PSTQ, « c’est un vrai parcours du combattant », reproche d’entrée de jeu le recteur de l’Université de Montréal, Daniel Jutras. Le problème, selon lui, est que ce programme n’est adapté qu’aux travailleur·euse·s ayant une expérience professionnelle accumulée au Québec.

Les personnes nouvellement diplômées ou en voie de l’être et qui débutent leur carrière dans la province ne répondent donc pas aux critères d’admissibilité, souligne M. Jutras. « Il faut un volet particulier dans le PSTQ, adapté à la réalité des étudiants », plaide-t-il.

Tout comme l’UEQ, le recteur de l’UdeM avait également participé aux consultations sur la planification de l’immigration à l’Assemblée nationale du Québec en octobre dernier. © Carla Roche

« C’est un drame humain»

« On souhaite qu’il y ait un volet spécifique pour les diplômées du Québec à l’intérieur du PSTQ, sans exigence d’une année d’expérience de travail », abonde en ce sens la présidente de l’Union étudiante du Québec (UEQ), Flora Dommanget, qui constate une mobilisation croissante dans les campus.

Le PSTQ exclut donc de nombreuses personnes diplômées du Québec, dans la mesure où pour y être admissible, les demandeur·euse·s doivent avoir au moins un an d’expérience de travail rémunérée dans une profession principale, à temps plein ou équivalent, en plus d’obtenir un nombre suffisant de points en fonction de leur âge, de leur domaine d’études et de leur expérience, de répondre aux besoins économiques définis par le gouvernement du Québec et de faire reconnaître leur diplôme ou leurs compétences par des instances professionnelles.

La présidente de l’UEQ ne mâche pas ses mots quant à la suppression du PEQ. « C’est un drame humain, un abandon de la communauté étudiante, dénonce Mme Dommanget. Ces étudiants se sont fait tromper.» Elle confie recevoir chaque jour des messages de personnes qui avaient planifié leur avenir en misant sur le PEQ, mais qui n’ont désormais plus accès à ce programme leur permettant de demander la résidence permanente.

La fin du PEQ est une « promesse non tenue », selon elle, et « le gouvernement n’écoute pas sa population » en imposant cette réforme sans mesure transitoire pour les personnes déjà installées au Québec, estime-t-elle.

Stratégie pour la suite

« Les règles changent d’année en année [pour les étudiant·e·s internationaux·ales], c’est dur à suivre, même pour nous », reconnaît le recteur de l’UdeM, qui avait demandé le maintien du PEQ lors des auditions publiques lancées en octobre dernier sur la planification de l’immigration de 2026 à 2029. Il ajoute qu’en raison de la suppression du PEQ, « des gens qui avaient fait des plans de vie ont eu un peu le bec à l’eau. »

Les conséquences des nouvelles mesures de Québec se font déjà sentir dans les activités de recherche, constate M. Jutras. « Ce n’est pas normal qu’il y ait des chercheurs qui me disent qu’ils n’arrivent pas à recruter dans leurs laboratoires, déplore-t-il.On forme des gens de talent, ce sont des immigrants de très haut calibre que tout le monde voudrait avoir. »

Le recteur espère convaincre le ministre de l’Immigration, Jean François Roberge, d’adapter le PSTQ en mobilisant d’autres ministères, le milieu économique et des acteur·rice·s de la société civile. « On parle de gens qui vont travailler dans le réseau de la santé, dans nos écoles, précise-t-il. Il y a des gains très importants pour le Québec sur tous les terrains, pas juste sur le plan économique. »

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