Étudier malgré un handicap visuel

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Par Guillaume Cyr
lundi 16 avril 2018
Étudier malgré un handicap visuel
(Photo : Roméo Mocafico)
(Photo : Roméo Mocafico)
Trois étudiants atteints de déficience visuelle partagent leur parcours à l’UdeM. Malgré leur condition, ils veulent conserver leur autonomie.
J’ai pris un certain temps à m’habituer. Changer d’environnement m’a énormément aidé à me débrouiller, malgré que je ne connaissais personne au départ.
Kenza Kadri, Étudiante en sciences biologiques en échange à Montréal

Arrivée de Tours dans le cadre d’un échange, l’étudiante de troisième année en sciences biologiques Kenza Kadri voit seulement à 20%, ce qui lui demande un effort supplémentaire pour surmonter les différents obstacles. Malgré tout, elle reste autonome dans ses démarches et elle s’est dotée de ses propres techniques pour compenser le fait que le tableau est totalement illisible pour elle. « J’écris rapidement mes notes à l’ordinateur avec ce que le professeur dit uniquement à l’oral, révèle-t-elle. Pas besoin de lire sur le tableau ! »

Son cas n’est pas unique, puisqu’une quarantaine d’étudiants de l’UdeM sont atteints d’un handicap visuel, aux dires de la conseillère en technologie adaptée du Soutien aux étudiants en situation de handicap (SESH), Judith Proulx. « Ce ne sont pas tous les étudiants qui utilisent nos ressources, nuance-t-elle. La situation peut varier selon chaque cas et dépendre de la nature du handicap, ainsi que du cours. Un aveugle peut très bien s’en sortir seul avec les logiciels adaptés, si son cours ne comporte pas trop d’aspects visuels. »

Atteint d’une rétinite pigmentaire, une maladie dégénérative qui affecte le nerf optique, l’étudiant en troisième année en travail social David Trudel s’étonne plutôt de l’abondance de ressources offertes aux étudiants dans sa situation. « Nous pouvons avoir des preneurs de notes à notre disposition, révèle-t-il. En plus, ils sont payés par l’Université ! »

Les ressources offertes par le SESH peuvent prendre plusieurs formes. La plus fréquente est celle de preneur de notes. « Ils vont prendre les notes, sur papier par exemple, que les étudiants ne peuvent pas lire, et les retranscrire sur ordinateur, dévoile Mme Proulx. Une fois là, ils peuvent avoir accès à des logiciels adaptés qui font des transcriptions dans un format qu’ils peuvent utiliser. » Elle explique que certains logiciels permettent de faire une synthèse vocale des notes. D’autres, grâce à un clavier spécifique, peuvent transcrire les informations en braille afin que les étudiants puissent les lire.

Pour sa part, l’étudiante au certificat en action communautaire Jessica Jean-Baptiste souffre d’une myopie dégénérative. La maladie se caractérise par la longueur de l’œil qui continue de croître, apportant des maux de tête ainsi qu’une vision de loin floue et déformée. Elle préfère néanmoins compter sur elle-même. « C’est plutôt une décision personnelle de ne pas demander de l’aide », confie-t-elle.

D’autres services sont également offerts dans des cas particuliers. Des pairs aidants stratégiques peuvent ainsi accompagner certains étudiants dans la révision de leur matière. « C’est surtout pour les cours qui comportent des éléments visuels, révèle Mme Proulx. Des images ou la courbe d’un graphique, par exemple, ne peuvent pas être rendues par les logiciels. »

Connaître son environnement

David confie qu’il n’est pas toujours facile de s’aventurer en haut de la montagne avec les travaux. « Monter à Roger-Gaudry à partir de la station de métro Université-de-Montréal est difficile pour moi, avoue-t-il. Il y a trop de rénovations sur le campus et c’est plus simple pour moi de faire le détour en partant de Côte-des-Neiges. Les voies ne sont pas tracées et elles sont non linéaires », résume-t-il. Un service d’accompagnateur physique est néanmoins disponible au SESH, selon les explications de Mme Proulx.

De son côté, Jessica s’est fait conseiller de rester à l’UdeM par un spécialiste de l’Institut Nazareth et Louis-Braille, un centre de réadaptation spécialisé en déficience visuelle. « J’allais déjà à l’UdeM, c’était donc plus facile de rester dans le même univers selon mon optométriste, résume-t-elle. Je n’ai pas à m’habituer à un nouvel environnement. » Pour étayer ses propos, elle explique qu’elle se redirige en psychologie à l’UQAM l’année prochaine et qu’elle devra apprendre à s’orienter dans un nouvel environnement.

« J’ai pris un certain temps à m’habituer, souligne Kenza. Changer d’environnement m’a énormément aidé à me débrouiller, malgré que je ne connaissais personne au départ. » Pour elle, l’échange aura plutôt été une expérience enrichissante, qu’elle recommande d’ailleurs aux étudiants dans sa situation.