Face aux défis auxquels fait face l’industrie, les étudiant·e·s en cinéma persistent par passion. Courtoisie : Léna Hoarau
Face aux défis auxquels fait face l’industrie, les étudiant·e·s en cinéma persistent par passion. Courtoisie : Léna Hoarau

Étudiant·e·s en cinéma, entre inquiétudes et ambitions 

Bien qu’elle connaisse un véritable essor, l’industrie cinématographique québécoise demeure un milieu concurrentiel pour les étudiant·e·s en cinéma de l’Université de Montréal (UdeM), qui s’interrogent face aux défis qui les attendent à leur entrée sur le marché du travail. Entre la précarité des emplois, l’importance du réseau professionnel et les bouleversements liés à l’intelligence artificielle (IA), beaucoup abordent l’avenir avec prudence, sans pour autant renoncer à leurs ambitions.

Selon l’Institut de la statistique du Québec, la valeur de la production cinématographique québécoise a bondi de 30 %, pour atteindre 200 millions de dollars pour la période 2024-2025, des chiffres encourageants pour l’industrie cinématographique. Ce résultat témoigne d’un secteur en croissance et pourrait être synonyme d’espoir.

Pourtant, chez les étudiant·e·s en cinéma de l’UdeM, les nombreuses incertitudes qui entourent leurs futures occasions professionnelles nuancent l’optimisme. « C’est quand même une source de questionnement et d’angoisse », confie l’étudiante de troisième année au baccalauréat en cinéma et en arts médiatiques Aurélie Hudon. 

Selon elle, l’obtention d’un diplôme ne garantit pas une intégration facile dans l’industrie. Les occasions existent, mais demeurent difficiles à saisir pour les personnes qui ne possèdent pas déjà un réseau professionnel. « C’est beaucoup un mélange de contacts, de chance, d’être là au bon endroit au bon moment, explique-t-elle. Il y a des gens super talentueux qui n’ont malheureusement pas les ressources nécessaires pour réaliser leurs projets. » 

Une industrie en transformation

L’incertitude que ressentent les étudiant·e·s s’inscrit dans un contexte plus large, estime la professeure agrégée au Département d’histoire de l’art, de cinéma et des médias audiovisuels de l’Université de Montréal Joëlle Rouleau. « Je pense qu’on est dans un drôle de climat politique, social, économique, qui amène beaucoup de questionnements sur les perspectives », souligne-t-elle. Malgré ce contexte, la professeure observe l’émergence d’une nouvelle génération de jeunes talents.  

« On voit une relève de jeunes auteurs, de jeunes cinéastes en ce moment, constate-t-elle. Le cinéma québécois est une petite industrie qui a besoin de sang neuf. » Mme Rouleau remarque aussi un renouvellement des regards portés sur la société québécoise et des préoccupations contemporaines. « On voit des œuvres qui amènent une posture critique et qui sont porteuses des changements de notre temps », poursuit-elle. 

L’IA, un nouveau défi

Aux obstacles déjà connus auxquels fait face le milieu s’ajoute désormais une nouvelle source d’angoisse : l’IA. Pour plusieurs étudiant·e·s, celle-ci soulève une inquiétude supplémentaire, celle de voir certains emplois créatifs et techniques transformés, voire supprimés. « Beaucoup d’emplois pourraient être menacés par l’IA dans de nombreuses industries, je pense que le cinéma en fait aussi partie », déplore Aurélie. Mme Rouleau nuance toutefois cette réflexion. « Pour l’instant, je pense que c’est difficile d’évaluer ou d’imaginer le monde une fois qu’on aura intégré l’IA », estime-t-elle. 

La professeure se montre prudente face aux scénarios catastrophes qui annoncent la disparition de métiers de l’industrie cinématographique. « Je pense que l’IA va devenir un outil technologique, mais ne va pas remplacer la dimension humaine de la création », ajoute-t-elle. Pour les étudiant·e·s, cette nouvelle réalité s’ajoute à une liste déjà longue de défis, tels que l’instabilité des contrats ou la concurrence dans l’industrie.

Continuer malgré l’incertitude

Malgré ces obstacles, les étudiant·e·s ne semblent pas prêt·e·s à abandonner leur rêve. « On est optimistes, mais réalistes », résume Aurélie. Consciente de la difficulté du parcours qui l’attend, l’étudiante considère néanmoins que le pessimisme peut devenir un frein plus grand encore que les obstacles. « Si tu te dis que ça ne va pas fonctionner dès le départ, tu fais un pas en arrière avant même d’essayer », précise-t-elle. 

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