Culture

Entrevue BD : Rendez-vous romantique avec Jimmy Beaulieu

Jimmy Beaulieu est un auteur québécois de bandes dessinées à la carrière phénoménale. Né en 1974, ce touche-à-tout, éternel amoureux transi, s’est risqué au métier d’auteur après s’être amusé avec des instruments de musique, avoir été libraire, critique, traducteur et professeur. Aujourd’hui, il est mercenaire du dessin. Confortablement installé dans ce monde coloré, Jimmy Beaulieu nous présente sa toute dernière création, À la faveur de la nuit, bande dessinée à la fois sensuelle et sismique.

Quartier Libre: «We were the challengers of the unknown». Cette citation ne s’est certainement pas retrouvée par hasard dans les premières pages de À la faveur de la nuit

Jimmy Beaulieu : Non, effectivement. Elle est tirée d’une chanson qui évoque le passage de la nuit au jour lors d’un beau lever de soleil, deux inconnus se sont reconnus. Ce moment où tout cesse d’être bleu pâle et où la lumière de la réalité nous aveugle. Ce moment où l’on ne peut plus tricher, cet instant où le jour nous rattrape.

Q. L. : On retrouve dans À la faveur de la nuit cette ambiance feutrée, sentimentale comme celle de la nuit. Est-elle inspirée de vos expériences personnelles ?

J. B. : Cette BD est entièrement fictive, mais je ne peux m’empêcher de mettre un peu de mes sentim e n t s d a n s m e s h i s t o i r e s . Certaines scènes sont forcément inspirées de ma réalité, de mes déceptions sentimentales, de mes peurs et de mes angoisses, de mes fantasmes aussi.

 

Q.L. : Justement, on côtoie dans cette BD une bonne dose d’érotisme.

J. B. : La plupart des BD que j’ai écrites avant celle-ci étaient autobiographiques et je ne pouvais pas vraiment explorer la sensualité et la sexualité afin d’éviter de violer mes proches sur papier. Quand je suis passé à la fiction, tout l’érotisme que je gardais pour moi est sorti d’un coup dans cet ouvrage. Et cela risque d’être bien pire dans celui qui s’en vient ! Mais la bande dessinée est un médium de l’intime, pour moi. La manière dont elle est lue permet d’aborder ce genre de choses.

Q. L. : Ne craignez-vous pas qu’on critique ce côté un peu pervers ?

J. B. : J’ai déjà fait mon deuil de plaire à tout le monde. Et je prends beaucoup de plaisir à dessiner la vie secrète de mes personnages. J’aime dessiner les courbes gracieuses des femmes. Ça convient à mon coup de crayon.

Q. L. : D’où vous vient cette passion pour le dessin ?

J. B. : J’ai toujours dessiné et je n’ai jamais arrêté. Ça aiguise mon regard, ça m’aide à mieux saisir le monde qui m’entoure. Faire de la BD apprend à observer. C’est cultiver un rapport bien particulier avec l’existence.

Q. L. : Certains passages de À la f a v e u r d e l a n u i t s o n t d’ailleurs bien particuliers. N’avez-vous pas peur que les gens se perdent dans vos tergiversations ?

J. B. : Tant mieux si mes lecteurs cherchent à comprendre, mais ils feraient mieux de se laisser bercer par la musique des histoires.

Q. L. : À quand la suite ?

J. B. : Avec un peu de chance, au printemps. Cette fois, je ne l’aurai pas dessiné en m’alimentant de pizza congelée, puisque ma copine est là et pas en vadrouille quelque part dans le monde. Comédie sentimentale pornographique, qui n’est ni une comédie, ni vraiment sentimentale, ni pornographique, sera prochainement entre vos mains, avec toute la subtilité qu’elle embrasse.

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