En 2022, 16,9 % des Québécoises conciliaient la parentalité avec les études, selon une étude de l’Institut de la statistique du Québec. Crédit illustration : Mathilde Segar

Entre cours et tire-lait : concilier études et maternité

Concilier études et maternité sur le campus peut constituer un défi. À l’Université de Montréal, l’aménagement récent de deux nouvelles cabines d’allaitement révèle les obstacles auxquels les étudiantes ont fait face avant leur mise en place. 

De nouvelles installations ont fait leur apparition à la rentrée dans les entrées des pavillons Jean-Brillant et J.-A.-De-Sève : des cabines destinées aux personnes qui allaitent ou qui souhaitent tirer leur lait, qui se veulent être un pas vers un campus plus inclusif pour elles. 

En effet, entre leurs cours, les moments d’études à la bibliothèque et les trajets sur le campus, certaines étudiantes jonglent aussi avec un autre impératif : nourrir leur bébé. Parmi elles, celles de deuxième année à la maîtrise en sciences pharmaceutiques Nassima Hamiche et Amina Boudi ont tiré leur lait à l’UdeM tout au long de la dernière année scolaire.

Le poids des responsabilités

Les deux mères tenaient à pouvoir continuer à nourrir leurs bébés. « Le lait maternel, je pense que c’est un trésor pour moi »,avoue Nassima. 

Pour elle, la conservation du lait maternel entre les cours a représenté son principal défi. L’absence de réfrigérateurs dans son pavillon principal, le pavillon Jean-Coutu, a rendu sa routine particulièrement stressante. « La conservation du lait, ça m’a vraiment stressée, confie-t-elle. À chaque fois, je me demandais si mon lait était toujours en bon état pour le donner à mon fils. »

Avec son amie Amina, elle a tenté de contourner le problème en utilisant des boîtes à lunch isothermes, mais même cette solution demeurait précaire. En hiver, Nassima déposait parfois ses bouteilles de lait à l’extérieur pour profiter du froid. Elle explique que bien qu’un réfrigérateur soit offert au pavillon Jean-Brillant, ses cours se déroulaient surtout au pavillon Jean-Coutu, plus éloigné, une situation qui compliquait l’accès pendant les pauses. 

Nassima et Amina se sont souvent rendues à la cafétéria de leur pavillon pour y faire conserver leur lait dans les réfrigérateurs. Cette option a toutefois été imparfaite, car le personnel était parfois trop occupé pour s’en charger, ou les lieux étaient fermés. De plus, en raison de l’heure tardive de fin des cours, après la fermeture des services de restauration, elles ne pouvaient pas toujours le récupérer.

Amina, pour sa part, confirme n’avoir jamais remarqué les nouvelles cabines d’allaitement, depuis le début de la session d’automne, notamment parce qu’elle étudie au pavillon Jean-Coutu. « De toute façon, en hiver, avec la neige et tout, ce n’aurait pas été possible de se déplacer pour ça, avec le peu de temps qu’on avait », remarque-t-elle. Elle ajoute également que le fait de devoir tirer son lait dans des lieux improvisés ou pendant les cours pouvait générer un certain stress et un sentiment de gêne, surtout au début.

Depuis la rentrée de septembre, deux cabines d’allaitement sont installées dans les pavillons Jean-Brillant et J.-A.-De-Sève. Crédit photo : Sarah Collardey

Nassima souligne avoir trouvé le personnel universitaire compréhensif et bienveillant. En ce qui concerne les autres étudiant·e·s, elle admet que le léger bruit de son tire-lait électrique attirait parfois quelques regards curieux en classe. Amina se souvient aussi d’avoir éprouvé un certain malaise, avant de s’y habituer et de la suivre dans cette nouvelle démarche. « Au début, ce n’est pas quelque chose auquel j’adhérais, mais, avec le temps et les contraintes, on se sent obligée », confie-t-elle.

Les deux étudiantes finissent tout de même par s’adapter aux contraintes du quotidien. « Avec le temps, on se dit : “Allez, on cherche quelque chose de pratique”, puis c’est tout… explique Amina. Le plus important, c’était quand même de continuer mon allaitement et de garder ça pour mon enfant. »

Améliorer le quotidien

Nassima estime qu’un meilleur accès à une plus grande quantité de réfrigérateurs serait un atout pour améliorer le quotidien des mères sur le campus. « Je pense que, normalement, ça devrait être dans toute l’Université, au niveau de tous les pavillons », affirme-t-elle. Avec son amie, elles proposent aussi d’augmenter le nombre d’endroits dédiés à l’allaitement, sur tout le campus.

Amina, de son côté, insiste sur la dimension sociale et psychologique du soutien aux mères étudiantes. Elle suggère de « créer une salle spécifique où les mamans pourraient juste se rencontrer et discuter de ça, pour s’alléger ». « C’est beaucoup plus [un besoin] psychologique », avoue-t-elle. En effet, être l’une des seules personnes de sa cohorte à tirer son lait en classe a pu lui faire ressentir de l’isolement. Elle estime que ces échanges pourraient amoindrir la charge mentale des femmes concernées. 

L’étudiante en sciences pharmaceutiques souligne également l’importance de sensibiliser la communauté universitaire à cette réalité en « parl[ant] plus de ce sujet pour que les étudiants acceptent et comprennent mieux les mamans qui font leurs études et qui sont obligées d’allaiter en même temps ».

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