Dire ou ne pas dire

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Par Liza Leblond
lundi 24 septembre 2018
Dire ou ne pas dire
Au Québec, les universités ne sont pas tenues d’avoir une politique encadrant la liberté d’expression sur leur campus. Crédit photo : archive Quartier Libre.
Au Québec, les universités ne sont pas tenues d’avoir une politique encadrant la liberté d’expression sur leur campus. Crédit photo : archive Quartier Libre.
D’ici le 1er janvier 2019, les universités et les collèges ontariens devront rédiger une politique encadrant ce qui peut ou non être dit sur leurs campus, sous peine de pénalités budgétaires. Cette décision s’ajoute au cadre légal fédéral déjà en place.

«Même si la liberté d’expression est un droit protégé par la Charte canadienne des droits et libertés, il peut être important de rappeler qu’elle a ses limites », note le professeur à la Faculté de
droit de l’UdeM Pierre Trudel.

Dans le Code criminel canadien, l’article 319 prévoit que le discours public incitant à la haine contre un groupe ciblé est punissable par la loi. Il voit cependant l’ingérence du pouvoir politique dans les affaires universitaires de façon négative. « Le principe de liberté est acquis dans la plupart des universités, affirme-t-il. Que le gouvernement intervienne, ça contrevient au principe d’autonomie universitaire. » La décision devrait donc, selon lui, être entre les mains de la direction des campus.

La professeure au Département de science politique de l’UdeM Pascale Dufour appuie les propos de son collègue. « Je pense que l’idée d’avoir une direction à l’intérieur des universités peut être une bonne chose au moment où les gens ne sont pas d’accord sur ce que l’on a le droit de dire ou de ne pas dire, et pourquoi », indique-t-elle.

Quand les assos s’en mêlent

Certaines associations étudiantes se sont déjà résolues à encadrer les propos acceptés sur leur campus. L’Association facultaire étudiante des sciences humaines de l’UQAM (AFESH) s’est donné pour mandat d’empêcher l’instrumentalisation de la liberté d’expression et de la liberté universitaire lorsque celles-ci servent à tenir des propos oppressifs.

cism

En avril 2017, les organisateurs de deux débats ont décidé d’annuler leurs évènements. Ils ont craint de subir des pressions de l’AFESH en raison de la présence du chroniqueur Mathieu Bock?Côté, qui aurait indisposé certains étudiants, rapporte Le Devoir.

Pour la professeure de science politique, une telle suppression du débat n’est pas saine. « Dans une démocratie, il y a forcément des conflits, estime-t-elle. Est-ce que ce type de politique vise à tuer le débat dans l’œuf ? » Elle ajoute que, selon elle, l’essence de la démocratie réside dans la mise en débat d’idées différentes.

À l’UdeM

La porte-parole de l’Université, Geneviève O’Meara, abonde dans le même sens. « Il est bien sûr évident que nous ne tolérons aucun appel à la haine et que nous considérons que les discours haineux n’ont pas leur place dans un contexte universitaire, affirme-t-elle. Cela dit, nous considérons aussi que nous devons laisser libre cours aux débats d’idées et aux divergences d’opinions. »

Elle conclut en expliquant qu’un campus universitaire est un endroit propice au débat, car c’est, selon elle, ce qui permet entre autres à la société de continuer à évoluer.