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Désobéir dans la civilité

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Par Pascaline David
mercredi 8 février 2017
Désobéir dans la civilité
Crédit photo : Lorie Shaull
Crédit photo : Lorie Shaull

Souvenons-nous de ce qu’a écrit Henry David Thoreau*. « Si la machine gouvernementale veut faire de nous l’instrument de l’injustice envers notre prochain, alors je vous le dis, enfreignez la loi. Que votre vie soit un contre-frottement pour stopper la machine. » La liberté d’opinion étant continuellement accablée par un violent déni des faits de M. Trump, les contre-pouvoirs et les citoyens américains ne semblent pourtant pas disposés à se laisser écraser, de même que s’élance la solidarité internationale dans une mission salvatrice.

Le 27 janvier, les libertés civiles ont été mises en danger

Ce jour-là, était signé le décret fermant les frontières aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane. Pourtant, le gouverneur de la Californie, Jerry Brown, a appelé au courage et à la persévérance des citoyens contre les politiques de Trump. Les maires d’une centaine de villes, dont San Francisco, souhaitent également devenir des « villes sanctuaires » afin de continuer à accueillir les immigrants et réfugiés. Dans les aéroports et dans les rues, des milliers de personnes réclament la justice.

Cette résistance, cette lumineuse ferveur que l’on observe partout aux États-Unis, relève d’une désobéissance civile légitime. « Il existe une différence essentielle entre le criminel qui prend soin de dissimuler à tous les regards ses actes répréhensibles et celui qui fait acte de désobéissance civile en défiant les autorités et s’institue lui-même porteur d’un autre droit », écrit Hannah Arendt**. Les Hommes se révoltent et les humanités enfouies s’affranchissent d’un individualisme devenu norme, afin de défendre les libertés fondamentales qu’ils ont mis des millénaires à acquérir.

Le 3 février, le pouvoir judiciaire ne s’est pas laissé faire

Le juge fédéral James Robbart a bloqué le décret de Donald Trump, permettant à des milliers de personnes de revenir sur le territoire. Sur son habituel champ de bataille virtuel qu’est Twitter, ce dernier a eu l’audace de rétorquer : « Que devient notre pays si un juge peut stopper une interdiction de voyage de la sécurité intérieure et que tout le monde, même avec de mauvaises intentions, peut venir aux États-Unis ? » Hum, je ne sais pas Donald, une démocratie peut-être ? Les principes fondateurs d’un régime démocratique sont, entre autres, l’indépendance de la justice ainsi que la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. James Robbart semble donc être dans son « plein droit » de bloquer une décision brutale portant atteinte à la liberté des individus.

Solidarité internationale

L’influence de la solidarité internationale doit également être valorisée car elle nourrit les humanismes. Au Canada, des étudiants de toutes les facultés de droit au Canada, dont celle de l’UdeM se sont réunis à l’Université McGill le 4 février dernier, afin de venir en aide aux réfugiés concernés par le décret qui souhaiteraient venir au Canada.

Par ailleurs, les universités canadiennes dont McGill, Concordia et l’UdeM, souhaitent prolonger leurs périodes d’admission, alors que l’Université d’Ottawa a mis en place un programme d’exemptions des frais de scolarité pour que ceux-ci puissent payer les même frais que les Canadiens durant une session, selon Ici Radio-Canada. Le Canada se présente ainsi en modèle, comme défenseur de la liberté en péril.

La Principale et vice-chancelière de McGill, Suzanne Fortier, nous rappelle qu’il est nécessaire de favoriser la diversité, la communauté universitaire étant formée de personnes talentueuses de toutes origines. « [Les professeurs et étudiants sont] libres de tisser des liens avec leurs pairs de partout afin d’étudier, de mener des travaux de recherche et de réaliser des découvertes grâce auxquelles nous pourrons collectivement améliorer l’avenir », croit-elle.

La solidarité des Pays-Bas, elle, s’est matérialisée par la création d’un fonds international mis sur pied par la ministre de la coopération au développement des Pays-Bas, Lilianne Ploumen, afin de contrer un décret interdisant le financement fédéral des ONG militant pour l’avortement. Les Pays-Bas ont promis la somme de 10 millions d’euros et plus de 150 pays ont répondu favorablement à l’appel de dons. Si les 600 millions de dollars que représentait l’aide fédérale américaine seront difficiles à atteindre, cet acte de résistance et de générosité est symbolique.

Même élu démocratiquement, Trump n’est pas à l’abri du pouvoir de la rue et des volontés politiques locales. Dès lors, « loin de procéder de la philosophie subjective de quelques individus excentriques, la désobéissance civile résulte de la coopération délibérée des membres du groupe tirant précisément leur force de leur capacité d’oeuvrer en commun », explique Arendt. Nombreux sont ceux qui redécouvrent leur humanité, se rappellent de l’importance d’une éducation pour tous, retrouvent de vieux combats pour la liberté des idées, ou sortent dans la rue pour résister.

Pour désobéir, dans la civilité.

*Le philosophe, naturaliste et poète américain Thoreau a notamment écrit un essai, « Désobéissance civile », publié en 1849.

**La politologue et philosophe allemande Hannah Arendt, naturalisée américaine est, entre autres, l’auteure de « La désobéissance civile » en 1972.