Culture

Deschâtelets… À coeur ouvert

«J’ai déjà pleuré. Il y a des gens qui ont des vies tellement terribles, et j’ai déjà reçu des lettres insultantes. À un moment donné, il a fallu que je me dise : “Relativise, Deschâtelets!” ». Relativise, Deschâtelets? Mon sourire s’esquisse, je suis charmée. Au commencement du trait prolongé, il sera exactement midi. Au restaurant du rez-de-chaussée de Radio-Canada, je tente sans succès de commander un café. «Êtes-vous certaine ? Prenez plutôt un verre de blanc. Du rouge, peut-être ?» me commente Louise Deschâtelets, en vrai. J’opte pour le rouge: l’option du coeur.

Louise fait partie de ma vie, et de la vôtre aussi. Au Québec, l’animatrice et comédienne fait littéralement partie du décor. Je la croise chaque jour en gros plan dans le métro. Vous la connaissez aussi, pour avoir suivi ses analyses d’Occupation double et de Loft Story. Louise préférait Loft Story. Moi, je l’aimais bien aux côtés de Pete et Lola dans la télésérie Chambres en ville, un vrai classique des années 1990. Elle joue maintenant dans Virginie, mais ce n’est pas grave ; elle fait aussi du théâtre.

Louise Deschâtelets, la plume derrière le Courrier de Loulou, aux côtés d'une photo de l'équipe de Virginie, dont elle fait partie

Peu importe tout cela. Qu’en est-il du Courrier du coeur, chronique du Journal de Montréal (JdeM) que Louise Deschâtelets tient assidûment depuis plus de dix ans? «Je ne traite pas de lettres insultantes ou charismatiques. Il y a aussi beaucoup de lecteurs qui veulent me convertir. Moi, je suis athée. Quand je reçois des 20 pages d’extraits de la Bible surlignés 12 fois, je me sens moins empathique », confie Louise après m’avoir expliqué les grandes lignes de sa démarche de courriériste. Louise reçoit une centaine de lettres par semaine : elle lit tout. «Je choisis les lettres à publier parmi celles qui sont les plus intéressantes, les mieux écrites, les plus urgentes, celles qui impliquent de la violence, des problèmes familiaux ou conjugaux », explique-t-elle. «Je réponds aux lettres dans les 48 h, mais je me garde une semaine ou deux de réflexion avant de faire parvenir le courrier au JdeM. Parfois, certaines confidences dans ma vie personnelle m’amènent à modifier ma vision sur certains problèmes. » Louise Deschâtelets est consciente que le courrier est un dernier recours pour ceux qui y écrivent. « Si je peux donner aux gens la petite étincelle qui va leur faire modifier leur vie, peut-être que leurs enfants en bénéficieront», croit-elle.

Louise, back in time

Au début du siècle, Louise Deschâtelets remplaçait la féministe Solange Harvey au Courrier du coeur. À l’époque de Solange, 90 % des lectrices du Courrier étaient des femmes de 35 ans et plus. Louise se fixait donc deux objectifs : augmenter le lectorat masculin et rajeunir l’esprit de la chronique. Trois ans plus tard, 50 % des lecteurs étaient des hommes. «J’ai modifié le ton, je suis devenue plus empathique aux problèmes masculins. Je crée aussi des titres accrocheurs d’un point de vue de gars», raconte Louise. Dans des sondages effectués deux fois par année au JdeM, Louise Deschâtelets fait toujours partie des quatre chroniqueurs les plus lus. «Lorsque le JdeM a tenté de jumeler ma chronique avec celle de la sexologue Julie Pelletier le dimanche, les lecteurs se sont plaints qu’on leur enlevait une journée de Courrier du coeur !» se vante-t-elle avec fausse modestie. Le Courrier du coeur est une chronique quotidienne, s’il faut le rappeler.

Comment devenir courriériste, Louise ? Il faut d’abord s’intéresser au human interest. «J’ai une majeure en psychologie. Depuis 1985, je reste au fait de tout ce qui se développe dans l’analyse des sentiments humains. J’essaie d’être présente, allumée, directe, simple, je fais attention aux mots, j’essaie de replacer les problèmes dans leur contexte, d’adoucir certains angles.» Tout cela semble bien lourd, mais Louise ne semble pas accablée. Pour elle, cette expérience professionnelle est stimulante: elle permet de ralentir le vieillissement, d’ouvrir des horizons. «La façon d’aborder l’existence est différente en vieillissant. On reste dans un cercle fermé. » Les plus jeunes à écrire à Louise ont 13-14 ans. L’oeil de Louise est pétillant. « Je ne suis pas traditionnelle, pas cérébrale. Je suis une fille de party, de fun ; j’ai horreur des conventions », se qualifie-t-elle. Elle dit aussi qu’elle encourage ses proches à la remettre à sa place s’ils l’entendent radoter.

Heureusement, je ne suis pas l’amie de Louise – ni même sur Facebook. Lorsque je lui demande le conseil le plus transcendant à transmettre aux lecteurs de Quartier Libre, elle dit : «Laissez vivre votre coeur : il vous dit ce qu’il veut.» Je mettrais ma main au feu qu’elle a déjà dit ça.

 

Que fait Louise lorsque son coeur souffre?

«Avec mon premier fiancé, je me suis rendue si loin dans l’erreur. Avant, je n’avais jamais voulu être mariée, mais je refusais de rater une liaison aussi médiatisée. J’étais dans un aveuglement profond. J’ai dû couper les ponts et consulter. Il y a des femmes qui sont des martyrs, pas moi. »

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