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Des employés dans la précarité

Les membres du Syndicat des employés de la recherche de l’UdeM (SERUM) dénoncent l’inaction de la direction de l’Université, alors qu’une nouvelle politique de financement de la recherche se met en place au niveau du gouvernement du Québec. Précarité et emplois sans lendemain, voilà comment le SERUM définit la situation actuelle de ses membres.

 «J’ai plein de collègues ici qui perdent leur travail, se désole le responsable aux communications et à la mobilisation du SERUM, Pierre Bissonnette. La moitié des agents de la recherche de l’UdeM n’ont pas cinq ans d’ancienneté, parce qu’ils perdent leur job.» Cette situation concerne tous les employés, soit au moins 700 personnes, selon M. Bissonnette.

Le problème vient, jusqu’ici, du type de financement que reçoivent les laboratoires où travaillent ces employés. Il ne s’agit pas de fonds récurrents annuels, mais plutôt de fonds spéciaux qui sont octroyés en grande partie par le gouvernement fédéral. Et c’est du côté du fédéral que survient parfois le problème, puisque les fonds qui proviennent du gouvernement du Canada sont difficiles à obtenir. «Maintenant, quand un chercheur fait une demande de fonds au fédéral pour faire fonctionner son laboratoire et payer ses employés de recherche, il a 20 % de chance de réussite», affirme M. Bissonnette. Un laboratoire qui ne parvient pas à obtenir de subventions ferme ses portes et les employés se retrouvent au chômage.

De nouvelles négociations

Face à cette situation, ces professionnels de la recherche négocient une nouvelle convention collective. Cette nouvelle convention aura pour objectif d’harmoniser les salaires entre les employés de la recherche, dont les techniciens et les professionnels. Les techniciens ont un niveau d’étude collégiale (DEC) et les professionnels ont au minimum un niveau de baccalauréat. Il y a parfois une différence de salaire entre les deux catégories.

Paradoxalement, en tant qu’employé de la recherche, un titulaire d’un DEC gagne parfois plus que celui détenant un diplôme universitaire. «Je suis titulaire d’une maîtrise en physiologie moléculaire et je gagne 45000 $ l’année », affirme l’agent de recherche, Yoann Lussier. Pour sa part, le technicien en électrotechnique Michel Brunette gagne plus. «Je suis titulaire d’un DEC en électrotechnique et je gagne 50000 l’année», exprime M. Brunette. L’une des raisons majeures entre cette différence salariale vient du fait que les deux employés de la recherche n’appartiennent pas à la même convention collective.

La nouvelle convention visera aussi à améliorer la situation des employés de la recherche. «Nous ne demandons pas que nos emplois soient éternels, nous demandons juste de ne pas perdre nos emplois avant cinq ans», explique M. Bissonnette. Mais pour le moment, les négociations sont au point mort sur la question salariale à cause de l’aveu d’impuissance de la direction de l’UdeM. « Vos salaires sont payés par des fonds spéciaux, ce sont des enveloppes fermées, nous ne pouvons rien faire», répond la direction de l’UdeM au SERUM selon M. Bissonnette.

Une entente possible?

Et pourtant, il y a une nouvelle donne dans la politique de financement de la recherche au Québec. Le gouvernement provincial a décidé de débloquer des fonds pour porter secours à la recherche. Lancée le 16 octobre 2013, la Politique nationale de la recherche et de l’innovation (PNRI) prévoit un investissement de 3,7 milliards de dollars sur cinq ans, dont 1,9 milliards dans la recherche universitaire. Selon M. Bissonnette, malgré cette nouvelle politique de financement, l’équipe dirigeante de l’UdeM fait comme si de rien n’était. «Eux, ils font comme si tout ça n’existait pas», déplore le responsable aux communications et à la mobilisation.

Une quarantaine de points de discussion du SERUM étant réglés, le porte-parole de l’UdeM, Mathieu Filion, a affirmé qu’une entente est toujours possible. «Nous avons fait trois propositions au SERUM concernant les salaires qui n’ont pas été accueillies favorablement », indique M. Filion. Le syndicat a quitté la table de négociations le 15 novembre dernier, selon le porte-parole.

Pour le moment, même si chacun campe sur ses positions, la direction de l’UdeM est ouverte aux négociations. «Revenir à la table des négociations, pourquoi pas ? », fait savoir M. Bissonnette. Mais le responsable aux communications et à la mobilisation du SERUM veut de réelles négociations avant d’envisager un tel retour.

 

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