Des cours désertés

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Par Karina Sanchez
lundi 17 mars 2014
Des cours désertés
Illustration : Mélaine Joly
Illustration : Mélaine Joly

Tous les cours inscrits dans le cursus des programmes offerts par l’UdeM ne sont pas proposés aux étudiants. En l’absence d’étudiants ou de professeurs, ceux-ci ne peuvent être donnés. À l’extrême, un programme complet, le diplôme d’études professionnelles en arts (DÉPA) en composition pour la scène et le cinéma existe, sans qu’aucun cours ne s’y donne, faute d’inscrits.

Ces cours inactifs surnommés « cours fantômes » sont dépourvus de toute présence estudiantine ou professorale. Les facteurs à l’origine de ce phénomène sont variés. Le désintérêt des étudiants pour un cours peut entraîner son délaissement, voire son élimination du cursus. D’autre part, les professeurs, qui sont souvent des créateurs de cours, peuvent pour une raison quelconque ne plus être aptes à donner un cours en particulier. Le cours devenu orphelin n’est alors pas nécessairement adopté par un autre enseignant. «La possibilité des professeurs de préférer certains cours au détriment d’autres fait en sorte que certaines matières tombent dans l’oubli pour incarner un souvenir lointain», fait comprendre la coordonnatrice aux affaires académiques de cycles supérieurs de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’UdeM (FAÉCUM), Maud Laporte-Roy.

Afin d’éviter davantage de frustration aux étudiants, la FAÉCUM a pris l’année dernière l’initiative d’une entente avec le vice-recteur aux études de l’UdeM, Raymond Lalande, sur le besoin de faire disparaître les cours fantômes du répertoire des programmes.

Même s’il peut sembler inutile de conserver un cours non offert dans le répertoire, cette façon de faire de l’UdeM respecte une logique précise. «Un cours vient avec un sigle et un plan de cours qui lui est rattaché, explique Maud Laporte-Roy. Préserver un cours non disponible signifie qu’on n’a pas à le recréer ou qu’il est possible de le réactiver au besoin au moment souhaité.»

Afin de rectifier les choses, ces cours inactifs sont dorénavant masqués et ne sont plus repérables. Un seul critère est considéré pour qualifier un cours d’inactif. «Les cours qui n’ont pas été donnés depuis cinq ans ou plus sont automatiquement masqués », signale Maud Laporte- Roy. Le nombre total de cours fantômes qui sont masqués à l’UdeM est de 8073. Au moment de l’intervention de la FAÉCUM, l’année dernière, plus de 1000 cours fantômes étaient toujours affichés dans le répertoire des programmes.

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L’adjointe du directeur du Départe – ment en information et recherche opérationnelle, Linda Lamarre, se souvient avoir repéré des cours fantômes dans le programme par le passé ainsi que dans le Département de géographie, où elle travaillait précédemment. « Récemment, je n’ai pas remarqué de cours fantômes, avoue-t-elle. Je n’ai aucune idée s’il en reste. Disons que le système Synchro n’aide pas la cause de ce type de recherche.»

La FAÉCUM estime avoir fait un bon travail de ce côté. «Ils n’apparaissent plus dans les cours du programme ni dans le guichet étudiant, dit Maud Laporte-Roy. Il faut mentionner qu’il y a peut-être encore un petit nombre de cours qui ne sont pas masqués, mais ils le seront prochainement, à l’approche des cinq ans.» Les étudiants qui repèrent des cours de ce type peuvent les reporter à tout moment au registrariat de l’UdeM ou à la FAÉCUM.

Programme fantôme?

L’inactivité d’un cours est aussi attribuable à son manque de visibilité. Il est impossible de s’intéresser à quelque chose dont on ne connaît pas l’existence. Sans pour autant être un programme fantôme, le DÉPA en composition pour la scène et le cinéma est inactif. Ce ne sont pas les enseignants qui manquent, mais les étudiants inscrits. La doyenne de la Faculté de musique de l’UdeM, Isabelle Panneton, justifie l’absence d’inscriptions au programme en vigueur depuis l’automne 2013 à une promotion plutôt limitée de l’entrée en jeu du DÉPA sur le campus. «À cause d’un retard de notre part, nous n’avons pas pu annoncer adéquatement l’arrivée d’un nouveau programme à la Faculté de musique», juge-t-elle.

Le DÉPA, un microprogramme de 3e cycle, accepte actuellement des inscriptions. Reste qu’il doit cumuler au moins cinq à sept étudiants pour lancer sa première cohorte. « Ça devrait avoir lieu d’ici une ou deux sessions », expose Mme Panneton. Parmi les exigences d’admissibilité, une maîtrise en composition de musique ou en musique de film est un incontournable.

Étudiant à la maîtrise en musique de film, Jonathan Harlick espère être disponible lorsque le programme commencera. «J’aimerais vraiment m’inscrire au programme, affirme l’étudiant. Si je suis encore à Montréal et que j’ai un peu de temps, je ne vois aucune raison de ne pas profiter de cette opportunité. C’est une occasion de renforcer mes compétences et de faire des contacts grâce au programme.»

Le DÉPA offre des notions en composition musicale autant pour le cinéma que pour la scène artistique. Le programme d’un an permet d’immerger les doctorants de manière concrète dans les pratiques de la composition et de les mettre en contact avec des personnes clés du milieu. «La polyvalence de l’écriture et le laisser aller à l’inspiration sont des éléments fortement encouragés dans le DÉPA, explique Isabelle Panneton. Ainsi, l’étudiant se voit plus apte à répondre aux exigences de son employeur lorsqu’il arrive sur le terrain.» Le DÉPA offert à l’UdeM est le seul programme dans son genre disponible à Montréal.