Délie ta langue, éloquence
Affiche Délie ta langue. Crédit photo : David Fillion

Délie ta langue ! : l’éloquence au service d’enjeux de société

Le 30 mars 2026, quatorze étudiant·e·s de premier cycle de différentes universités canadiennes se sont affronté·e·s lors de la grande finale de la huitième édition du concours d’éloquence Délie ta langue ! à l’auditorium de la Grande Bibliothèque de Montréal. L’étudiante de troisième année au baccalauréat en études internationales Estelle Rossetti y a représenté l’Université de Montréal (UdeM). 

Estelle Rossetti voit ce concours comme une « belle manière de rendre hommage à tout ce qui l’a animée pendant ses études ». Pour accéder à la finale, elle a d’abord été sélectionnée parmi une quinzaine d’étudiant·e·s de l’UdeM qui avaient été choisi·e·s à l’automne dernier et ensuite formé·e·s à l’art oratoire pendant plusieurs semaines. 

Migrations et féminisme au cœur des discours

Délie ta langue ! est « un concours pour apprendre à bien structurer sa pensée, avoir un discours qui s’ensuit des plus cohérents, et surtout le mettre au service d’un enjeu social […] ça a beaucoup résonné en moi », a déclaré ancienne députée péquiste et présidente du jury, Véronique Hivon, avant de céder sa place aux étudiant·e·s.  

Les finalistes sont monté·e·s à tour de rôle sur scène pour expliquer une expression francophone qu’ils et elles ont reliée à un enjeu social de leur choix en cinq minutes. Pour l’attribution des prix, les membres du jury ont ensuite évalué leurs performances sur la base de la qualité générale de la langue, du contenu, de l’originalité, de la prise de risque et de leur présence sur scène. 

Bien qu’elle n’ait pas été récipiendaire de l’un des sept prix, Estelle se dit enchantée de son expérience et fière du chemin parcouru. « Ma prestation sur scène s’est vraiment merveilleusement déroulée, j’en suis fière, se réjouit-elle. J’ai passé un bon moment, je me suis dépassée au niveau de ma peur. Je suis quelqu’un de très stressé, très angoissé, à la base. Je l’ai fait et j’ai vécu une préparation bien plus grande que ce que j’aurais pu espérer. »

L’étudiante de l’UdeM a choisi l’expression « Mettre les voiles » et l’a reliée aux enjeux migratoires. Les migrations et le féminisme se sont imposés comme les thèmes centraux de cette édition du concours. « [C]’est un sujet qui touche encore aujourd’hui et il faut que ça touche, que ce soit moi qui aie gagné ou eux, souligne Estelle. Ce qui importe, c’est que le sujet gagne du terrain. » Sur les quatorze finalistes de cette huitième édition, douze étaient des femmes, dont une majorité issue de la diversité culturelle. 

La défense du français en toile de fond

Une autre dimension, plus politique, s’est invitée à la soirée. Bien que le concours ait été créé par la professeure au Département de linguistique et de traduction de l’UdeM Monique Cormier afin de préparer les étudiant·e·s à prendre la parole en contexte professionnel postuniversitaire, les allocutions d’ouverture ont rapidement élargi le propos.

Le représentant du ministère de la Langue française du Québec Louis Lemieux et la représentante de la Ville de Montréal Andréanne Moreau, les deux institutions finançant respectivement les premier et deuxième prix du concours, ont saisi l’occasion de mettre de l’avant leurs efforts en matière de protection de la langue française.

L’animatrice de la soirée, Catherine Perrin, et M. Lemieux ont notamment fait un clin d’œil à la récente campagne publicitaire du gouvernement du Québec, dont le slogan est : « Ce n’est pas avec une pub qu’on va sauver le français. C’est avec vous. »

« Ça fait du bien de voir du monde amoureux de la langue française, a confié M. Lemieux. Savoir s’exprimer est fondamental. Comme on dit : savoir dire, c’est savoir faire. » 

Mme Moreau a quant à elle profité de l’événement pour promouvoir le plan que la Ville avait dévoilé quelques jours auparavant, destiné à consolider la protection du français comme langue commune à Montréal.

Cette bataille pour la langue française, Estelle avoue ne l’avoir jamais remarquée jusque-là. Française d’origine et installée au Québec depuis près de trois ans, elle avoue que « c’est vraiment grâce au concours Délie ta langue ! [qu’elle a] pu débuter [s]a réflexion par rapport à ce défi-là au Québec ». 

« Je ne l’avais pas ressenti au départ, admet-elle. Pour moi, la francophonie allait de soi. C’est au contact d’autres étudiants, d’autres départements, qui venaient d’autres régions, voire d’autres provinces, que ce sujet est arrivé sur la table et que j’ai compris qu’il fallait en parler et défendre la langue. » 

Annonce des lauréat·e·s

Le premier prix a finalement été décerné à l’étudiante en génie logiciel à l’Université Concordia Wendy Mbog. À partir de l’expression « Les chiens aboient, la caravane passe », elle a proposé une réflexion sur le féminisme et l’importance pour les femmes de prendre leur place. 

Le deuxième prix a été remis à l’étudiante au baccalauréat en enseignement secondaire à l’Université du Québec à Chicoutimi Eva Lalancette et le troisième à celle au baccalauréat en relations internationales et droit international à l’UQAM Lara Nehme. Le quatrième prix a été décerné à l’étudiante au baccalauréat ès arts de l’Université McGill Salomé Bourdet-Menoreau et le cinquième et dernier prix, celui du jury, à celle en sciences politiques à l’Université Laval Sara Akkou.

Depuis sa création en 2018, le concours d’éloquence Délie ta langue ! ne cesse de gagner en popularité. Les inscriptions pour l’édition 2027 devraient ouvrir en septembre prochain.

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