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Déchets électroniques : vers de nouveaux circuits de recyclage

Au Canada, seuls 10 % à 15 %* des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) sont recyclés. Pour Polytechnique Montréal, une conception plus responsable des produits passe par la formation des ingénieurs et l’utilisation de nouvelles composantes biodégradables.

Polytechnique Montréal a démarré un programme de recherche afin d’améliorer la production et le recyclage des DEEE, tels que les téléphones cellulaires et les ordinateurs. L’initiative Collaborative Research and Training Experience in Sustainable Electronics and Eco-Design (CREATE SEED) repose sur la collaboration d’une vingtaine d’universités et de plusieurs compagnies du domaine des technologies et du recyclage.

« Seulement 10 % à 15 % des DEEE canadiens sont recyclés convenablement, déplore la professeure au Département de génie physique à Polytechnique Montréal et instigatrice du projet, Clara Santato. En majorité, ils se retrouvent au dépotoir ou à l’incinérateur. » Selon elle, une autre partie de ces déchets se retrouve illégalement dans des sites de récupération informels dans les pays en développement. En 2016, les Canadiens ont produit 724 kilotonnes de DEEE, soit l’équivalent de deux Empire State Building.

Pour Mme Santato, cette masse de téléphones cellulaires, d’ordinateurs portables et d’électroménagers en tous genres représente à la fois un problème et une opportunité. « Si les DEEE contiennent plusieurs matériaux précieux comme l’or, le palladium et le platine, ils contiennent aussi plusieurs composants particulièrement dangereux pour l’environnement et la santé humaine, comme le mercure et le cadmium », précise-t-elle.

Une solution qui passe par la formation

 « Pour s’attaquer aux problèmes causés par les DEEE, il faut revoir l’ensemble du cycle de vie des produits électroniques », affirme Mme Santato. D’après elle, il faut améliorer la formation des ingénieurs pour les amener à prendre conscience des effets sociaux et environnementaux reliés aux choix qu’ils font en concevant des produits électroniques.

La professeure explique que les ingénieurs pourront donc mesurer les coûts écologiques et humains de leurs choix, puis les intégrer dans leurs processus décisionnels. Par exemple, ils pourront adapter leurs designs pour rendre les produits plus faciles à recycler ou encore repenser le choix de leurs matériaux, de façon à éviter de s’approvisionner dans des mines qui utilisent des procédés très polluants ou qui exploitent des enfants. « Les ingénieurs doivent comprendre que les performances techniques, environnementales et en santé humaine sont intégrées, il n’y en a pas une qui est plus importante que l’autre, c’est le cœur du problème », résume Mme Santato.

Des composantes biodégradables

Une autre partie de la solution proposée par CREATE SEED réside dans la production d’appareils électroniques qui ne causeraient aucun tort à l’environnement, ce que les polymères conducteurs à base de carbone pourraient rendre possible. Cette innovation remonte à 1977 et a valu le prix Nobel de chimie de l’an 2000 aux chercheurs qui l’ont découvert.

« Plusieurs chercheurs s’intéressent à ces matériaux qui peuvent autant permettre de produire des écrans pliables que des capteurs biomédicaux, poursuit Mme Santato. De notre côté, nous nous intéressons plutôt à créer des composantes électroniques, qui, une fois que nous avons terminé de les utiliser, pourraient être envoyées au compostage industriel. » Toutefois, la professeure prévient que la plupart des innovations dans ce domaine en sont encore au stade de l’expérimentation et que les technologies actuelles ne sont pas prêtes d’être remplacées.

Avant tout, recycler

Selon Mme Santato, l’amélioration de la formation des ingénieurs et le développement de nouveaux matériaux constituent de bonnes solutions à moyen et à long terme, et doivent être complétés par une stratégie visant des effets à court terme. C’est ici que le recyclage a un rôle à jouer. « C’est la moindre des choses que de s’occuper de nos déchets et d’arrêter de les envoyer au Ghana », affirme-t-elle.

Ce projet, selon CREATE SEED, pourra non seulement réduire l’impact de la population sur l’environnement, mais pourrait bien s’avérer une affaire en or pour celles et ceux qui le porteront.

* Forti, Vanessa, et al. “The Global E-waste Monitor 2020: Quantities, flows and the circular economy potential.” (2020), p.72.

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