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De l’hypnose à l’université

Dans le cadre de la Semaine de la relaxation proposée du 25 novembre au 2 décembre dernier à l’UdeM, l’étudiante Carolane Desmarteaux a animé un atelier d’hypnose guidée. « Bien que cette technique de psychothérapie ait été historiquement entourée de préconceptions négatives, les experts mettent de plus en plus en avant les bénéfices qu’elle pourrait avoir sur la gestion du stress et la restructuration cognitive et comportementale », explique Carolane.

Selon celle qui est également assistante dans un groupe de recherche sur l’utilisation de l’hypnose en modulation de la douleur, il s’agit d’un outil parmi tant d’autres, qui permet d’agir quotidiennement sur le bien-être de manière professionnelle et autonome.

L’hypnose à l’Université

Pour Carolane, ces séances peuvent se résumer en quatre mots : information, question, expérience et partage. « Au début, on reste tous assis autour d’une table pour discuter des dernières avancées scientifiques en matière d’hypnose, tout en les mettant en lien avec le sujet de chaque atelier », développe-t-elle.

À la vue de ses recherches, Carolane affirme que cet échange maximise les effets de l’hypnose, parce qu’il oriente l’attention vers certains aspects spécifiques de l’expérience. « L’information que je 11donne est un cadre pour rendre intelligible ce que je fais en session, et qui aide les individus à prendre plus de plaisir », précise-t-elle.

La chargée de cours de Méthodes en psychologie cognitive et en neuropsychologie à l’UdeM Bérengère Houzé définit l’hypnose comme un état altéré de la conscience. « La procédure consiste en une induction hypnotique, c’est-à-dire qu’elle consiste à mettre le cerveau dans un état particulier, où il sera réceptif à des suggestions qui ont pour but de modifier les sensations, les perceptions, les pensées et les comportements », détaille-t-elle.

Cette étape fait en sorte que les participants puissent les avoir en tête au moment d’entrer en état d’hypnose. Ces suggestions évoquent des images, des mots et des souvenirs qui prennent la forme d’un récit voire d’une conversation entre l’individu et l’hypnotiste. « À la fin, les participants ont l’occasion de comparer leurs expériences, généralement très différentes les unes des autres », remarque-t-elle. Carolane ajoute qu’il ne s’agit pas d’une séance thérapeutique, mais d’un moment de relaxation et de découverte de l’état d’hypnose.

 L’étudiant en psychologie Yan Morin a pris connaissance des ateliers dans son fil d’actualité Facebook, grâce à son abonnement à la page « Communauté bien-être ». Il était un peu sceptique, mais aussi curieux de savoir en quoi consiste une séance d’hypnose. « Je pensais que c’était un exercice de visualisation, rien de plus, mais Carolane nous a guidés de sorte qu’on soit capable de reprendre le contrôle du moment présent, témoigne-t-il. Justement le contraire de la méditation, qui vise plutôt à nous détacher de l’entourage. »

D’après Yan, les suggestions de Carolane lui ont permis de visualiser le stress comme un objet qu’il pouvait déplacer et modifier à son gré. À la suite de l’atelier, il affirme s’être senti beaucoup plus serein et focalisé, des raisons pour lesquelles il continue d’y participer. « Avant de commencer, Carolane nous explique ce qui va se passer concrètement, et tout au long de la séance d’hypnose, elle nous encourage à poser des questions et surtout à partager avec les autres participants, raconte-t-il. C’est cet échange qui rend l’atelier spécial, on se sent dans un milieu sécuritaire où personne ne nous juge. » L’étudiant assure que ce sont les explications claires de Carolane qui l’ont notamment aidé à créer le lien de confiance nécessaire pour prendre part à cette expérience.

Le pouvoir de l’autosuggestion

L’hypnose est complémentaire à d’autres techniques de bien-être et à d’autres types de thérapies, selon Carolane. « Pourtant, ce qui la différencie de la pleine conscience ou de la méditation, c’est le fait de pouvoir reprendre le contrôle de soi tout en se laissant aller », souligne-t-elle. Ses ateliers visent aussi à fournir les outils nécessaires pour faire de l’autohypnose, un but que les étudiants peuvent facilement atteindre au bout de quelques séances guidées.

D’après l’étudiante, c’est à travers l’imagerie cérébrale que les scientifiques ont constaté que la région du cerveau qui gère le sentiment d’automaticité s’active lorsqu’un individu est en transe hypnotique. C’est ce qui expliquerait l’impression de perte de contrôle qui survient parfois en hypnose, selon elle.

Carolane mentionne que même si le Québec tend à devenir une figure de proue grâce, entre autres, aux travaux de recherche menés dans les laboratoires de l’UdeM et de l’UQÀM, ce type d’atelier n’est pas proposé dans d’autres universités. « Je pense que ce manque est dû au fait que c’est assez rare de trouver des professionnels préparés et motivés à consacrer leur temps à animer des ateliers », estime-t-elle.

Mythes et réalités

« L’hypnose n’est surtout pas miraculeuse, c’est un outil supplémentaire pour les professionnels de la santé, qui ne sert pas à remplacer ni les médicaments ni les traitements préalables d’un patient », informe la présidente de la Société québécoise d’hypnose (SQH), Marjorie Tremblay. En effet, d’après elle, l’intérêt pour l’hypnose s’accroît dans le milieu médical, surtout dans le domaine de l’oncologie, de la dentisterie et de la modulation de la douleur pendant les accouchements.

Toutefois, selon Mme Tremblay, il est clair que la procédure actuelle de l’hypnose est loin de la représentation que la population s’en fait, la tendance populaire étant de penser que l’hypnose guérit n’importe quelle indisposition et permet ainsi le contrôle total de l’esprit des autres. « Contrairement à la croyance populaire, l’expérience hypnotique reste très intérieure, explique Mme Tremblay. Les sessions doivent se tenir dans un endroit thérapeutique où un guide bienveillant et légitime fait des suggestions adaptées à chaque patient. » Elle souligne l’importance de trouver des professionnels certifiés et précise que la SQH propose une liste des membres de la société sur son site Internet.

Organisée par la FAÉCUM et les Services aux étudiants (SAÉ), cette Semaine de la relaxation a proposé aux étudiants différentes activités gratuites comme du yoga, de la méditation, des consultations avec une physiothérapeute ou encore la possibilité de se faire couper les cheveux, afin de les aider à apaiser le stress de la fin de session. Carolane animera d’autres ateliers d’hypnose, en janvier 2020, à l’occasion de la rentrée.

Photo : Jacob Côté.
Photo : Jacob Côté.

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