Culture

De la salle de concert à la brasserie

Collectif 9 est un ensemble d’instrumentistes à cordes, diplômés de l’UdeM pour la plupart. Depuis plus d’un an, il se joue des codes sociaux en transportant la musique classique dans des lieux où on ne l’attend pas. Rencontre avec trois membres d’un collectif anticonformiste.

 

Composé de quatre violons, de deux altos, de deux violoncelles et d’une contrebasse, Collectif 9 est avant tout une bande d’amis réunie autour de la musique. Une vocation que ces musiciens ne se contentent pas d’apprécier ensemble, car le public est visiblement de la partie. « Le cœur de notre projet est de donner la chance au plus grand nombre de ressentir ce qui nous fait grandir dans la pratique de notre musique », explique la violoncelliste Andrea Stewart.  « Le répertoire classique est notre langage, mais notre finalité est de passer au travers de ce code-là pour pouvoir faire autre chose et s’éclater ! » renchérit son complice au violon, Frédéric Moisan.

 S’amuser en compagnie de Brahms ou Vivaldi n’est pas évident pour tout le monde. Selon le contrebassiste, Thibault Bertin-Maghit, la manière de présenter la musique y est pour beaucoup dans la séparation des univers artistiques. « Le terme « musique classique » est très réducteur alors que c’est tellement plein de choses, estime-t-il. Ça englobe toutes les époques et tous les styles, de tous les continents. »

 Frustrés qu’il soit a priori si difficile de « faire tripper tout le monde » autant qu’eux, les membres de Collectif 9 souhaitent que le public soit dans son élément. « Il est important de ne pas se sentir limité quel que soit le lieu d’écoute », pense Andrea. Leur souhait est de pouvoir jouer dans un contexte plus détendu, car ils observent que les concerts classiques pourraient se passer de bien des protocoles qui s’interposent entre la scène et l’auditoire.

 Ces musiciens se sentent à l’étroit dans le cadre classique conventionnel, restrictif pour eux comme pour le public. « Après, on apprend à être plus à l’aise dans le contexte conventionnel aussi, tempère Thibault. Ça n’empêche pas de faire des concerts excellents. »

 

Une expérience musicale hors-normes

 « Changer d’environnement, permet d’enlever la poussière sur quelque chose de trop traditionnel », insiste Frédéric. Leur entreprise de dépoussiérage repose sur un projet audacieux : exporter la musique classique dans des milieux qui ne lui sont pas dédiés. « Nous avons joué du Vivaldi devant de jeunes métalleux qui gueulaient en faisant « les cornes » avec leurs mains. C’était génial ! » se souvient Frédéric. Ces greffes culturelles restent néanmoins un véritable défi. Elles impliquent un effort d’adaptation, mais aussi un important travail de sonorisation assumé par Rufat Aliev, le dixième équipier, qui veille à préserver l’identité sonore du groupe.

 Collectif 9 est très attaché à la qualité et à la fidélité de ses prestations. « Comme tout musicien classique qui se respecte, on aura toujours l’exigence de suivre une ligne directrice qui est dans la veine de ce que le compositeur a voulu, indique Frédéric. C’est vraiment le même produit, juste avec un papier cadeau différent. »

 Cet emballage, c’est le format de présentation. « L’avantage de notre formule est que ce sont des pièces très courtes dans un code de type pop rock ; si tu n’aimes pas, ça passe très vite à autre chose de complètement différent », rassure le violoniste, avant de souligner que l’esprit de composition n’en est pas dénaturé pour autant. « Tu prends conscience que dans la majorité des pièces que tu joues, tu passes à côté de beaucoup de choses dans un concert conventionnel parce que la vocation de cette pièce-là, ce n’est justement pas d’être assis. »

 

Une volonté de partage

Inclusifs, les membres de Collectif 9 sont particulièrement soucieux de « jouer pour du monde ». Ils désirent s’offrir au public avec générosité. « À partir du moment où tu fais preuve de liberté, que tu prends des risques, les gens se sentent beaucoup plus impliqués. Il y a une interaction qui se crée », explique Thibault.

 Cette complicité leur vaut des moments de partage intense avec les spectateurs pendant lesquels un violoniste peut se sentir suffisamment à l’aise pour terminer son solo en se jetant à genoux sur la scène. « C’est donnant-donnant, analyse Frédéric. C’est quand tu donnes, et pas quand tu essaies juste de jouer tes notes, que la performance est meilleure. C’est une question d’implication. »

 Ces passionnés le confirment avec enthousiasme : l’expérience live est leur produit principal. « L’idée est de savoir jusqu’où on peut aller avec cette approche-là et de voir qui on peut séduire. Il nous reste encore plein d’univers à explorer », annonce Thibault.

 En parallèle, le groupe souhaite défricher les voies de diffusion qui s’offrent à lui. Il mène depuis octobre dernier un projet de publication mensuelle de capsules internet, les LIVEshorts, dont la prochaine mise en ligne est prévue pour le 4 février. Performances brutes dans des décors atypiques (chalet, brasserie), ces témoignages vidéo permettent un contact régulier avec le public. Thibault affirme qu’ils sont également de bons ambassadeurs de leurs représentations. « Ce que tu vois dans LIVEshorts, c’est ce que tu vois sur scène. »

Musique classique émancipée

Collectif 9

Théâtre Rialto

mercredi 13 février à 20 h 30 

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