Comment lit-on dans vos pensées pour vous séduire ?

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Par Maud Mazaniello
mardi 21 avril 2015
Comment lit-on dans vos pensées pour vous séduire ?
Cette validation subjective est tentante. On a tous envie d’entendre un discours flatteur, rassurant, ou dans lequel on peut se projeter. Crédit photo : flickr.com/tchi-tcha
Cette validation subjective est tentante. On a tous envie d’entendre un discours flatteur, rassurant, ou dans lequel on peut se projeter. Crédit photo : flickr.com/tchi-tcha
« Ouvert-e et communicatif-ve, vous avez beaucoup de charme et de magnétisme. Sociable, extraverti-e, vous êtes sympathique, souriant-e et plaisant-e. »  Cette description vous ressemble ? Moi aussi ! Il s’agit pourtant de la signification du prénom de ma voisine… Étonnant, non ?

Aujourd’hui, notamment par l’intermédiaire des réseaux sociaux, nous sommes quotidiennement exposés à de nombreux messages, qu’ils soient politiques, éducatifs, commerciaux ou à visée psychologique. Ces messages nous « parlent » parce que l’on se retrouve parfois à travers eux, et, quand ils sont bien faits, ils gagnent notre confiance.

Le maître de cirque du 19e siècle, à qui on a emprunté le nom pour décrire cet effet grâce à sa description instantanée de quelques spectateurs amadoués, avait prévu son coup : « Nous avons quelque chose pour tout le monde », disait Phineas Taylor Barnum.

Cet effet Barnum, aussi connu sous le nom d’« effet puits », se résume à penser qu’un texte vous est spécialement dédié même s’il ne l’est pas.

Cette validation personnelle vous incite à trouver des traits similaires à votre personnalité et semble donner de la crédibilité à la source.

Au milieu du 20e siècle, le professeur de psychologie Bertram Forer, notamment, a soumis un test de personnalité à ses étudiants. L’objectif était de vérifier si, dans un groupe de personnes différentes, chacun des étudiants se sentait personnellement concerné à la lecture de résultats volontairement erronés d’une analyse dite « personnalisée ». Bien que tous les élèves aient reçu la même analyse (donc aucunement personnalisée), la grande majorité des cobayes a été conquise par les résultats inexacts. Ces derniers montraient des aspects positifs de leur personnalité, et l’évaluateur bénéficiait d’une autorité symbolique.

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Toutefois, les faux résultats qui étaient censés décrire la personnalité de chacun étaient bel et bien infondés. Ils provenaient d’un livre d’horoscopes et pouvaient éventuellement s’appliquer à tous. Pour évaluer l’effet, les étudiants devaient noter la pertinence de l’analyse de leur profil de 1 sur 5. La classe a eu une moyenne d’environ 4,26/5. Aujourd’hui, ce test est renouvelé dans d’autres contextes (la voyance par exemple) et continue de montrer des résultats allant dans le même sens.

Se laisser séduire

Cette validation subjective est tentante. On a tous envie d’entendre un discours flatteur, rassurant, ou dans lequel on peut se projeter. Quelques encouragements et un petit coup de pouce à l’égo sont toujours appréciés. « La réussite, ça vous connait. Vous récoltez toujours les fruits de votre labeur ».

Nous sommes constamment confrontés à ces descriptions génériques qui pourraient finalement concerner toute notre classe. Oui, cet effet s’applique pour l’horoscope d’avril de l’hebdomadaire préféré de votre voisin de classe, mais aussi plus sérieusement de part et d’autre dans les discours politiques. Les humoristes aussi, aujourd’hui par l’intermédiaire de web séries populaires comme celles de Norman, Bref et Les beaux malaises, s’attachent à décrire des situations de la vie qui peuvent arriver à tout le monde; vous connaissez le petit rire déconcerté des expressions « c’est tout moi ! », « c’est tellement vrai ! ».

Finalement, cet effet est aussi valable en matière de séduction. Pour conquérir l’élu ou l’élue de votre cœur, mieux vaut opter pour des compliments que l’on pensera personnalisés. Haut les cœurs !

Envie de se perfectionner (entre autres) dans l’art de séduire ?

L’effet Barnum en psychologie avec Bertram Forer: Bertram R. Forer, « The fallacy of personal validation: A classroom demonstration of gullibility », Journal of Abnormal and Social Psychology, vol. 44,? 1949, p. 118-123.