Code Béluga : sur les traces des espèces du Saint-Laurent

Identifier les espèces qui peuplent le Saint-Laurent grâce à une goutte d’eau ? Telle est la mission du code Béluga, une initiative de science citoyenne menée par l’organisme qui promeut la génomique au Québec Génome Québec, en collaboration avec le Biodôme de Montréal. Quartier Libre a assisté au lancement du projet.

Le 24 avril dernier, au troisième étage du Biodôme de Montréal, a été donné le coup d’envoi du code Béluga. L’objectif de ce projet est de récolter des échantillons d’eau du Saint-Laurent et d’en extraire des fragments d’ADN pour dresser un portrait des espèces qui vivent dans le fleuve, tout en sensibilisant le public à la protection de cet écosystème fragile.

Trois séances d’échantillonnage auront lieu cet été sur les rives de l’estuaire, à des endroits stratégiques pour les bélugas, notamment à Cacouna, à Tadoussac, à Port-au-Saumon et à Rimouski. Sur place, des agent·e·s de Génome Québec, épaulé·e·s par des animateur·rices du Biodôme, guideront le public dans chaque étape du protocole scientifique. Les collectes, ouvertes à tous·tes, auront lieu les 22 et 23 mai, les 5 et 6 juillet ainsi que les 23 et 24 août prochains.

La communauté scientifique et le grand public auront ensuite accès aux données récoltées.

Une pipette filtrera l’eau récoltée, que les laboratoires de Génome Québec analyseront ensuite. Crédit : Maureen Jouglain

Sur les traces du vivant

« Dès qu’une cellule tombe dans l’environnement, ça devient de l’ADN environnemental », a expliqué la conseillère en éducation et vulgarisation scientifique chez Génome Québec, Noémie Poirier Stewart, à l’occasion du lancement du projet.

« Imaginez un poisson qui perd ses écailles, ou un béluga qui laisse des excréments, a-t-elle ajouté. Si on récupère ces cellules dans nos échantillons, on peut lire l’ADN qu’elles contiennent et identifier les espèces.» Cette méthode est peu invasive pour répertorier la biodiversité, car elle ne nécessite pas d’interaction directe avec les espèces.

Le directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) et spécialiste des bélugas, Robert Michaud, était également présent au lancement. S’il est encore trop tôt pour mesurer l’impact scientifique du projet, le chercheur s’en réjouit déjà. Selon lui, tout ce qui permet d’accroître les connaissances et de sensibiliser à la protection de la biodiversité est précieux. L’un des sites d’échantillonnage se trouvera d’ailleurs tout près du Centre d’interprétation des mammifères marins (CIMM) à Tadoussac, où le GREMM mène ses activités. Les élèves de l’école locale seront invité·e·s à participer.

Au-delà de la célèbre baleine blanche, le projet s’intéresse à tout son écosystème. « Le béluga est une espèce sentinelle*, a précisé Mme Poirier Stewart. En l’étudiant, on peut voir ce qui se passe dans sa chaîne alimentaire. » Poissons, crevettes, écrevisses, crabes et même micro-organismes passeront donc sous la loupe du laboratoire.

La conseillère en éducation et vulgarisation scientifique chez Génome Québec, Noémie Poirier Stewart, coordonne le code Béluga. Crédit : Maureen Jouglain

Suivi à Montréal

Le 24 avril a également marqué l’inauguration d’une nouvelle salle d’exposition au Biodôme, consacrée à l’ADN environnemental. « Notre but, c’est vraiment de rendre ce projet accessible pour tout le monde », a souligné le directeur du Biodôme et biologiste, Nicolas Gruyer.

Sur place, les visiteur·euse·s pourront assister à des démonstrations sur le prélèvement d’échantillons d’eau et sur le travail en laboratoire, en plus de découvrir l’écosystème du béluga. Un écran permettra également de suivre l’évolution des activités sur le terrain. Les premiers résultats arriveront dès l’automne.

 « Ça a été vraiment agréable de faire rencontrer la génomique, qu’on imagine minuscule, avec un musée très accessible», a mentionné Mme Poirier Stewart.

À quoi s’attendre dans les échantillons ? Sûrement à quelques surprises. Lors d’un test réalisé dans leur propre bassin, les équipes du Biodôme ont déjà trouvé de l’ADN humain ainsi que des traces de poissons qui n’étaient pas censés être présents !  


* Une espèce particulièrement sensible, utilisée comme indicateur pour détecter des changements environnementaux d’un écosystème donné.

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