Capter l’écho d’une œuvre maudite

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Par Mathias Chevalier
lundi 11 septembre 2017
Capter l’écho d’une œuvre maudite
Libertin cruel à la plume de sang, le Marquis de Sade fait l’objet du dernier essai de Michaël Trahan, intitulé La postérité du scandale : petite histoire de la réception de Sade (1909-1939). Rencontre avec l’ancien doctorant en littérature de l’UdeM, diplômé au printemps dernier, pour qui l’œuvre du « divin marquis » n’a pas fini d’intriguer le monde littéraire.

 Quartier Libre : Pourriez-vous présenter votre essai ?

Michaël Trahan : La postérité du scandale est un essai sur la lecture et sur l’histoire de la réception du personnage assez exceptionnel qu’était le Marquis de Sade. Il a passé une grande partie de sa vie en prison et son œuvre est un phénomène littéraire impressionnant. Ses livres ont été interdits pendant très longtemps et ils ont fini par être glorifiés de façon un peu souterraine.

Q. L. : La postérité du scandale était votre mémoire de maîtrise, que vous aviez présenté à l’UQAM en 2011. Pourquoi avoir choisi de le rééditer aujourd’hui ?

M. T. : J’ai eu envie de le rééditer pour donner une pérennité à ce travail, qui a fini par intéresser d’autres lecteurs au fil des années, et pour lui donner une forme définitive. C’est aussi parce que Sade est un phénomène qui continue d’intéresser beaucoup d’écrivains et de chercheurs.

Q. L. : Aujourd’hui la subversion fait vendre, si on en croit la violence contenue dans certains livres érotiques. Sade s’est-il réincarné en un phénomène marketing ?

M. T. : Je n’en suis pas si convaincu. À la limite, c’est plutôt la subversion qui s’est réincarnée à différentes époques, plutôt que Sade lui-même. Par contre, je me souviens de l’année où son œuvre est entrée à la Pléiade. On pouvait voir, dans les carnets de Gallimard, des publicités qui présentaient « l’enfer sur papier bible. » J’ai toujours trouvé que ce slogan incarnait très bien le pouvoir de la subversion.

Q. L. : À l’instar d’André Breton, que vous décrivez comme étant l’un des principaux défenseurs de l’œuvre du Marquis, pensez-vous qu’on puisse lire Sade sans devenir fou ?

M. T. : Je crois qu’on peut lire Sade sans devenir fou… de la même façon qu’on peut lire n’importe quoi et en devenir fou ! Tout dépend de ce qu’on veut y trouver. C’est justement le but de mon essai : montrer la puissance d’invention de la lecture. La lecture, ce n’est pas une action passive, mais c’est plutôt une façon d’inventer, de reconstituer les textes par soi-même.

Q. L. : Vous avez remporté le 35e prix Émile-Nelligan en 2013 et vos recherches portent principalement sur la poésie. Lire Sade vous a-t-il rendu poète ?

M. T. : Pas vraiment… mais curieusement, Nœud coulant, le recueil de poésie qui m’a valu le prix Nelligan, je l’ai écrit en parallèle de La postérité du scandale. Je suis arrivé à Sade par le biais de mon ami Martin Gagnon, dont l’œuvre est assez sulfureuse. C’est grâce à lui que je suis entré en contact avec cette branche de la littérature moderne, qui est en filiation directe avec Sade. Écrire un essai sur l’œuvre de Sade était une façon de me positionner par rapport à cet héritage… et d’en faire le tour.