Un des piliers de la campagne L'heure est brave vise au rehaussement de l'expérience des étudiant·e·s et au développement de leur plein potentiel. Crédit : Sarah Collardey

Campagne philanthropique de l’UdeM : au-delà du déficit budgétaire

L’Université de Montréal (UdeM) mène actuellement une campagne philanthropique d’envergure, intitulée L’heure est brave. Dans un contexte de baisse du financement des universités, le recours au don privé témoigne des nouvelles ambitions de la plus grande université francophone d’Amérique du Nord en matière de philanthropie.

Lancée publiquement en mars 2024, la campagne philanthropique L’heure est brave a jusqu’à présent permis de récolter près de 843 millions de dollars, soit plus de 84 % de son objectif, qui est d’un milliard de dollars. Plus de 12 000 donateur·rice·s ont contribué cette année, indique l’UdeM dans le rapport annuel d’activité de campagne pour l’année 2024-2025. Bien qu’une vingtaine de dons exceptionnels dépassent le million de dollars, la moyenne des dons est de 359 $.

« L’objectif d’un milliard de dollars qu’on a fixé il y a cinq ans, c’était un objectif un peu fou, a admis M. Jutras lors de l’assemblée universitaire du 3 novembre dernier. Je suis confiant qu’au cours des prochaines années, on y arrivera et on le dépassera. » 

La majorité des donateur·rice·s (70 %) sont des diplômé·e·s de l’Université, alors que les dons des entreprises (2 %) et des fondations (1 %) sont rares. Néanmoins, ces deux sources ont à elles seules contribué à hauteur de plus des deux tiers des fonds amassés.

Grande dernière ou nouvelle norme ?

Pour l’année 2025-2026, l’UdeM prévoit déjà un déficit de près de 10 millions de dollars, avec un budget de fonctionnement annuel qui totalise 1 101 millions de dollars. La campagne est donc « encore plus pertinente aujourd’hui qu’on ne l’imaginait il y a cinq ans », a affirmé le recteur de l’UdeM.

Les dons que la campagne a permis de recueillir ne peuvent toutefois pas servir aux activités courantes de l’Université, comme l’embauche de nouveaux professeur·e·s ou la résorption du déficit budgétaire. 

En revanche, ils contribuent au financement de nouveaux projets d’envergure. Au cours de l’assemblée universitaire, M. Jutras n’a pas caché son ambition : grâce au soutien philanthropique, l’UdeM pourrait se hisser au « panthéon des grandes universités qui servent le bien commun » et devenir « l’université de langue française la plus influente au monde ».  

Le recteur a notamment décrit l’objectif pour l’UdeM, qui vise à devenir la deuxième université canadienne la plus financée sur le plan de la recherche scientifique. Selon le dernier classement des 50 meilleures universités du Canada en matière de recherche, l’établissement se positionne troisième (707 millions de dollars), derrière l’Université de la Colombie-Britannique (712 millions de dollars) et l’Université de Toronto (1,4 milliard de dollars), qui, elle, est « hors d’atteinte », reconnaît M. Jutras. 

Parmi les projets phares de la campagne L’heure est brave, l’incubateur d’entreprise Millénium Québecor a vu le jour à la suite d’un don de 40 millions de dollars de Québecor en 2022. 

L’Institut Courtois d’innovation biomédicale, un projet de la Faculté de médecine de l’UdeM qui doit son nom à la Fondation Courtois, donatrice de 159 millions de dollars, est un autre produit de la philanthropie. Une partie du don servira notamment à financer la construction d’une nouvelle aile du campus MIL, au sein de laquelle s’installera ce nouvel institut de recherche axé autour de six chaires de recherche en sciences appliquées. 

Des donateur·rice·s ont également permis de financer des bourses nouvelles ou existantes, mais l’accès à celles-ci reste loin d’être universel pour la communauté étudiante. Les bourses étudiantes ne représentent en effet que 13 % de la distribution des dons, selon un rapport de performance publié en juin dernier. 

L’heure est brave semble porter ses fruits. D’autres campagnes similaires pourraient-elles donc voir le jour dans le futur ? « Nous aurons toujours besoin de campagnes philanthropiques et de donateurs pour soutenir l’UdeM dans ses projets spéciaux », a précisé la porte-parole de l’Université Geneviève O’Meara

à Quartier Libre par voie de courriel. 

: Bien que les diplômé·e·s forment la part majoritaire des donateur·trice·s, leurs dons représentent moins de 10 % de la totalité des dons en 2024-2025. Source : UdeM, Rapport annuel d’activité de la campagne L’heure est brave.

Différence culturelle

La philanthropie favorise le développement de la vie universitaire, selon la spécialiste et professeure émérite au Département d’histoire Denyse Baillargeon. En revanche, elle court le risque d’avantager certains projets universitaires au détriment d’autres. 

Elle témoigne aussi d’importantes inégalités économiques, selon l’historienne. « Comment se fait-il que les grands donateurs aient autant d’argent à donner ? », s’interroge-t-elle.

Traditionnellement, la philanthropie constitue davantage une coutume anglophone. Les Canadien·ne·s français·es ont longtemps pratiqué une philanthropie de masse, en faisant des petits dons récurrents à l’Église, décrit la professeure. « Les anglophones possédaient les richesses suffisantes pour faire de grands dons », explique-t-elle.

La situation a changé au cours de la Révolution tranquille des années 1960, lorsque « le Québec a favorisé les entreprises francophones d’ici, pour que les francophones commencent à accumuler suffisamment de capitaux pour participer à de plus grands projets philanthropiques », poursuit Mme Baillargeon.

Les universités francophones du Québec ont depuis mis sur pied divers projets philanthropiques. Cependant, L’heure est brave est une campagne audacieuse, selon elle, car les donateur·rice·s proviennent de tous les groupes culturels et ne se limitent pas à la dichotomie entre anglophones et francophones. 

Avec les informations de Mohammed Aziz Mestiri

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