CA des universités : le privé majoritaire

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Par Fanny Bourel
mardi 18 septembre 2012
CA des universités : le privé majoritaire
Michel Seymour, professeur au Département de philosophie de l’UdeM (Crédit : Fanny Bourel)
Michel Seymour, professeur au Département de philosophie de l’UdeM (Crédit : Fanny Bourel)

Le Parti québécois (PQ) a promis la tenue d’un sommet sur l’éducation supérieure qui accordera une place à la question de la bonne gouvernance des universités. C’est un sujet moins médiatisé que celui de l’accessibilité aux études, mais tout aussi déterminant pour l’avenir des universités québécoises. Coup d’oeil sur la présence du privé sur les conseils d’administration des universités québécoises.

Finie l’administration de type collégiale, où les membres de la communauté universitaire étaient prédominants. Dans les universités québécoises, le modèle de gouvernance inspiré des entreprises continue de s’implanter. Résultat : les conseils d’administration (CA) sont composés à majorité de membres du secteur privé alors que les étudiants et professeurs sont sous-représentés.

Pour plus de transparence

L’objectif d’inclure une majorité de membres externes est de garantir une gouvernance plus efficace et plus transparente menée par des personnes indépendantes. Ces dernières sont supposées être à l’abri des conflits d’intérêts et des rivalités au sein de la communauté universitaire. «On ne peut pas se permettre de placer du personnel qui serait susceptible d’avoir des conflits d’intérêts sur un CA», s’exclame le Directeur général de l’Institut sur la gouvernance des organisations privées et publiques (IGOPP), Michel Nadeau.

Cet argument ne tient pas pour le professeur au Département de philosophie de l’UdeM, Michel Seymour. «Si les professeurs, les étudiants, les chargés de cours tiraient chacun la couverture dans un CA mieux réparti,  cela donnerait un conseil plus équilibré», défend-il. Il regrette le temps où l’Assemblée universitaire était «presque paisible» sans autant de confrontation qu’aujourd’hui. «Il y a avait comme un contrat moral implicite : le recteur proposait et nous entérinions. Maintenant, la situation s’est inversée. La haute direction décide et nous consulte après», raconte-t-il.

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Michel Nadeau, Directeur général de l’Institut sur la gouvernance des organisations privées et publiques (Crédit : Courtoisie IGOPP)

Les conséquences de l’îlot Voyageur

C’est l’intervention du gouvernement provincial en 2008 pour éponger la dette contractée par l’UQAM en vue de la construction de son Complexe des sciences qui a mené à la mise en place de cette règle. À l’époque, le gouvernement a décidé d’adopter une loi sur la gouvernance des universités pour éviter qu’une telle situation se reproduise.

 Afin de devancer le projet de loi et de préserver leur autonomie institutionnelle, tous les établissements universitaires se sont engagés à ce que leurs CA soient majoritairement indépendants. Le projet de loi a finalement été suspendu. 

Le monde des affaires bien représenté

À l’heure actuelle, trois des universités montréalaises, soit l’UdeM, McGill et Concordia, respectent cet engagement. L’UQAM est dans une position différente, car elle est assujettie à la Loi sur l’Université du Québec. Le CA de l’UdeM, appelé Conseil de l’Université, comporte 12 membres externes, 9 membres internes et deux personnes nommées par le modérateur des facultés ecclésiastiques. Actuellement, ces deux sièges sont occupés par d’anciens vice-présidents de Bell et de CIBC, des administrateurs qui viennent donc également du monde des affaires. «On concentre le pouvoir décisionnel dans les CA, et on éloigne les professeurs comme s’ils étaient irresponsables », se désole M. Seymour avant de s’interroger sur les supposées meilleures compétences en gestion des membres externes du CA. «Après l’îlot voyageur, la vente du 1420, boulevard Mont-Royal et maintenant la gare de triage, en a-t- on vraiment bénéficié?»

L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) a remis en question l’idée de la plus grande efficacité d’une gouvernance majoritairement externe dans un rapport paru en 2010. Les chercheurs Éric Martin et Maxime Ouellet y expliquent que ce qu’ils appellent la «managérisation des universités » s’est traduit par une augmentation des salaires des recteurs et des cadres. De hautes rémunérations justifiées par le fait que c’est le seul moyen pour retenir les meilleurs gestionnaires à l’université. Mais, pour l’IRIS, ce système ne fonctionne pas, en raison de « la proximité des élites » qui siègent aux CA. «Ces personnes évoluant au sein de conseils d’administration communs ont en effet un intérêt objectif à doper le salaire des autres dirigeants, puisque cela contribue à augmenter leur propre rémunération au final».

En collaboration avec Justin Doucet