Habemus rectorem

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Par Administrateur
mercredi 12 mars 2014
Habemus rectorem
(photo: flickr.com/abdallahh )
(photo: flickr.com/abdallahh )

Voir les autres articles du dossier sur la nomination du recteur : Un processus qui ne fait pas l’unanimité et Nomination 101

Concordia – Nomination en vase clos

La sélection du recteur à l’Université Concordia se déroule en privé du début à la fin. «Le processus au complet est confidentiel, explique la porte-parole de l’Université, Christine Mota. Même la discussion au conseil d’administration (CA) se fait à huis clos, ce n’est pas public.»

Il n’y a pas de consultation élargie au sein de la communauté universitaire. C’est le CA de l’Université qui décide d’approuver ou de refuser la recommandation faite par un comité temporaire de recrutement composé de 12 personnes. «Le comité de recrutement est composé de membres du CA et de représentants de la communauté, comme des techniciens ou des employés de la bibliothèque», mentionne Mme Mota. Deux étudiants y siègent selon la politique de l’Université Concordia.

Le comité de recrutement reçoit les candidatures, passe les candidats en entrevue et sélectionne jusqu’à trois finalistes. Il les présente devant huit membres nommés par le comité exécutif de l’Université Concordia. Après avoir analysé le dossier des finalistes, les huit membres s’entretiennent avec le comité de recrutement pour déterminer le candidat qui sera présenté au CA. « Si le candidat proposé est accepté par le CA, nous annonçons publiquement à la communauté le nom du nouveau recteur », expose Mme Mota.

C’est en août 2012 que le recteur actuel de l’Université Concordia, Alan Shepard, est entré en poste pour un mandat de cinq ans. S’il souhaite réaliser un second mandat, un comité d’évaluation du recteur composé de 12 personnes sera mis sur pied pour évaluer sa performance. «Contrairement au processus de nomination d’un nouveau recteur, les étudiants, les professeurs et les autres membres de la communauté peuvent donner leurs commentaires sur leur volonté de réélire ou non le recteur», précise MmeMota. Le comité recommande ensuite au CA la reconduction ou non du mandat du recteur sans faire appel à d’autres candidatures qui pourraient concurrencer le recteur sortant. 

Anne-Marie Provost

UQAM – Les professeurs mènent le bal

L’UQAM permet à ses étudiants et à ses professeurs de participer directement à la nomination du recteur. Les étudiants ont eu droit à 81 votes, alors que les 1141 professeurs de l’établissement pouvaient voter lors de la dernière course au rectorat, qui opposait Gérald Larose et Robert Proulx, en novembre 2012.

«La consultation est déséquilibrée, croit un des deux représentants étudiants au conseil d’administration (CA) de l’UQAM René Delvaux. Le vote des professeurs est surreprésenté, suivi du vote des cadres. Les étudiants, employés et chargés de cours n’ont pratiquement aucun impact sur la consultation.»

C’est un comité de sélection qui détermine qui peut se présenter. Les candidatures sont ensuite soumises par vote électronique. «Chaque professeur vote, explique René Delvaux. Pour les étudiants, ce sont uniquement les exécutants des associations facultaires et modulaires.» Les candidats ont généralement un site web qui détaille leur programme et leur vision de l’université.

Une fois la consultation terminée, le comité de sélection reçoit le résultat et recommande le gagnant au CA, lequel peut contester une nomination. «Le conseil d’administration n’a jamais rejeté le résultat d’un vote», affirme la directrice des relations avec la presse de l’UQAM, Jenny Desrochers. Si le recteur souhaite renouveler son mandat, il doit déposer un avis. Une consultation référendaire est mise en place pour décider du renouvellement.

Selon René Delvaux, il faudrait plutôt un système de candidatures ouvert sans filtre de la part du comité de sélection, duquel les étudiants sont absents. «Il devrait seulement y avoir un comité pour recevoir les candidatures et mettre en place le processus électoral», souligne-t-il. Il souhaite également une élection avec un poids proportionnel pour tous les membres de la communauté universitaire. Il estime aussi que le conseil d’administration ne devrait pas avoir son mot à dire à la suite du résultat de l’élection.

Anne-Marie Provost

Université Laval – Une campagne électorale publique

Un collège électoral composé de 146 représentants a le dernier mot sur le choix du recteur à l’Université Laval. «La décision du collège électoral est finale, explique le président de la Confédération des associations d’étudiants et étudiantes de l’Université Laval (CADEUL), Guy-Aume Descôteaux. Ce n’est pas une recommandation, donc le conseil d’administration ne peut pas infirmer la décision du collège. »

Ce sont les professeurs qui ont le plus de votes dans le collège électoral avec un total de 58 sièges. Viennent ensuite les étudiants avec un total de 24 sièges. Le collège est aussi composé de doyens, de membres externes ou issus du personnel administratif. Pour avoir un droit de vote, il faut être membre des principales instances de l’Université, comme le conseil d’administration, le conseil universitaire ou la commission des études. Le président de la CADEUL se dit satisfait du processus électoral de l’Université Laval. «Notre mode de scrutin donne une bonne place au vote étudiant, et il respecte les principes de l’Université Laval», souligne-t-il.

Les candidats font généralement campagne sur le terrain. « À la dernière course au rectorat, en 2012, chaque candidat avait un site internet avec une série d’appuis, précise le président de la CADEULEt il y a eu des événements organisés par la communauté, comme des débats publics.» Après que les candidats aient rencontré les membres du collège électoral, celui-ci se réunit et nomme le recteur à la majorité absolue.

Si un recteur souhaite renouveler son mandat, le même processus s’applique et d’autres personnes peuvent se présenter contre lui. C’était notamment le cas en 2012, où quatre candidats s’étaient présentés contre le recteur sortant, Denis Brière. Ce dernier l’avait finalement emporté après quatre tours de scrutin, avec 80 voix sur les 139 qui se sont exprimées.

Anne-Marie Provost

Université York – Un comité externe

L’Université York de Toronto doit mettre en place un comité de recherche qui demande conseil à la communauté universitaire pour élire non pas un recteur, mais un président.

Le comité de recherche est composé de 14 membres du conseil d’administration (CA), du Sénat (composé de trois officiers et de 149 membres), de représentants des facultés et d’étudiants. Le comité peut embaucher des consultants externes pour l’aider dans ses recherches. Tous les étudiants, professeurs et employés peuvent également suggérer des candidats et donner leur avis sur les qualités que devrait posséder le futur président.

Le président actuel, Mamdouh Shoukri, a été nommé en 2007 par le conseil d’administration de l’Université. Avant que le CA ne nomme le président, le processus inclut une consultation élargie pour que tous puissent s’exprimer sur les besoins stratégiques de l’Université dans les cinq à dix prochaines années. Quand ces besoins sont fixés, la population universitaire peut ensuite déterminer les attributs que le recteur devrait posséder pour atteindre ces objectifs. Les délibérations du comité de recherche pour sélectionner un candidat et le proposer au CA s’opèrent à huis clos. Toutefois, celui-ci doit informer la communauté universitaire des développements dans la recherche de candidats.

Le comité de recherche doit avoir 10 votes sur 14 en faveur d’un candidat avant de le recommander au CA. Si le conseil ne sélectionne pas le candidat, le comité de recherche doit lui suggérer un deuxième nom. Si celui-ci ne convient pas, on doit reprendre le processus à zéro.

Anne-Marie Provost

Université de Berlin – Un CA absent

Contrairement aux universités québécoises, l’université berlinoise n’est pas dirigée par un recteur, mais par un président.

C’est le Sénat académique, lequel est constitué de 25 membres, dont 13 professeurs, qui est chargé de l’élection du président. En temps normal, cette entité s’occupe d’affaires liées directement à l’enseignement et à la recherche telles que l’instauration de nouveaux programmes ou l’offre de cours.

Toutefois, tous les quatre ans, l’élection du président de l’Université libre de Berlin se fait à la majorité d’un Sénat académique étendu. Pour cette occasion, le Sénat académique est augmenté à 61 membres. Au total, cette assemblée étendue se compose de 31 professeurs, de 11 membres du personnel universitaire, de 10 étudiants et de 10 autres membres du personnel.

La décision rendue par le Sénat est finale, et le conseil d’administration est absent du processus de nomination et d’élection des présidents potentiels de l’Université libre.

Le mandat du président dure quatre ans. Toutefois, il est possible pour le président sortant d’en briguer un second, auquel cas le processus d’élection doit être repris en entier, et ce, peu importe les candidatures.

Ludivine Maggi