Depuis quelques années, des applications qui permettent d’apprendre des langues étrangères font leur apparition. Duolingo, Memrise, Babbel et bien d’autres font désormais partie du quotidien des apprenant·e·s de langues.
« Apprendre avec Duolingo offre un avantage extrêmement pratique : on peut l’utiliser n’importe où et n’importe quand », souligne l’étudiante de quatrième année au baccalauréat en psychologie Wadly Déjala, qui apprend l’espagnol grâce à l’application.
L’étudiante au programme de qualification en droit Zeinab Guira, qui utilise également Duolingo pour apprendre le suédois, dresse le même constat. Pour elle, l’application offre une grande flexibilité dans l’apprentissage d’une langue.
Wadly précise que l’application donne également la possibilité de pratiquer sa prononciation. Les deux étudiantes considèrent que cette méthode leur permet d’apprendre et d’avancer à leur rythme, tout en intégrant son utilisation dans leur quotidien.
Limites non négligeables
En dépit de la souplesse qu’apportent Duolingo et les autres applications similaires, celles-ci présentent également des limites. « Le vocabulaire est limité et on n’a pas vraiment les moyens de converser », affirme Zeinab, qui utilise l’application depuis un an.
Le professeur agrégé au Département de didactique de la Faculté des sciences de l’éducation de l’UdeM Gabriel Michaud partage cette opinion. « Apprendre une nouvelle langue demande de l’interaction avec les autres, explique-t-il. Il faut nécessairement que l’apprentissage passe par l’usage. » En effet, dans ce processus, les apprenant·e·s doivent cibler plusieurs types de connaissances, que ces applications ne proposent pas toujours, selon lui.
| Des millions d’abonné·e·s à Duolingo L’application Duolingo a été créée en 2009 par les informaticiens Luis von Ahn et Severin Hacker et a été lancée publiquement en 2011. Elle est actuellement utilisée par près de 500 millions de personnes partout dans le monde, selon les statistiques de la plateforme. |
Complément d’apprentissage
« Apprendre avec ces applications n’est pas une panacée, loin de là », affirme le spécialiste des sciences de l’éducation. S’il reconnaît que ce moyen d’apprentissage cible des connaissances explicites qui peuvent aider dans la maîtrise d’une langue étrangère, le professeur agrégé fait valoir que celui-ci ne peut pas constituer la seule méthode d’apprentissage. « Apprendre une langue est un processus assez complexe », poursuit-il. Il estime en effet que celui-ci passe par divers moyens.
D’après M. Michaud, suivre des cours reste la voie privilégiée pour débuter l’apprentissage d’une langue et en acquérir les bases. Il ajoute toutefois que l’utilisation des applications peut contribuer à consolider ses acquis après avoir développé une certaine maîtrise de la langue.
En tant qu’utilisatrice de la plateforme, Zeinab partage le même avis. Selon elle, Duolingo ne suffit pas et joue surtout le rôle de complément d’apprentissage. Wadly, quant à elle, ne s’en sert que depuis six mois et n’est donc pas encore en mesure d’évaluer si l’application se suffit à elle-même. Elle précise néanmoins suivre également des cours d’espagnol pour optimiser son apprentissage.
Privilégier les méthodes traditionnelles
En dépit des progrès technologiques, « les meilleures options d’apprentissage d’une nouvelle langue passent par les méthodes traditionnelles qui privilégient le contact humain », assure M. Michaud. Il recommande non seulement des cours, mais aussi l’accompagnement d’un·e tuteur·rice afin d’avoir des rétroactions et des échanges. En tout temps, l’interaction reste un point important, insiste le professeur.
L’apprentissage d’une langue étant un processus progressif, M.Michaud encourage également l’emploi des nouveaux outils que la technologie met à la disposition des apprenant·e·s, comme les applications qui génèrent des sous-titres ou encore les balados qui offrent la possibilité de progresser au fur et à mesure des écoutes. Visionner des émissions, des séries ou des films reste également un bon moyen d’apprendre une langue.
Duolingo et ses équivalents donnent tout de même l’occasion d’asseoir les connaissances acquises au début du parcours d’apprentissage. « D’ailleurs, s’il faut passer deux heures sur son téléphone sur une application, autant que ce soit Duolingo ou une autre du même type », soutient le spécialiste, le sourire aux lèvres.
| Quelles autres applications ? Babbel : application très axée sur la conversation, la prononciation et l’écoute. Memrise : application fondée par un expert de la mémoire et basée sur des moyens mnémotechniques comme la répétition espacée. Busuu : plateforme orientée sur la pratique avec des locuteur·rice·s natif·ve·s grâce à sa communauté. Rosetta Stone : application inspirée de la méthode de langue lancée en 1992, qui permet une immersion totale basée sur l’association d’images, de sons et de mots, sans traduction. |