Culture

Ces mocassins sont faits pour marcher

Symbole du chic de la bonne société dans les années 1980, le mocassin revient hanter les campus cet automne. « Preppy wear » par excellence, il amorce un énième retour, perdant du même coup sa connotation ringarde.

«Ce soulier est hyperconfortable avec un je-ne-sais-quoi de visuellement intéressant, contrairement aux Crocs ou aux sandales avec des bas!» Pour Laurence Gagnon, costumière et aide-designer textile, l’indéniable confort du mocassin n’empêche pas l’accessoire d’être à la page.

Une nonchalence neodandy dans vos pieds

Plus chic qu’un soulier sport, aussi léger que les délicates ballerines, le mocassin gagne du terrain sur le sentier de la cool attitude. Les fashionistas les plus célèbres craquent pour son look désinvolte BCBG, un peu désuet donnant une touche «rétro-sévère-rockabilly» qui fait tourner les têtes. La crème des connaisseurs de la planète mode le préfère maintenant au chausson de danseuses. Aussi appelée loafer, la chaussure plate, souple et simple à enfiler, se reconnaît par la couture en U sur le dessus, fabriquée d’un seul morceau de peausserie.

Après avoir été boudé pendant quelques années, le mocassin retrouve son statut de classique indispensable. Sa présence de plus en plus marquée depuis 2009 se décline en différents styles. Cet automne, le mocassin à talons d’Alexander Wang est le succès des succès du chic des citadines dans le vent. Le mocassin pantoufle d’extérieur donne aussi depuis l’an dernier une nonchalance néodandy à vos pieds. Après avoir été longtemps l’apanage des nobles, la pantoufle «aristo» envahit maintenant les trottoirs. Pour sa part, les classiques Penny Loafers (on pense à Elvis qui les portait avec des chaussettes blanches) restent décidément au goût du jour et unisexes, à condition d’éviter à tout prix de les arborer avec des pantalons sérieux, un complet ou un tailleur. Portez-les plutôt avec des jeans roulés, accompagnés d’accessoires tendances.

Pour ceux pour qui le mocassin évoque encore trop de mauvais souvenirs, deux autres déclinaisons le rendent encore plus accessible : le modèle marin, avec semelle blanche et lacet de cuir tressé toujours populaire chez les hipsters ou le modèle amérindien.

Cet automne, comment porter la chaussure autochtone sans se ridiculiser ? Laurence Gagnon suggère quelques agencements : «Une belle botte à franges ou à poils se porte autant avec un jean ajusté, une mini-jupe ou une robe à godets.»

Quant à l’engouement pour la version Pocahontas du mocassin, Carolane Stratis l’explique comme suit: «Lorsqu’il y a une crise économique, les couleurs terre, les tons neutres et les matières naturelles se vendent mieux. On sortaitd’une période plus intense dans lamode avec le retour des années 1980.»

Comment expliquer les tendances ?

Il suffit de repenser aux loafers de nos grands-mères: les mocassins ont déjà été en vogue. Carolane Stratis, étudiante en gestion industrielle de la mode et cofondatrice du blogue Ton petit look, décortique leur cycle: «Au début, il y a les innovateurs, ensuite, la tendance émerge (early adopter), elle grandit (early majority), puis il y a la tendance de masse où elle atteint les grands magasins et enfin, elle se décline en plusieurs design». Laurence Gagnon y voit plutôt un amalgame imprévisible: «Ce sont les accessoires, les couleurs, les textures, les tissus et les patrons de découpe des vêtements qui se mélangent pour créer du nouveau déjà-vu.»

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