Présenté à Montréal du 27 août au 12 octobre 2026, le World Press Photo rassemble cette année les images de photojournalistes du monde entier pour raconter les grands événements de l’actualité. Organisée au Marché Bonsecours, l’exposition attire chaque jour entre 700 et 1 500 visiteurs et accueille jusqu’à 1 000 étudiants par jour. Un succès qui en fait l’exposition temporaire la plus visitée de Montréal et qui témoigne de l’intérêt des jeunes publics pour le photojournalisme.
Regarder le monde en face
Catherine visite l’exposition pour la troisième année avec son compagnon. Tous deux n’ont pas encore fait le tour de la salle; pourtant, elle admet déjà qu’à distance, « on se sent vite déconnecté de tout ce qui se passe dans le monde » et que « les photos nous forcent à voir ». Il y a quelques minutes, elle est passée devant l’une des deux images finalistes de l’année pour le prix World Press Photo, intitulée Urgence humanitaire à Gaza. Le cliché, signé Saber Nuraldin, fait écho à la photo gagnante de l’an dernier, Mahmoud Ajjour, 9 ans, de Samar Abu Elouf, et illustre la continuité de la guerre.

Toutefois, c’est une autre image qui a remporté le prix de la Photo de l’année : Séparés par l’ICE, de Carol Guzy. La photographie montre deux adolescentes en larmes, qui s’agrippent au chandail de leur père, arrêté par les services de l’immigration états-unienne (ICE).
Une génération en première ligne
Des manifestations au Népal aux mobilisations à Madagascar, la jeunesse est également très présente dans les images exposées. Deux photographies mettent en scène une génération qui investit la rue, mais aussi ses propres codes culturels. À Madagascar, un jeune manifestant brandit ainsi un drapeau inspiré du manga One Piece, mêlant culture populaire et revendication politique.

Une représentation qui semble trouver un écho auprès des jeunes visiteurs. Venue au World Press Photo avec sa classe de secondaire, l’élève Jusnaëlla ne s’attendait pas à être autant touchée par l’exposition. « Au début, je pensais que je n’aimerais pas, mais finalement, c’est vraiment beau et ça me donne de l’émotion, confie-t-elle. Je les vois sous un angle différent de la télévision. Quand je prends le temps de regarder les images, je ressens vraiment la souffrance. »
Cette présence de la jeunesse interpelle, notamment parce qu’elle donne à voir des personnes de la même génération confrontées à des réalités qui peuvent sembler très éloignées du quotidien.
L’Éducation détournée
Le World Press Photo expose aussi des projets à long terme, souvent le fruit de plusieurs années de travail, à l’image de celui de Diego Ibarra Sánchez, Éducation détournée, commencé en 2011. À travers neuf pays, du Pakistan à la Colombie, en passant par l’Irak, les clichés montrent une éducation bridée par les guerres et l’insécurité. L’œil du photographe saisit également la résilience, dans une photographie représentant des écolières afghanes prêtes à parcourir de longues distances pour étudier malgré tout, et l’espoir, dans une autre dévoilant une enfant libanaise qui sourit à l’objectif, en route vers des activités artistiques.

