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© Daphnée Bouchard

Débat électoral : beaucoup d’amour pour la culture, mais combien d’argent ?

Quartier Libre a assisté, le mercredi 9 septembre dernier, au débat électoral sur l’avenir de la culture organisé par Réseau Culture 360°, Culture Montréal et le Front commun pour les arts. Devant une salle de 300 places de HEC Montréal, la représentante de la Coalition avenir Québec (CAQ), Christine Maestracci, celle du Parti québécois (PQ), Catherine Gentilcore, ainsi que les représentants du Parti libéral du Québec (PLQ), Benoît Clermont, et de Québec solidaire (QS), Sol Zanetti, ont exposé la vision culturelle de leur formation. Le Parti conservateur du Québec a quant à lui décliné l’invitation.

Les quatre représentants se sont entendus sur l’importance de la culture pour l’identité et l’économie du Québec. « La culture, c’est quand même 15 milliards de dollars, c’est 125 000 emplois et, pour chaque dollar investi, il y a des retombées de 1,66 dollar », a rappelé l’animatrice du débat, Johane Despins. Malgré ce poids économique, près de la moitié des personnes travaillant dans ce secteur le feraient sans assurance-emploi, régime de retraite ou assurances.

« J’ai trouvé qu’ils avaient bien fait leurs devoirs en ce qui concerne le fait de prendre connaissance des demandes du milieu, des rapports qui ont été faits dans les dernières années », rapporte la directrice générale du Conseil québécois du théâtre et porte-parole du Front commun pour les arts, Caroline Gignac. Elle estime que les partis ont généralement démontré une bonne connaissance des préoccupations du secteur. 

Cette connaissance des dossiers s’est toutefois traduite par des engagements financiers inégaux. « J’ai l’impression que c’était un peu le débat du statu quo, nuance Mme Gignac. Ce qui a été le plus répété, c’est qu’il n’y aura pas de coupes, mais ne pas avoir de coupes ne veut pas dire d’investissements. ».

« J’ai l’impression que c’était un peu le débat du statu quo. Ce qui a été le plus répété, c’est qu’il n’y aura pas de coupes. Mais ne pas avoir de coupes ne veut pas dire d’investissements. »

– Caroline Gignac, directrice générale du Conseil québécois du théâtre et porte-parole du Front commun pour les arts

Une culture riche, des artistes précaires

« La situation actuelle n’a aucun bon sens », a lancé le co-porte-parole de Québec solidaire, Sol Zanetti. Face à la précarité du milieu, le parti a présenté les propositions les plus chiffrées et promet notamment 130 millions de dollars pour un projet pilote de filet social destiné aux artistes. Il souhaite également doubler et indexer les budgets du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC).

Le Parti québécois propose plutôt d’égaler les sommes recueillies par la Fondation des artistes. « Pour chaque dollar qui va être amassé par la Fondation, on va donner un dollar », a expliqué la députée du Parti québécois dans Terrebonne, Catherine Gentilcore. Le parti promet aussi de maintenir le financement du CALQ à un minimum de 200 millions de dollars après 2029, sans toutefois garantir clairement son indexation.

« On s’engage à ne faire aucune coupure dans le secteur culturel », a affirmé le candidat du PLQ dans Saint-Henri-Saint-Anne, Benoît Clermont. Le parti mise principalement sur l’absence de compressions. 

La CAQ a, pour sa part, surtout défendu son bilan. La candidate de la Coalition avenir Québec dans Deux-Montagnes, Christine Maestracci, a souligné que le budget de la culture était « passé de 1 milliard à 2,1 milliards de dollars en quelques années seulement ». Les engagements financiers détaillés des deux partis n’avaient toutefois pas encore été dévoilés.

Séduire une nouvelle génération

Les jeunes se sont également retrouvés au cœur des promesses. Québec solidaire propose une passe culturelle annuelle de 75 dollars pour les jeunes âgés de 12 à 18 ans. Le parti promet aussi 40 millions de dollars supplémentaires pour les sorties culturelles scolaires et le programme La culture à l’école.

Le Parti québécois mise sur une formule « deux pour un » destinée aux moins de 25 ans. À l’achat d’un billet, une personne pourrait ainsi en obtenir un deuxième gratuitement dans le même établissement culturel. Le parti prévoit également une bonification de huit millions de dollars pour l’achat de livres dans les écoles.

De son côté, le PLQ veut remettre un livre québécois à chaque élève du primaire et consacrer un million de dollars par année aux créateurs actifs sur les nouveaux médias. 

La CAQ souhaite, quant à elle, poursuivre le virage numérique et jeunesse de Télé-Québec.

Les quatre partis se sont montrés favorables à la loi 109 sur la découvrabilité des contenus culturels francophones. Adoptée à l’unanimité, celle-ci doit permettre au gouvernement d’imposer aux plateformes numériques des règles concernant la présence, la recommandation et la mise en valeur des œuvres francophones. Son efficacité dépendra cependant des règlements qui préciseront ces obligations.

Les 3 % toujours hors de portée

La dernière question du débat a illustré l’écart entre les déclarations d’amour envers la culture et les engagements fermes. Le Front commun pour les arts réclame que les dépenses consacrées à la culture représentent 3 % de l’ensemble du budget québécois. Selon les chiffres présentés pendant le débat, le ministère de la Culture en reçoit actuellement environ 1,3 %. 

Le Parti libéral estime toutefois que cette proportion atteint plutôt 2 % une fois les crédits d’impôt et les autres dépenses culturelles inclus.

Le Parti québécois souhaite d’abord consolider une proportion de 2 %, tandis que Québec solidaire considère les 3 % comme un objectif à plus long terme. La CAQ affirme qu’il s’agit d’« une cible qu’on aimerait atteindre », sans fournir d’échéancier, alors que le PLQ n’a fixé aucune nouvelle cible.

Aucun parti n’a promis d’atteindre la cible de 3 % au cours du prochain mandat.

L’absence de plateformes électorales complètes au moment du débat laisse également plusieurs questions en suspens. « Qu’ils ne puissent pas répondre à certaines questions parce que la plateforme n’est pas encore disponible m’a un peu laissée sur ma faim, à certains moments », confie Mme Gignac.

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