L’Université de Montréal (UdeM) figure au neuvième rang mondial et au troisième rang au Canada pour la recherche en intelligence artificielle (IA), selon le dernier classement de Shanghai de 2025. Ce succès est le fruit d’investissements importants et d’un écosystème de dialogue scientifique interuniversitaire à part, structuré autour de l’Institut québécois d’intelligence artificielle (Mila).
« Mila est un environnement qui est porté par des valeurs très fortes, en particulier celle de la collaboration », explique le professeur agrégé au Département d’informatique et de recherche opérationnelle (DIRO) de l’UdeM et membre académique principal de Mila, Gauthier Gidel.
Cofondé en 1993 par le professeur au DIRO et pionnier de l’apprentissage profond Yoshua Bengio, le Mila a pour objectif de rassembler les chercheur·euse·s en IA de toutes les universités québécoises afin de stimuler le débat scientifique et d’accélérer les progrès de la recherche dans ce domaine.
Cet écosystème de recherche bénéficie d’importants financements. Un investissement de 36 millions de dollars de subventions provinciales a notamment été annoncé le 27 février dernier.
Un développement éthique des IA
Le Mila ne se limite pas à la recherche scientifique. « Il y a la partie académique, mais maintenant, il y a aussi un peu la partie industrielle avec la LoiZéro de Yoshua », précise M. Gidel1.
L’organisation à but non lucratif LoiZéro, crée par Yoshua Bengio à l’été 2025, ambitionne de développer des « IA scientifiques », conçues pour agir davantage comme des observatrices du monde qui les entoure plutôt que comme des agentes automatisées cherchant à atteindre à tout prix leurs objectifs, à l’image des « IA agentiques ».
Ce projet s’inscrit pleinement dans l’ADN historique du Mila, qui a été l’un des signataires et cocréateurs de la déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’IA, en 2017. « Quelles sont les lignes rouges importantes ? », « Quels sont les trucs sur lesquels il va falloir refuser de faire de la recherche parce que ça va créer plus de tort que de bien ? » figurent parmi les questions que se posent les chercheur·euse·s de l’Institut avant d’entreprendre des projets de recherche, d’après M. Gidel.
Ces préoccupations se ressentent également dans les différents partenariats que le Mila conclut avec l’industrie. « [Les partenariats avec l’industrie] ont toujours été sans attache, c’est-à-dire qu’ils se font sans compromis vis-à-vis des valeurs [du Mila], et que ce serait toujours de la recherche qui serait open source, publiée et réalisée sans contraintes », souligne le chercheur.
Garder la tête froide
Les classements comme celui de Shanghai restent toutefois à relativiser, estime M. Gidel. « Je n’ai pas l’impression qu’on y fasse trop attention, même si ça fait toujours plaisir, poursuit-il. L’un des paradoxes bien connus en IA, c’est que dès qu’une métrique est publiée, elle devient en quelque sorte inutile. Si on l’utilise pour prendre des décisions, les gens vont naturellement chercher à l’optimiser. Elle ne mesure alors plus ce qu’on voulait mesurer au départ, mais plutôt la capacité des acteurs à optimiser cette métrique. »
Autrement dit, ces indicateurs peuvent être valorisants, à condition de ne pas chercher à les maximiser à tout prix. « Plus on essaie de les optimiser, moins ils reflètent une réalité », résume le professeur.
La meilleure métrique pour évaluer la qualité d’une recherche resterait la patience, selon lui. « Le meilleur moyen qu’on ait trouvé pour évaluer si c’est de la bonne recherche ou pas, c’est d’attendre, et 10 ans après, se demander ce qui a vraiment eu de l’impact », conseille M. Gidel.

@quartierlibre.ca 🤖 L’UdeM dans le top mondial de la recherche IA Selon le classement de Shanghai 2025, l’Université de Montréal se classe 9e dans le monde et 3e au Canada en recherche en intelligence artificielle. Un succès notamment porté par les investissements de Mila, l’institut québécois d’intelligence artificielle. On est allé à leur rencontre pour en savoir plus, avec Gauthier Gidel, professeur agrégé au Département d’informatique et de recherche professionnelle (DIRO) de l’UdeM et membre académique principal du Mila, ainsi qu’un étudiant au doctorat. 👉 Pour plus d’infos l’article est disponible sur quartier libre.ca Un reportage vidéo de Mateo Delattre. #udem #quartierlibre #montréal #ia #recherche
♬ son original – Quartier Libre
- Bien qu’intégrée à l’écosystème de Mila, au même titre que plusieurs partenaires industriels, LoiZéro demeure une entité distincte de l’institut de recherche, dotée de son propre mandat et de sa propre organisation. ↩︎