Entre récit biographique et réflexion sur le sexisme dans l’armée, le film Seule au front met en lumière la force et les contradictions d’une pionnière, tout en révélant les limites de sa réalisation cinématographique.
Le film Seule au front retrace l’incroyable récit de Sandra Perron, première femme officière de l’infanterie canadienne, incarnée par l’actrice Nina Kiri. Ce long métrage de la réalisatrice Mélanie Charbonneau explore deux temporalités : les différents séjours de Sandra dans les forces armées dès 1984, puis sa vie après sa soudaine démission en 1995, au retour d’une mission en Croatie.
Ce départ abrupt des rangs constitue la principale intrigue du film : Sandra a-t-elle quitté l’armée à cause des séquelles que des exercices abusifs et violents ont laissées ? Une photo troublante, où elle apparaît inconsciente et attachée à un arbre, refait surface et pousse l’armée à ouvrir une enquête. L’ancienne capitaine doit prendre la parole et se positionner sur les faits.
Bien que cet événement fasse pleinement partie de l’histoire de Sandra Perron, la réalisatrice n’en fait pas le cœur du récit. Seule au front propose surtout la mise en lumière d’une guerrière qui évoluait avec brio dans un milieu laissant pourtant peu de place à l’épanouissement d’une femme. Insultes, coups bas, allusions sexuelles : autant de microagressions qui s’accumulent et dépeignent le climat misogyne dans lequel Sandra progressait.
La démarche de la cinéaste ne laisse aucun doute : elle s’est prise de passion pour l’histoire de l’officière. Sur le plan de la réalisation, l’œuvre présente toutefois certains écueils. D’une durée d’une heure et quarante-six minutes, le film impose un rythme accéléré, la cadence des scènes ne permettant pas toujours au public de ressentir pleinement les émotions du personnage. Les nombreux sauts dans le passé, témoins du tumulte intérieur de Sandra, frôlent parfois la caricature, tout comme l’usage répété de musiques épiques, qui gagneraient à être utilisées plus subtilement.
La vraie réussite du film se trouve ailleurs. Celui-ci parvient à nuancer l’aspect contestataire qui pourrait être associé à tort au parcours de Sandra Perron. Il illustre avec justesse sa position face à une photo compromettante et des propos réitérés au cours de sa carrière (elle assure ne s’être jamais sentie humiliée), et la présente davantage en héroïne qu’en victime.
Derrière la caméra, Mélanie Charbonneau pose un regard admiratif sur l’héroïne. Elle s’attache à montrer celle-ci comme une femme forte, à la fois dans son attitude résignée face au sexisme dans l’armée et dans la force physique qu’elle déploie aux côtés de ses homologues masculins.
La réalisatrice nourrit cette admiration depuis sa lecture des mémoires de Sandra Perron, une influence qui imprègne chaque image du film.
| Le livre Out Standing in the Field, publié en 2017 et dont la traduction française Seule au front est sortie en février 2018, a fait partie de la liste des 100 meilleurs livres du Globe and Mail l’année de sa publication. |