À la fin du mois, l’étudiant au doctorat en physique de l’UdeM Alexandre Champagne-Ruel prendra la route vers l’Université d’État de l’Arizona, aux États-Unis. Il y mènera des recherches postdoctorales sur la détection de la vie dans l’Univers, grâce à une bourse de la NASA d’un montant de 146 496 dollars américains (près de 204 400 dollars canadiens).
Quartier Libre (Q. L.) : Que ressent-on lorsque l’on reçoit une bourse de la NASA ?
Alexandre Champagne-Ruel (A. C.-R.) : Quand j’ai obtenu la réponse pour la bourse, j’étais en contact avec les gens de l’Arizona. Un collègue avait parlé avec une responsable du programme et il m’avait signalé que j’allais recevoir une communication bientôt, en ajoutant « Félicitations ! ».
Je me suis dit « Ben non, ça se peut pas… » et, le lendemain, j’ai reçu la communication officielle. C’était un moment incroyable.
Q. L. : Dans le cadre de ton doctorat, tu t’es intéressé à la détection de la vie dans l’Univers. Pourrais-tu nous en dire plus ?
A. C.-R : Je travaille sur une toute petite portion d’une théorie qui permettrait éventuellement de détecter de la vie. En résumé, nous avons envoyé des sondes sur Mars et sur Titan, une lune de Saturne, pour récolter des échantillons et pouvoir analyser la composition de leur environnement.
La théorie qui m’intéresse donne la possibilité d’évaluer la complexité de ces échantillons. Notre hypothèse est que la vie est le seul phénomène capable de produire de la complexité dans l’Univers au-delà d’un certain seuil.
Nous n’avons pas de définition formelle de la complexité, tout comme nous n’avons pas de définition formelle de la vie encore à ce jour. Par contre, il y a un certain consensus autour de l’idée que la vie requiert généralement l’interaction d’un grand nombre d’entités.
Détecter des molécules plus complexes qu’un certain seuil indiquerait donc la présence de vie. Bien sûr, celle-ci n’aura pas nécessairement la même forme que sur Terre, et la détecter ne sera pas évident, car il pourrait s’agir de vestiges de vie ancienne ou de traces microscopiques. C’est pourquoi avoir une méthode de détection réellement sensible est essentiel.
Q. L. : Ce travail constituera ton projet pour les deux prochaines années en Arizona ?
A. C.-R. : Oui, je vais poursuivre le projet de recherche commencé en dernière année de doctorat. J’analyse un environnement donné, qui peut générer de la complexité sans qu’il y ait nécessairement présence de vie.
Concrètement, je me concentre sur la façon dont l’environnement influence la complexité de nos échantillons en faisant des modélisations informatiques. Mes recherches pourraient permettre de prédire le niveau de complexité d’un environnement donné, selon ce que nous mesurons.
Je viens d’ailleurs de soumettre ce projet, sur lequel je travaille depuis l’année dernière, sous forme d’article, à la revue scientifique interdisciplinaire Nexus.
Q. L. : Avant de te lancer en physique, tu as étudié la philosophie. Y a-t-il un lien entre ces deux domaines d’études ?
A. C.-R. : Mon parcours est un peu atypique. Vers dix ans, je trippais déjà sur l’astronomie, mais quand je suis arrivé à l’université, je suis allé étudier en philosophie.
J’y ai suivi un cours sur l’astrobiologie destiné aux non-physiciens, enseigné par Robert Lamontagne, et il était génial. Il comportait beaucoup de contenu sur l’Univers, la recherche de la vie, l’évolution de la vie sur Terre, et ça m’a donné envie d’aller en physique.
J’avais commencé une maîtrise en philosophie, où j’ai eu un cours sur le concept d’émergence* qui m’a aussi motivé !
Q. L. : Aurais-tu des conseils pour les étudiants et les étudiantes qui souhaitent suivre un parcours similaire ?
A. C.-R : Vraiment croire en ce que tu fais. Avec un parcours aussi long que le mien, tu peux en venir à douter de toi à plusieurs moments, mais il faut simplement se concentrer sur ce que tu fais sur le moment et continuer. L’important est de choisir quelque chose qui te passionne. Quand on remporte une bourse, ça peut vouloir dire qu’il y en a vingt avant celle-ci qu’on n’a pas gagnées. On a juste besoin que ça fonctionne une fois !
* La notion d’émergence désigne des phénomènes nouveaux qui n’ont pas pu être prédits avec les modèles scientifiques existants. Ces derniers ont souvent lieu à grande échelle. La conscience humaine en est un exemple : comment prédire que les neurones du cerveau peuvent créer une conscience humaine ?