Son nom évoque une rue, l’adresse d’un pavillon ou un parc: les références à Jean Brillant se trouvent un peu partout autour de l’Université de Montréal. Malgré sa bravoure récompensée par les plus grands honneurs, son histoire demeure toutefois largement oubliée. Le lieutenant canadien a pourtant été l’un des seuls militaires francophones à obtenir la récompense la plus prestigieuse de l’Empire britannique après sa mort.
Comme des millions de jeunes hommes de sa génération, rien ne semblait destiner Jean Brillant à mourir à des milliers de kilomètres de son pays. L’officier est né dans le petit village d’Assemetquagan [NDLR : maintenant appelé Routhierville], dans la vallée de La Matapédia. Plusieurs membres de sa famille avaient avant lui mené des carrières militaires : l’un de ses aïeux, Olivier Morel de La Durantaye, est arrivé en Nouvelle-France en tant que capitaine du régiment Carignan-Salière en 1665 pour défendre la colonie, tandis que l’un de ses arrière-grands-pères et l’un de ses grands-oncles avaient aussi occupé des postes d’officiers dans le Bas-Saint-Laurent.
Après des études au Séminaire de Rimouski et au Collège Saint-Joseph de Memramcook, au Nouveau-Brunswick, Jean Brillant devient télégraphiste au Bic, dans le Bas-Saint-Laurent. En parallèle, il suit la trace de ses ancêtres et s’enrôle à son tour dans les forces armées comme milicien au sein du 89e régiment du Témiscouata et de Rimouski. Le militaire est reconnu par ses pairs comme un soldat valeureux. « C’était quelqu’un qui avait des valeurs et qui était courageux, explique l’écrivain Luc Bertrand, qui a signé sa biographie. Il était toujours prêt à aider quelqu’un. »
Des tranchées au dernier assaut
En 1916, le milicien est reçu en tant que lieutenant dans le 189e bataillon pour service outre-mer. Après un entraînement à la base militaire de Valcartier, les troupes quittent Québec pour l’Europe. Si le conflit est plus calme au moment de leur arrivée sur le Vieux Continent, la vie dans les tranchées demeure extrêmement rude. En 1918, Jean Brillant obtient la Croix militaire pour sa bravoure lors de la prise d’une position ennemie.
Le soldat mène son dernier assaut à la bataille d’Amiens début août 1918. Après avoir tué deux mitrailleurs et capturé 150 prisonniers ennemis, il est blessé deux fois, mais veut continuer à mener la charge. « Il va continuer de combattre plutôt que de se laisser sortir du front par les médecins, précise M. Bertrand. Il participe à trois engagements en 24 heures et ne se relèvera pas lors du troisième. » Jean Brillant meurt atteint par des éclats d’obus au ventre le 10 août, alors qu’il fonçait, blessé, sur un canon allemand.
La Croix de Victoria
L’octroi posthume de la Croix de Victoria, la plus haute distinction militaire de l’Empire Britannique, souligne le courage de Jean Brillant. « C’est la décoration la plus prestigieuse, elle est attribuée pour les cas de bravoure extrême, c’est un club très select », poursuit le biographe. Une décoration sélective et largement anglophone. « Sur 81 Canadiens à avoir reçu la Croix de Victoria, seulement trois étaient Francophones », ajoute-t-il.
L’Empire britannique a souvent octroyé la Croix après le décès au champ d’honneur de ses récipiendaires. Des trois Canadiens français à l’avoir reçue, seul le brigadier général Paul Triquet se l’est vue attribuer de son vivant. Jean Brillant et Joseph Keable n’ont été décorés qu’à titre posthume.
Un oubli symptomatique ?
Pourquoi Jean Brillant demeure-t-il si peu connu ? Pour M. Bertrand, la raison est un oubli symptomatique d’un certain désintérêt pour l’histoire militaire au Québec. « Je pense que les Québécois, francophones en particulier, ne s’intéressent pas à leur passé militaire », résume-t-il.
La Première Guerre mondiale a été amère pour bien des Canadiens français qui ne voulaient pas combattre en Europe sous les ordres des « Anglais », canadiens comme britanniques. La résistance à la conscription imposée par le gouvernement Borden en 1917 est fréquemment célébrée dans l’imaginaire collectif des Francophones. Les héros du champ de bataille sont moins souvent mis en valeur. « Le héros, chez les Canadiens français, c’est beaucoup plus le déserteur que le soldat qui s’enrôlait », affirme M. Bertrand.
Jean Brillant et l’Université de Montréal
Bien que la rue qui porte son nom soit située en plein cœur du campus, Jean Brillant et l’UdeM n’ont pas de lien réel. La rue existait déjà avant l’installation de ses classes sur le flanc du mont Royal. C’est plutôt la Ville de Montréal qui a choisi de l’honorer. D’ailleurs, si de nombreuses personnes désignent le 3200 Jean-Brillant comme le « pavillon Jean-Brillant », c’est par habitude, car l’Université de Montréal n’a pas rendu hommage au soldat formellement.
Pour en savoir plus : Bertrand, Luc (2020) : Le dernier assaut : la vie du lieutenant Jean Brillant, VC, MC. Montréal : les éditions du Septentrion, 240 p. 29,95 $ (papier), 13,99 $ (numérique).