Des coopératives pour répondre aux besoins des étudiant·e·s

2025 marque l’année internationale des coopératives, qui sont très présentes dans le milieu scolaire. Quartier Libre est allé à la rencontre de celles de l’Université de Montréal afin de comprendre leurs actions, leur fonctionnement et leurs effets sur le portefeuille des étudiant·e·s.

Le campus de la montagne de l’Université de Montréal compte quatre coopératives : celles de la Faculté de droit, de la Faculté d’aménagement, de Polytechnique Montréal et de HEC Montréal. Chacune d’elles répond à des besoins différents de la communauté étudiante et enseignante. Le chargé de projet aux coopératives de droit et d’aménagement de l’UdeM, Thibault Desvernes, explique que gérer « une coopérative, c’est répondre à un besoin, pas en créer un. »

Les coopératives mènent donc des activités tantôt similaires, tantôt différentes, en fonction des besoins de la communauté étudiante qu’elles servent. Leurs activités principales restent la gestion d’une librairie et de certains cafés étudiants de l’Université. La coopérative de la Faculté de droit assure, par exemple, la gestion d’une librairie qui vend notamment des livres obligatoires pour les cours de la Faculté. Elle gère également le café étudiant de l’Association des étudiants en droit de l’UdeM (AÉD) et de celle des cycles supérieurs en droit, L’Acquis de droit.

Une personne étudiante qui travaille au café L’Acquis de Droit, que gère la coopérative de la Faculté de Droit. / crédit photo Pierre Campo

Coopérative ou association étudiante ?

Les coopératives travaillent en collaboration avec les associations étudiantes, mais en demeurent indépendantes. Si les premières ont pour rôle de répondre aux besoins universitaires des étudiant·e·s et de les suivre dans leur cheminement scolaire en mettant en place, par exemple, des activités de réseautage, les deuxièmes veulent répondre à un besoin commercial.

Les étudiant·e·s font automatiquement partie de l’association liée à leur programme d’études, car la cotisation à celle-ci est comprise dans leurs frais universitaires. Celles et ceux qui le souhaitent peuvent tenter de se faire élire comme membre du comité décisionnel afin d’y mener un rôle actif.

Pour intégrer une coopérative, en revanche, une personne doit d’abord en devenir membre. À l’UdeM, le prix de la carte d’adhésion s’élève à 25 dollars, dont 10 dollars sont remboursables en cas de désinscription. Elle donne accès à des rabais sur les lieux de vente de la coopérative et permet donc de payer moins cher ses livres scolaires, sa papeterie ou ses cafés.

Selon l’étudiante au baccalauréat en études internationales Marie, qui travaille à l’Acquis de droit depuis un peu plus d’un an, cet avantage serait plutôt rentable et populaire auprès de la clientèle étudiante. Elle révèle voir de plus en plus de membres venir au café. « On essaie de faire passer le mot et de leur proposer la carte s’ils ne l’ont pas », explique-t-elle, ajoutant que les économies sont rapidement substantielles pour quelqu’un qui achète un café chaque jour.

Un professeur et un étudiant de la Faculté de droit ont fondé la coopérative de droit le 8 juillet 1985. / crédit photo Pierre Campo

Économie et organisation

Les quatre coopératives du campus de la montagne de l’UdeM font partie du réseau COOPSCO, qui se compose de la Fédération québécoise des coopératives en milieu scolaire (FQCMS), regroupant près de 55 coopératives, et du groupe Fides, spécialiste du secteur éditorial. Ce réseau offre différents services à ses membres, qui peuvent, par exemple, profiter de conseils sur la gestion des librairies et des cafés, ou développer leur site Internet. Les différentes coopératives de l’Université paient chacune des cotisations annuelles au COOPSCO, en fonction de leurs trop-perçus annuels*, pour profiter de ces avantages. Elles permettent aussi de participer aux achats groupés qu’organise la FQCMS, et donc d’obtenir des prix plus compétitifs.

Leurs activités commerciales représentent les principales sources de financement des coopératives de l’UdeM. « Nos activités commerciales nous permettent, 95 % du temps, de dégager nos trop-perçus », révèle le directeur général des coopératives de droit et d’aménagement, Mohamed Majdi. Patrimoine Canada offre également certaines subventions, notamment pour mettre de l’avant la culture littéraire québécoise, mais celles-ci ne suffisent pas à faire fonctionner les coopératives.

Crise sanitaire

Les cours à distance mis en place pendant la pandémie de la COVID-19 ont mis à l’épreuve les coopératives de l’UdeM, en particulier celle de la Faculté d’aménagement, qui ne vend pas de livres obligatoires pour les cours, comme le fait la coopérative de la Faculté de Droit. Elle propose en effet seulement des matériaux pour confectionner des projets et des maquettes, en plus d’offrir un service d’impression pour les plans architecturaux. Ces services sont donc très matériels et fournis sur place. Ses revenus ont donc drastiquement chuté lorsque les professeur·e·s ont demandé aux étudiant·e·s de remettre leurs travaux de manière numérique.

L’organisation a évité de peu la liquidation et a pu rebondir grâce au soutien de la coopérative de droit. « On est un milieu coopératif, on se soutient », précise M. Majdi. Les responsables des coopératives ont également observé une baisse du nombre de membres pendant la pandémie. En effet, les étudiant·e·s avaient moins d’occasions d’entrer en contact avec les coopératives et donc d’obtenir des informations sur leurs avantages et leurs activités.

Aujourd’hui, MM. Majdi et Desvernes observent une augmentation des adhésions dans les coopératives de l’UdeM, à un niveau similaire à celui postpandémique. Seule la coopérative de la Faculté d’aménagement continue de connaître une baisse du nombre de membres. D’après eux, celle-ci est symptomatique d’un cercle vicieux : moins les membres sont nombreux·ses, moins les rabais sont avantageux et, par conséquent, les étudiant·e·s ne voient pas l’intérêt d’en devenir membre.

Vers un regroupement ?

Lorsque le directeur et le chargé de projet ont rejoint les coopératives de la Faculté de droit et de la Faculté d’aménagement, leur objectif était de regrouper toutes les coopératives de la montagne, mais aussi celle du collège Brébeuf, afin de centraliser certaines fonctions et de faire des économies. La pandémie a mis le projet en pause, mais celui-ci semble, selon eux, sur la bonne voie.

*Les ventes des coopératives, comme celles des entreprises, génèrent des bénéfices. Les coopératives sont cependant des organismes à but non lucratif et elles investissent ces derniers directement dans leur fonctionnement. MM. Majdi et Desvernes préfèrent donc parler de « trop perçus » pour se différencier des entreprises.

(Photo de couverture : Thibault Desvernes (à gauche) et Mohamed Majdi (à droite) – crédit photo Pierre Campo)

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