
Contenu dans une structure temporelle éclatée, Neige et cendres accorde son rythme à la mémoire de Blaise, aux éléments du passé qui reviennent un par un dans ses souvenirs. De la sorte, le spectateur arrive à comprendre en même temps que le personnage ce qui lui est arrivé et ce qui lui arrive. La précision du jeu de Rhys Coiro contribue pour beaucoup à la justesse du récit; on le sent tourmenté, vulnérable, victime de sa mémoire, refusant par instant la fatalité de son histoire. Sans jouer dans les trop connues superficialités des films de guerre, on n’essaie pas ici de romancer la chose ou de la dramatiser dans l’excès. Charles-Olivier Michaud trouve une façon de traiter avec vérité, voire humanité, un sujet qui semble souvent impossible de montrer de front. Si le film perd cependant un peu de finesse dans quelques détails de l’histoire qu’on aurait aimé voir un peu plus approfondis – certains pans de l’intrigue gagneraient certainement à être plus poussés –, il reprend toute sa force avec une photographie léchée et une réalisation habilement signée par le jeune réalisateur. Il travaille la profondeur de champ d’une façon ingénieuse, joue avec les limites de la netteté de l’image, en plus d’exploiter divers types de cadrages, dont plusieurs superbes gros plans. Cet esthétique participe derechef à exprimer l’intériorité trouble des personnages, tout en donnant une qualité unique à l’image. Au final, Neige et cendres offre une incursion touchante dans l’univers de deux correspondants de guerre, le tout enrobé dans une réalisation au visuel unique et intelligent.
Neiges et cendres est présenté le 15 octobre à 21h30 à l’ONF dans la sélection Focus/Québec du FNC. D’autres projections s’ajouteront à l’horaire.