Un tournoi musical

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Par Olivier Boisvert-Magnen
mardi 12 février 2013
Un tournoi musical
Les Soeurs Boulay au lancement de la programmation des Francouvertes (Photo:Pascal Dumont)
Les Soeurs Boulay au lancement de la programmation des Francouvertes (Photo:Pascal Dumont)

Le concours musical les Francouvertes, qui met de l’avant la relève francophone québécoise, ratisse large cette année avec des artistes rock, folk, pop, électro et hip-hop. Outre le talent, quels sont les principaux critères qui ont séduit le jury et qui détermineront le gagnant de cette 17e édition ?

Chargé de cours au Département de communication à l’UdeM et animateur des Francouvertes, Claude Grégoire, a participé au processus de présélection des artistes à plusieurs reprises. « C’est un exercice hautement subjectif, mais comme chaque artiste est évalué par sept personnes qui ne se parlent pas entre elles, on maximise les chances que  les meilleurs soient pris, explique-t-il. On ne recherche rien de précis. La grande diversité des styles des participants en fait foi. »

Cette année, sur un total d’environ 200 inscriptions, 21 artistes participeront aux Francouvertes du 18 février au 13 mai. Chaque semaine, trois d’entre eux s’affronteront sur les planches du Lion d’Or. Le public sur place et un jury composé de membres de l’industrie musicale détermineront alors les demi-finalistes. Une grande finale regroupant trois artistes sera ensuite présentée au Club Soda, et l’artiste gagnant remportera une bourse de 10  000 $.

La directrice musicale de CISM, Claudia Boutin, fait partie du jury qui devra évaluer les participants chaque semaine. Également étudiante en cinéma à l’UdeM, elle connaît déjà la musique de près de la moitié des artistes sélectionnés. « À CISM, on est en bonne position pour juger ce genre de concours puisqu’on a accès à plusieurs maxis, singles et démos, et pas juste à des produits finis, indique-t-elle. On a une vision plus périphérique de la scène émergente. »

Elle croit toutefois que c’est la prestation de l’artiste qui prime. « Peu importe ce qu’il a fait avant, il doit fournir la marchandise sur scène », précise-t-elle. Un avis que partage également M. Grégoire. « Il n’y a pas de recette pour gagner, ajoute-t-il. Sans tomber dans les clichés, je crois qu’un gagnant est quelqu’un qui a du talentet qui l’allie à sa peronnalité. »

 

Se faire confiance

Gagnantes du concours en 2012, les sœurs Boulay ont misé sur une performance intimiste, à l’image de leur musique folk douce et sans prétention. « Le concours nous a aidées à nous assumer en tant que duo, explique Stéphanie Boulay. On n’avait pas les moyens de se payer des musiciens, alors on a fait ça juste nous deux. Pour la finale, tout le monde nous disait que ce n’était pas une bonne idée et que le public n’entendrait rien dans le Club Soda. Mais on s’est fait confiance et on a gagné. »

Selon le co-porte-parole des Francouvertes 2013, Dany Placard, le classement final importe peu. « J’ai terminé vingtième il y a 15 ans et, maintenant, je vis de la musique, a-t-il clamé lors du lancement du concours le 4 février dernier au Lion d’Or. Les artistes, vous êtes là pour faire un show. On ne fait pas de la musique pour se faire chier ! »

La vitrine médiatique que propose ce concours – sacré événement de l’année au dernier Gala de l’ADISQ – est donc une victoire en soi pour les 21 participants. Si des anciens gagnants comme Bernard Adamus, Loco Locass et Damien Robitaille connaissent maintenant des carrières enviables, d’autres participants comme Karkwa, Les Cowboys fringants ou, plus récemment, Karim Ouellet ont des cheminements artistiques tout aussi louables, et ce, sans avoir gagné le concours.

 

 Babylones, indie rock

(Photo: Pascal Dumont)

Le quatuor montréalais Babylones propose une musique proche du rock britannique et privilégie une forme épurée tant au niveau des compositions que des textes. « On fait une musique directement inspirée des trucs qui nous entourent, explique le batteur et chanteur Charles Blondeau, qui a accompagné Simon Kingsbury aux Francouvertes 2012. La nostalgie, l’adolescence et les amis sont nos thèmes les plus récurrents. On ne parle pas de nuages. »

Pour le groupe, formé il y a un peu plus de 5 mois, le concours est une partie de plaisir. « On va jouer la musique comme on l’aime », indique le bassiste Mathieu Édouard. « De toute façon, il y a un sentiment de fraternité entre les participants. On ne voit vraiment pas ça comme une compétition », ajoute Charles, en précisant qu’il connaît déjà une bonne partie des groupes participants.

Avec Maude et Ludo Pin, le 25 mars au Lion d’Or

 

D-Track, rap progressif

(Photo: Pascal Dumont)

Originaire de Gatineau, D-Track donne dans un rap soul proche du slam. « Ma force, c’est mes textes », indique celui qui est déjà passé par un programme de philosophie et de littérature à l’UdeM. Il ne délaisse pas la musique pour autant et est accompagné de trois musiciens sur scène. « On essaie de créer un univers musical unique, un genre de rap progressif aux transitions planantes, un peu comme Karkwa. »

D-Track s’est inscrit à ce concours pour la visibilité. « Pour moi, gagner ou ne pas gagner, ce n’est pas important, explique-t-il. Dans le monde du hip-hop, ce n’est pas toujours facile de se faire reconnaître, alors je veux aller chercher un nouveau public. » Très calme, il avoue tout de même être un peu stressé. « En ce moment, j’ai des papillons dans le ventre. Ça me rappelle quand je m’en vais dans un tournoi de hockey. »

Avec Cellos On Fire et Dead Obies, le 18 février au Lion d’Or

 

Maude, folk pop grunge

(Photo: Pascal Dumont)

À la fin de l’été dernier, Maude a fait paraître un premier maxi homonyme aux mélodies envoûtantes et aux arrangements riches, gracieusement offerts par le musicien hétéroclite Navet Confit. Depuis, l’auteure-compositrice-interprète originaire de Québec a cumulé les spectacles avec ses musiciens. « On a beaucoup de fun ensemble, dit-elle. On s’arrange pour faire un show qui soit aussi naturel que possible. » 

Pour son passage au Lion d’Or en mars prochain, Maude Audet essaie de ne pas penser au fait qu’elle participe à un concours. « Je pense seulement à faire un bon spectacle, indique-t-elle. Pour moi, les Francouvertes, c’est une super vitrine. J’aime beaucoup la direction artistique du concours, très à gauche et ouverte aux nouvelles musiques francophones. »

Avec Ludo Pin et Babylones, le 25 mars au Lion d’Or