Un projet de coop pour l’îlot Voyageur

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Par Bastien Potereau
mardi 29 janvier 2013
Un projet de coop pour l’îlot Voyageur
L’îlot Voyageur est désaffecté depuis son rachat en 2010 par le gouvernement provincial suite à l’échec du projet de transformation du lieu mené par l’UQAM. (Crédit photo : Pascal Dumont)
L’îlot Voyageur est désaffecté depuis son rachat en 2010 par le gouvernement provincial suite à l’échec du projet de transformation du lieu mené par l’UQAM. (Crédit photo : Pascal Dumont)

L’Unité de Travail pour l’Implantation de Logement Étudiant (UTILE) souhaite redonner à l’îlot Voyageur sa vocation étudiante initiale en lançant un projet de coopérative d’habitation étudiante. Une idée notamment soutenue par la communauté étudiante.

Depuis l’échec du projet de transformation de cet espace en résidences étudiantes et en pavillons universitaires, l’îlot Voyageur est toujours désaffecté. L’UTILE propose donc d’y créer une coopérative d’habitation étudiante pour remédier au manque de logements en réaction à la hausse des loyers à Montréal. Le groupe a adressé en décembre une lettre à la première ministre Pauline Marois ainsi qu’aux membres de son gouvernement, pour demander l’arrêt du processus de vente de l’îlot Voyageur à un promoteur privé.

Des organisations de la communauté étudiante ont également signé cette lettre afin que le complexe immobilier reste de propriété publique et à caractère social. «Nous espérons que l’appui de la société civile, des partis d’opposition, et des associations et fédérations étudiantes fasse bouger les choses », déclare le chargé de projet de l’UTILE, Laurent Lévesque, qui est également étudiant en urbanisme et auxiliaire d’enseignement à l’UQAM.

Répondre positivement à l’invitation du groupe allait de soi pour la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). « Nous sommes très heureux d’aider ce projet porteur qui va changer en bien le visage de ces bâtiments, affirme sa présidente, Martine Desjardins. Il faut continuer de pousser pour que le gouvernement s’en mêle. C’est plus facile pour nous d’avoir du monde à notre écoute, car nous avons facilement accès à certaines autorités, par exemple.»

La Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ) est également enthousiaste. «Le projet est très bien monté, en particulier sur la question des finances, estime son vice-président, Sylvain Marois. Il mérite d’être porté en avant.»

L’UTILE ne veut pas que l’îlot Voyageur soit son seul fait d’armes, vu le grand engouement que suscite le projet. Près de 150 partenaires, partisans et élus ont assisté au lancement du projet le 16 janvier dernier. Cet intérêt marqué amène l’UTILE à envisager d’élargir son domaine d’action. «Nous voulons d’abord assurer des logements abordables pour les étudiants sur l’îlot Voyageur, puis ailleurs, et pas qu’à Montréal», déclare M. Lévesque. L’UTILE demande une subvention d’environ 9,3 millions de dollars au gouvernement dans le but de créer 600 chambres étudiantes sur le site.

 

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L’EXEMPLE SHERBROOKOIS

Par Fanny Bourel

Pour son projet, l’UTILE s’est inspiré de l’Estudiantine, une coopérative d’habitation étudiante qui existe depuis 2006 à Sherbrooke.

Les 155 chambres, regroupées pour certaines en appartements, sont louées entre 366 et 396 $ par mois, tout inclus. Les non-membres de la coopérative payent une vingtaine de dollars supplémentaires. Les autres s’acquittent d’une part sociale de 200 $ à leur entrée dans la coopérative. Ce montant leur est remboursé au moment de leur départ.

Le fait d’être membre de la coopérative leur donne le droit de donner leur avis et de participer à la vie de la coopérative. «Dans les faits, environ 10 % des étudiants s’impliquent, par exemple en déneigeant quand il y a une tempête, en étant membre du conseil d’administration ou d’un comité comme celui sur l’environnement, précise la coordinatrice de l’Estudiantine, Valérie Dussault. Mais, comme deux personnes, dont moi-même, qui assurent la gestion de manière permanente, cela ne pose pas problème.» Les étudiants de l’Université de Sherbrooke, située à 15 minutes en autobus, sont prioritaires sur les autres. Ceux qui partent pour l’été ont la possibilité de sous-louer ou de céder leur bail à une personne qui n’est pas étudiante.

Le doctorant en éducation Khoi Mai Huy est l’un des résidents de l’Estudiantine. Il y a emménagé en 2010 après huit mois de colocation dans une vieille maison excentrée, qu’il partageait avec cinq autres personnes. « J’ai choisi l’Estudiantine, car je voulais habiter en ville pour être près du supermarché, des cinémas, explique-t-il, ravi de son logement. Puis, l’appartement où je vis avec deux autres étudiants est propre et presque neuf.» Il paye un loyer mensuel de 381 $, contre 400 $ dans son ancienne colocation.

C’est en 2005 que l’idée d’une coopérative d’habitation étudiante a vu le jour après que des étudiants de l’Université de Sherbrooke aient mis en lumière le manque de logements étudiants dans la ville. Différents partenaires se sont donc unis pour construire l’Estudiantine. La ville a vendu les terrains à bas prix, la Caisse Desjardins a octroyé un prêt de 5M $ que l’Université et les associations étudiantes ont garanti. Les Fédérations de coopératives d’habitation de l’Estrie et des Cantons de l’Est ont fourni un soutien technique. D’ailleurs, cette dernière gère aujourd’hui l’Estudiantine, qui s’autofinance depuis son ouverture.