Tous solopreneurs demain?

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Par Eric Deguire
mardi 29 janvier 2013
Tous solopreneurs demain?
«Je veux pouvoir créer mon propre horaire », explique l’étudiante en journalisme à l’UdeM Josiane Stratis qui travaille à son compte dans le domaine de la mode. (Crédit : Courtoisie Josiane Stratis)
«Je veux pouvoir créer mon propre horaire », explique l’étudiante en journalisme à l’UdeM Josiane Stratis qui travaille à son compte dans le domaine de la mode. (Crédit : Courtoisie Josiane Stratis)

Être son propre patron séduit de plus en plus de Québécois, notamment les jeunes. Quinze pourcent de la population active est composée de travailleurs autonomes, dont des étudiants. Cette tendance devrait se poursuivre à l’avenir grâce aux nouvelles technologies et à la «projectisation » du travail.

Josiane Stratis est étudiante en journalisme à l’UdeM. Adepte de mode, elle a fait de sa passion son domaine d’affaires. Elle est présentement journaliste, animatrice, consultante ainsi que blogueuse pour un site de mode qu’elle a cofondé, tonpetitlook.com. « Je collabore sur plusieurs projets en même temps. Cela me permet de toujours travailler sur de nouvelles choses», se réjouit-elle.  L’avenir de l’emploi est aux solopreneurs, ces travailleurs autonomes qui se considèrent comme de véritables petites entreprises selon le futurologue américain Thomas Frey. Il est également fondateur du Davinci Institute, un think tank consacré à l’étude du futur. Cette évolution s’explique notamment par la projectisation de plus en plus grande du travail, c’est-à-dire son organisation sous forme de projets plutôt que de processus continus. «Présentement, un Américain a occupé en moyenne onze emplois avant l’âge de 30 ans, souligne-t-il. Et dans dix ans, un jeune de 30 ans aura travaillé sur 200 à 300 projets.»

M. Frey croit que les solopreneurs d’un même domaine se rassembleront en espaces physiques et virtuels qu’il appelle «business colonies». Il y aurait, par exemple, des «business colonies » dédiées aux ingénieurs, aux programmeurs, aux rédacteurs. «Les business colonies permettront de travailler dans un environnement favorable et de maintenir une bonne réputation, ce qui est très important lorsqu’on travaille par projet et par contrat», détaille-t-il.

Le professeur de sociologie à l’UdeM, Jacques Hamel, constate également cette tendance au travail en solo. «Ce n’est pas un phénomène totalement nouveau, mais il fait boule de neige, surtout depuis la crise de 2008 », explique celui qui est à la fois sociologue de la jeunesse et du travail. Les étudiants n’échappent donc pas au phénomène.«Des étudiants en multimédia et en informatique travaillent à leur propre compte, d’autres en sciences sociales sont aussi recherchistes, journalistes ou consultants, remarque-t-il. Il y a même des infirmières qui travaillent sur contrat et sur appel».

M. Hamel émet toutefois des réserves quant aux prédictions de M. Frey. « Il est clair que des domaines comme la médecine, le travail social, le droit, le génie ne seront pas touchés par ce phénomène », pense-t-il. Le sociologue ne croit pas une disparition totale du salariat. « Il est normal que des jeunes aient des emplois sur appel ou sur contrat, à la sortie des études, note le sociologue. Mais ils vont souvent finir par obtenir des emplois plus traditionnels et plus stables.»

Un désir de liberté

Être libre de choisir ses horaires, les projets sur lesquels collaborer, son lieu de travail sont autant de raisons qui poussent des personnes à devenir des solopreneurs. Fuir la routine des bureaux et avoir le sentiment que son travail a vraiment un impact expliquent le choix du solopreneur et ancien étudiant de l’UdeM David Lepage. Son affaire marche bien.

«J’ai reçu environ vingt contrats de pigiste ces deux dernières années, se félicite-t-il. J’ai fait du graphisme, de la rédaction et j’ai développé des sites web.» Les jeunes de la génération Y sont particulièrement attirés par ce type d’entrepreneuriat, car ils sont à la recherche de mobilité et d’autonomie. « Je pense que je suis faite pour travailler de chez moi, et je veux pouvoir créer mon propre horaire, analyse Josiane. Je crois aussi qu’il y a aussi une tendance vers ce genre de travail. 80 % de mes amis travaillent comme pigistes. » De plus, devenir entrepreneur solo nécessite peu d’argent au départ, et le fait de ne pas avoir d’employés est moins contraignant.

Dans le cadre de ce qu’il appelle «The Empire of One», Thomas Frey croit que la tendance au soloentrepreunariat n’en est qu’à ses débuts. « Être solopreneur te donne un contrôle sur ton destin, déclare-t-il. Et plusieurs de nos héros comme Steve Jobs, Bill Gates, Walt Disney ou Henry Ford sont des entrepreneurs.» Un sentiment que partage le programmeur informatique Vincent Roy. «Ou tu réalises les rêves des autres, ou tu réalises les tiens », résume ce solopreneur heureux. Travailleur indépendant prospère, son activité lui laisse en effet du temps pour se consacrer à développer une dizaine de projets personnels.