Se publier soi-même

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Par Félix Lacerte-Gauthier
lundi 24 octobre 2016
Se publier soi-même
Le professeur au Département de littératures de langues française Marcello Vitali-Rosati. Crédit photo : courtoisie Marcello Vitali-Rosati.
Le professeur au Département de littératures de langues française Marcello Vitali-Rosati. Crédit photo : courtoisie Marcello Vitali-Rosati.
L’Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ) a publié début octobre une étude comparative sur les plateformes numériques d’autoédition, telles que le blogue. Le procédé permet de l’autonomie et peut être attirant pour les jeunes auteurs.

«Le mot même d’autoédition désigne un certain mépris par rapport à cette pratique, pense le professeur au Département des littératures de langue française de l’UdeM Marcello Vitali-Rosati. Il y a un jugement moral qui vient avec ce mot qui voudrait dire que, s’il n’y a pas d’éditeur, c’est de mauvaise qualité. » La pratique existe sous plusieurs formes, allant de la publication de livres par l’intermédiaire d’éditeurs numériques tels qu’Amazon à la mise en ligne de blogues ou de webzines.

La définition ne fait toutefois pas l’unanimité, selon M. Vitali-Rosati. Il oppose plutôt le concept d’autoédition à celui de l’édition traditionnelle provenant du XVIIIe siècle, où l’auteur devait passer par l’éditeur qui structurait le contenu et assurait la qualité. L’autoédition permet d’atteindre plus facilement son public cible d’après le professeur, qui la pratique également au moyen d’un blogue. « Pour moi, en tant qu’universitaire, c’est intéressant, car mon blogue est lu par tout le monde, alors que mes livres ne sont lus par personne, même pas par mes collègues scientifiques », commente-t-il.

Espace de liberté

L’étudiante au baccalauréat en littératures de langue française et auteure du blogue Sanna rien n’est vrai, Sanna Mansouri, considère l’autoédition comme un essai. « Je regarde si mes écrits peuvent intéresser, dit-elle. J’ai mis beaucoup de temps et d’énergie pour créer mon blogue et je veux voir si ça vaut la peine de consacrer autant d’efforts avant d’aller vers les supports traditionnels. » Pour elle, la facilité d’accès de l’autoédition, tant dans son interface d’utilisation que pour atteindre un public, permet de débuter facilement dans le monde littéraire.

Cette rapidité d’accès et de contact avec le lecteur a aussi été une motivation pour l’étudiante au baccalauréat en criminologie et auteure du blogue Les yeux d’une poétesse, Dina Dupuis. Elle souhaite ainsi surmonter sa gêne et partager ses textes. « Pour moi, c’était difficile de lire mes textes et de me dire qu’ils allaient être lus, raconte-t-elle. Oser les partager était un premier pas important pour moi et cela m’a permis de prendre confiance en ce que je faisais. » Elle avoue qu’un renouvèlement continuel est important pour garder l’attention de son auditoire, qui cherche du contenu à jour.

Toutefois, l’étudiant à la majeure en criminologie à l’UdeM et auteur du blogue Penser tout haut, Sébastien Latendresse admet que de trouver son public en faisant sa propre promotion peut être ardu « Je fais ma propre publicité, par exemple sur Facebook, mais je dois parfois faire des campagnes payantes », admet-il. Celui-ci a commencé son blogue pendant son parcours universitaire. Pour lui, cette forme d’édition lui permet de s’exprimer librement, sans devoir passer par un intermédiaire.

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