plus d’un 33 tours dans son sac

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Par Stéphanie Perron
Mercredi 12 février 2014
plus d’un 33 tours dans son sac
Le vinyle a encore de nombreux adeptes, notamment en raison de son esthétisme. (crédit photo : Stéphanie Perron)
Le vinyle a encore de nombreux adeptes, notamment en raison de son esthétisme. (crédit photo : Stéphanie Perron)

Alors que les ventes de musique sur CD sont en chute libre, celles des disques vinyles connaissent une augmentation marquée. Une incursion auprès de passionnés permet de comprendre cet intérêt pour le tourne-disque à une époque où la musique ne se trouve qu’à un clic de souris.

Dans une boutique de disques usagés du boulevard Saint-Laurent, l’animateur de l’émission hebdomadaire De fil en vinyle à CISM, Julien Boumard-Coallier, fouine dans les bacs à vinyles. Il s’attarde au contenu de trois boîtes remplies de galettes noires protégées par leur pochette de carton. «Ce sont les nouveaux arrivages, je fais souvent de belles trouvailles là-dedans, commente- t-il. C’est comme une chasse au trésor: tu espères trouver quelque chose d’unique.»

Les plus récentes statistiques démontrent que le jeune animateur radio de 25 ans est loin d’être le seul à entretenir un intérêt pour le vinyle. Bien que la part de marché de ce dernier ne représente que 2 % des ventes d’albums, il demeure le seul support musical dont les ventes sont en augmentation pour l’année 2013. Selon la compagnie Nielsen Soundscan, 6,1 millions d’albums vinyles ont trouvé preneur en 2013. C’est 1,5 million de plus qu’en 2012. De son côté, la vente de CD continue sa dégringolade. Même les ventes d’albums numériques ont noté une légère diminution, une première depuis 2003.

Selon le propriétaire de la boutique Aux 33 Tours, située sur l’avenue Mont-Royal, Pierre Markotanyos, le marché du vinyle est probablement encore plus imposant que ne le laissent croire les chiffres officiels. « Les données diffusées ne comptabilisent pas les ventes des disquaires indépendants », explique-t-il.

M. Markotanyos est l’un des premiers témoins de cette effervescence. À l’ouverture de sa boutique en 2007, l’inventaire était constitué à 50 % de CD et à 50 % de vinyles. « Aujourd’hui, c’est plutôt 90 % pour les disques vinyles et 10 % pour les CD», précise le propriétaire.

L’engouement se fait également sentir auprès des étiquettes de disque. C’est le cas chez Grosse Boîte, une étiquette indépendante représentant plusieurs noms de la scène musicale québécoise tels que Bernard Adamus, Les sœurs Boulay et Coeur de pirate. «Depuis environ deux ans, on remarque un intérêt plus marqué pour le vinyle, indique la chargée de projets chez le label montréalais, Nathalie Gingras. Avant, on attendait de voir le résultat des ventes de CD avant de lancer une production de vinyles pour un de nos artistes. Aujourd’hui, c’est presque automatique. »

La nostalgie de l’objet

En plus de ses activités d’animateur radio, Julien Boumard-Coallier est l’auteur du mémoire de maîtrise Les pratiques du vinyle: nostalgie et médiation. L’ancien étudiant en communication de l’UdeM considère que si le son caractéristique du vinyle joue un rôle dans sa popularité, cette dernière s’explique également par un rejet de la place croissante du numérique dans le paysage musical. « Avec l’apparition du numérique, il y a eu une rupture avec l’objet, dit-il. Aujourd’hui, on télécharge la musique ou on va sur YouTube pour écouter le plus récent succès de son artiste préféré. Personnellement, ce lien avec la musique ne me satisfait pas, ça me prend plus que ça.»

L’étudiant en musique numérique à l’UdeM et DJ Maxime Saint-Solieux partage l’avis de l’animateur radio. Au fil des ans, il a fait du vinyle son support de prédilection. «Au-delà du son, c’est l’aspect physique qui fait que j’aime travailler avec le vinyle, confie-t-il. Chaque disque que je me suis procuré a son histoire. Je me rappelle où je l’ai acheté. Il y a une relation affective qui s’installe avec le disque, beaucoup plus qu’avec une piste que tu télécharges en ligne.»

Dans ce désir de renouer avec l’objet, le CD ne fait pas le poids face au vinyle, qui est apprécié pour son esthétisme. «Le CD est moins attirant dans sa boîte en plastique, croit Julien Boumard-Coallier. Certaines pochettes de vinyle sont de réelles œuvres d’art. Tu prends le temps de les admirer, d’en lire le contenu. Il y a tout un rituel qui se cache derrière le vinyle.»

Pierre Markotanyos abonde dans le même sens. « Quand j’ai envie d’écouter de la musique, je choisis mon album, je le pose sur le tourne-disque et je prends le temps de m’arrêter et d’écouter, assure-t-il. C’est un peu comme boire un bon vin, versus de la piquette.»

Conscients de la réalité actuelle des consommateurs, de plus en plus de distributeurs offrent, en plus du vinyle, un lien pour télécharger l’album en ligne. Une raison supplémentaire pour nombre d’amateurs de vivre une expérience musicale à tous les niveaux : tant sur leur iPod dans le métro que sur leur tourne-disque, confortablement assis dans leur salon.

Une expérience optimale

Envie de surfer sur la vague du vinyle ? Éric Constantineau, copropriétaire de la boutique audiophonie, située sur la rue saint-hubert à Montréal, y va de quelques conseils pour bonifier votre expérience musicale.

• au point de friction entre la pointe de l’aiguille et le sillon du vinyle, des températures élevées sont atteintes. Pour éviter une dégradation prématurée des sillons, il est recommandé d’attendre au moins une heure avant de faire rejouer un disque.

• rangez vos vinyles à la verticale plutôt qu’à plat pour éviter que les disques ne gondolent.

• faites ajuster votre tourne-disque régulièrement. Un simple ajustement de l’angle du bras, où se trouve l’aiguille, ou de la vitesse de rotation du plateau, à l’endroit où le disque est déposé, peut avoir une incidence considérable sur le son original d’un disque

STATISTIQUE

• au Québec, entre 2008 et 2012, la vente d’albums physiques a diminué de 22,8 %1 • au Québec, entre 2011 et 2012, la vente d’albums numériques a progressé de 30,5%1

• aux États-Unis, 289,4 millions d’albums ont été vendus en 2013 comparativement à 316 millions en 2012.2

• de ce lot, le cd a connu une baisse de 14 %, tandis que le vinyle a connu une hausse de 33 %.2

1. Source: état des lieux de l’industrie québécoise de la musique (adisq) 2. Source: nielsen soundscan