Métro, boulot et mots

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Par Raphael Boivin-Fournier
vendredi 4 novembre 2016
Métro, boulot et mots
À travers leurs photos, les étudiantes Stéphanie Filion et Francesca Roy tentent de dresser un portrait du lecteur du métro. Crédit photo : Courtoisie Grande bibliothèque souterraine de Montréal.
À travers leurs photos, les étudiantes Stéphanie Filion et Francesca Roy tentent de dresser un portrait du lecteur du métro. Crédit photo : Courtoisie Grande bibliothèque souterraine de Montréal.
Par le biais d’un projet photo qui est exposé depuis le mois d'avril sur le Web, une initiative étudiante présente le métro de Montréal sous un nouveau jour. La Grande bibliothèque souterraine de Montréal propose de découvrir les wagons de la ligne bleue comme un véritable lieu de culture.

Inspirées par des blogues comme l’Underground New York Public Library, basé sur le principe de photographier les lecteurs dans le métro, la diplômée au baccalauréat en littératures de langue française de l’UdeM Stéphanie Filion et l’étudiante au certificat en droit Francesca Roy ont décidé de montrer le côté littéraire du métro de Montréal. Selon Francesca, même s’il y a un avènement des téléphones intelligents, le livre est loin de perdre du terrain. « Malgré l’offre de divertissement sans cesse renouvelé, le livre conserve toujours une place privilégiée dans le métro », déclare-t-elle.

En photographiant les lecteurs qui s’y trouvent et en identifiant leurs lectures, les deux artistes tentent de brosser un portrait fidèle. « Nous voulons présenter ce qui se lit dans le métro le plus honnêtement possible et avec toute la diversité que ça implique », affirme Stéphanie. Dans cette optique, le site qui regroupe les clichés offre toujours un hyperlien vers une bibliothèque de Montréal où l’on peut retrouver l’œuvre photographiée.

La ligne bleue et la grande littérature

Les deux instigatrices du projet ont ainsi constaté que les passagers du métro avaient une lecture éclectique. « Il y a vraiment de tout, car le métro est assez représentatif des succès de librairie, explique Stéphanie. Les best-sellers comme les Ken Follett et les Kim Thuy sont particulièrement bien représentés sur les banquettes des wagons du métro. » Pour elle, tout dépend de ce qui est mis de l’avant dans le milieu d’où provient le lecteur. Elle constate par exemple que, sur la ligne bleue, le monopole du best-seller est beaucoup moins flagrant et que la littérature de niche, moins grand public, prend plus de place.

Pour le professeur au Département des littératures de langue française Jean-Simon Desrochers, cet engouement pour ce genre de littérature provient de l’Université. Ainsi, pour lui, il est normal que la lecture des étudiants varie par rapport à celle des autres usagers. « Les institutions d’enseignement ont pour mandat de mettre de l’avant la grande littérature, explique-t-il. En ce sens, c’est plutôt logique de voir qu’autour de ces endroits les œuvres recensées sont d’un autre ordre. »

Une question de volonté

Que ce soit pour passer le temps entre deux arrêts, ou pour faire ses devoirs à temps avant d’arriver à l’Université, beaucoup se plaisent à lire durant leurs trajets de métro. Bien que certains déplorent le bruit et l’agitation du sous-terrain, plusieurs réussissent toutefois à passer par-dessus. « Quelqu’un qui veut lire va trouver le moyen de le faire n’importe où, affirme M. Desrochers. Que ce soit avec des écouteurs où d’autres astuces, on peut garder sa concentration dans n’importe quelles circonstances. » Pour lui, un lecteur désirant consommer un recueil de Mallarmé peut arriver à maintenir son attention de la même manière qu’un lecteur de polar.

Pour M. Desrochers, si la lecture dans le métro n’est pas en voie d’extinction, il n’en demeure pas moins que la revaloriser ne fait pas de tort. Dans ce contexte, la voir exposée sur une plateforme accessible à partir de nos téléphones intelligents est un bon moyen de souligner son importance.

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